Armée et démocratie.

Grande muette et grande illusion.

Mercredi 2 mai 2012 // La France

Drapeau de FranceRien n’est plus contraire à l’esprit démocratique que l’institution militaire qui a besoin de cohésion, de compétence et de désintéressement.

Le jeu des urnes auquel on a recours tous les cinq ans pour élire notre monarque, excite les discordes et couronne habileté et argent plus que compétence et désintéressement. Le chef militaire, lui, n’est pas élu, il est formé puis sélectionné après un long processus. Il est normalement obéi par des subalternes qui le respectent parce qu’ils comprennent leur mission et parce qu’il s’occupe d’eux. Cela s’appelle l’autorité.

Il y a déjà dix ans, en 2001, deux événements ont ébranlé l’institution ; l’un mémorable : une mutinerie dans la gendarmerie révélait le pourrissement d’une situation que le haut commandement n’avait pas su anticiper ; l’autre passé inaperçu : le gouvernement imposait l’élection des « présidents de catégorie » ouvrant ainsi la boite de Pandore de la démocratie dans les armées. Depuis longtemps chaque colonel désignait un « président des sous-officiers », cet adjudant-chef ancien et unanimement reconnu représentait ses pairs dans le régiment. Il est donc maintenant élu par la base jugée plus apte que le colonel ! Cette nouvelle forme de légitimité a instauré un climat différent ; il n’est pas meilleur. Les officiers et militaires du rang ont aussi leur président élu. En outre, une « commission participative » réunit autour du colonel quelques militaires de tous grades pour débattre des conditions de vie à l’unité. C’est un outil intéressant s’il est bien utilisé, mais pas indispensable.

Pour développer ces instances, il a été créé à l’échelon national sept conseils de la fonction militaire, un pour chaque armée ou service et un Conseil supérieur (CSFM), tous présidés par le ministre. Ils constituent la « technostructure » du dialogue social ou plus pudiquement de la « concertation » dans les armées. Plusieurs centaines de volontaires tirés au sort participent aux réunions des conseils où sont présentés et discutés des textes relatifs à la condition militaire (statuts, soldes, retraites, etc.) sur lesquels on leur demande un avis qui la plupart du temps n’y changera rien.
Un rapport parlementaire de décembre fustige les insuffisances de ce « dialogue social », ses archaïsmes et bien d’autres maux. En réalité, nos parlementaires, après une année d’investigations dans les forces et les états-majors, constatent avec dépit que cette concertation n’intéresse pas les militaires, que ce montage artificiel ennuie tout le monde, du 2e classe jusqu’au ministre probablement. De ce fait, il est inutile : aux conseils, les débats techniques sur les statuts dépassent la compétence des membres qui n’y peuvent mais, malgré les explications qu’on leur a préparées ; les problèmes qui y remontent, n’auraient jamais dû y arriver si chacun avait fait son travail ; ils n’y seront pas résolus ; les mécontentements qu’on y exprime sont déjà connus.

Mais les conclusions du rapport laissent rêveur ; pour éviter une « rupture avec la hiérarchie et la société », les deux rédacteurs y font des recommandations surprenantes. On y trouve, entres autre perles, qu’il faut « instaurer une chaîne élective continue, de la base au sommet des instances de concertation », bien sûr, qu’il faut « accorder plus de moyens » (sic) et, bouquet final : « autoriser les militaires à déposer des recours collectifs contre les actes de l’autorité dont ils dépendent ». Que ces parlementaires laissent donc les militaires exécuter leurs missions dans la sérénité avec des chefs qu’ils n’ont pas élus mais qu’ils respectent, des chefs qui n’ont ici aucune leçon de concertation, encore moins de management à recevoir.

Enfin et pour rassurer, malgré les sacrifices que lui imposent les votes belliqueux de nos députés, notre armée se comporte bien au feu et la rupture n’est perceptible ni avec la hiérarchie ni avec la société civile.

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