Guéant juge Valls.

Dimanche 20 janvier 2013 // La France

Exclusif : L’ancien secrétaire général de l’Elysée et ministre de l’intérieur de Nicolas Sarkozy voit son successeur dans un nœud de contradictions.

Manuel Valls peut-il réussir ? J’espère qu’il réussira, parce que sa réussite correspondrait à l’espoir des Français de voir leur sécurité quotidienne s’améliorer encore. Quoi qu’en aient dit la gauche et Manuel Valls lui-même, des progrès considérables ont été accomplis ces dernières années, mais les Français espèrent encore mieux et ils ont raison. La question est de savoir si les intentions affichées par Manuel Valls — dont je ne doute pas qu’elles soient très sincères - correspondent aux moyens mis en place pour améliorer cette sécurité.

Lui parle de l’augmentation des effectifs en face des réductions auxquelles vous aviez procédé... Certes, tout est plus facile quand on dispose de plus d’effectifs. Mais nous n’avons pas les moyens budgétaires d’aller vers la facilité. C’est la raison pour laquelle nous avions baissé les effectifs de policiers et de gendarmes, mais, j’insiste, sans que le nombre des fonctionnaires opérationnels soit diminué. Cela, nous avons pu le faire grâce à des réformes de structure considérables permettant de conserver les effectifs opérationnels. En outre, les progrès de la police technique et scientifique et les grands fichiers font beaucoup gagner en productivité. C’est ainsi que le nombre d’affaires résolues a progressé au cours des dix dernières années de 24 % à 40%.

Une politique de sécurité peut-elle se ramener à une question d’effectifs ? Toute politique de sécurité repose en réalité sur deux piliers : d’une part les services de police et de gendarmerie et d’autre part la justice. Ici, il faut des textes qui prennent en compte les formes modernes de la délinquance et de la criminalité. Or, pendant sa campagne, François Hollande a affirmé qu’il avait deux priorités la délinquance des mineurs et la récidive. Quelles ont été ses premières décisions ? La suppression des tribunaux correctionnels pour les mineurs et celle des peines planchers, lesquelles avaient été instituées par nous pour que la récidive soit effectivement punie.

Comment voulez-vous que les policiers ne soient pas frustrés, et même découragés, quand ils amènent des multirécidivistes devant le juge et qu’ils les retrouvent peu après dans la rue ? Il faut donc une action très coordonnée entre la police et la justice.

En ce sens, MmeTaubira, garde des Sceaux, ne représente-t-elle pas un obstacle sérieux à l’éventuelle réussite de Manuel Valls ? On les oppose souvent. Moi, je ne fais pas de distinction entre ministres au sein du gouvernement ; il n’y a qu’une politique de sécurité. Au premier ministre et au président de la République de trancher les différends qui peuvent surgir. Il est vrai que ce qui prévu est annoncé par Mme Taubira ne va pas dans le sens d’une amélioration. Sa priorité, ce ne sont pas les victimes mais les délinquants et les détenus. S’il en est ainsi, on n’aura pas de politique de sécurité efficace. Si Manuel Valls l’emporte, peut-il sauver le crédit de François Hollande ? il a un discours très volontariste et très républicain. Cela dit, il se trouve au centre de beaucoup de contradictions, celles de la politique gouvernementale, on l’a vu, mais aussi les siennes, par exemple quand il refuse une politique du résultat ou qu’il veut modifier l’actuel baromètre de la délinquance à travers son appareil statistique. Je crains que cela ne nous annonce sa résignation devant des 4 résultats moins bons que ceux que nous obtenions. D’ailleurs, le nombre des crimes et délits, et en particulier les violences aux personnes, est, selon l’Observatoire national de la délinquance, en hausse de 6 % au mois de juin et de 12 % en juillet par rapport à l’année dernière. Cela fait 27 000 victimes de plus.

On dit que les centres de rétention administrative sont peu utilisés... Ils étaient déjà peu utilisés lorsque j’étais ministre, mais pour une bonne raison : la politique de reconduite à la frontière était très efficace. Les personnes reconduites étaient donc peu retenues dans les centres. Nous allions vers les 40 000 reconduites à la frontière, soit 15 000 de plus qu’en 2010. Aujourd’hui, c’est malheureusement tout différent : le nombre de décisions de reconduite a baissé de façon très importante.

Manuel Valls n’avait-il pas été appelé par Nicolas Sarkozy en 2007 pour être éventuellement un ministre "d’ouverture" ? Oui, tout à fait. Il y a eu un contact, lequel a été bref. On a retenu sa froideur à votre égard le jour de la passation de pouvoirs ; pour quelles raisons, selon vous ? Sans doute a-t-il voulu afficher, comme le reste du gouvernement, sa rupture avec tout ce qui précédait. Faisait-il semblant ? Je note qu’en matière d’immigration, après avoir dénoncé la stigmatisation prétendument pratiquée sous Nicolas Sarkozy, on en a fait ensuite beaucoup plus qu’avant.

Propos recueillis par FRANÇOIS D’ORCIVAL

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