Grèce : Toute vérité n’est pas bonne à dire.

Jeudi 14 juin 2012 // L’Europe

Drapeau de FranceLes ministres peuvent oublier leurs déboires judiciaires ou même se faire condamner pour des propos déplacés tenus à l’égard de dirigeants d’entreprise, personne ne leur en tient rigueur en ce temps de grâce suivant l’élection présidentielle. On peut sous-estimer la valeur de ses biens immobiliers non seulement pour échapper à l’Isf mais aussi pour mériter son appellation de celui qui n’aime pas les riches, ce n’est pas très grave puisqu’on incarne la Vertu et le Bien enfin de retour à la direction du pays. Mais que la représentante d’une institution internationale malheureusement ancienne ministre de Nicolas Sarkozy et nommée là-bas pour préserver la position de la France après les déboires de l’ancien chouchou socialiste à la présidentielle ose émettre une opinion sur la situation d’un pays qui n’arrête pas de tricher avec ses finances publiques, là les bornes sont franchies et il faut la remettre à sa place en lui demandant des excuses.

Christine Lagarde a donc eu le mauvais goût de dire à propos des Grecs qu’elle pensait « à tous ces gens qui essaient tout le temps d’échapper aux taxes ». En outre, elle a émis une comparaison qui l’a évidemment fait taxer de néo-colonialisme : « Je pense plus à ces jeunes enfants dans un petit village du Niger qui vont deux heures par jour à l’école, partageant une chaise pour trois, et qui rêvent d’avoir une bonne éducation. [...] J’estime qu’ils ont encore plus besoin d’aide que les gens à Athènes ». Puis, sommée de présenter ses excuses, elle a réaffirmé sa « sympathie pour le peuple grec et pour les défis auxquels il est confronté » tout en précisant qu’il faut « que chacun assume sa part du fardeau ».

A toutes fins utiles, rappelons que, l’an passé, un rapport d’experts grecs chiffrait à 13 milliards d’euros le coût annuel de la corruption dans le pays. Le ministre de la Santé d’Athènes avait lui-même attiré l’attention sur les fraudes aux aides sociales : 111 millions d’euros en 2011, tandis que, pour les retraites, le chiffre atteignait 800 millions. Comment alors s’étonner que le plan de rigueur de 130 milliards d’euros prévoie une baisse de 22% du salaire minimum et de 40% de celui des fonctionnaires
Il semble donc un peu facile, voire démagogique, que Najat Vallaud-Belkacem, la porte-parole du gouvernement, dénonce une vision « un peu caricaturale et schématique » alors que, « aujourd’hui, il n’y a pas de leçon à donner » à ce pays. En revanche, les nouveaux ministres français n’arrêtent pas d’afficher leur volonté de procéder à des changements majeurs, dans la justice, dans l’éducation, dans l’industrialisation, dans le système des retraites, dans les relations avec les syndicats, dans la présence française à l’étranger. Tout cela part de conceptions idéologiques pour tordre le cou au réel et l’adapter à la pensée à la mode socialiste. La directrice générale du Fmi n’avait voulu que rappeler le bon sens : c’est évidemment la réalité qui a tort...

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