Grande loge Nationale Française.

ARCHIVES & MÉMOIRE

Dimanche 20 avril 2014 // L’Histoire

Francis Delon, Grand Archiviste de la GLNF.

Quelle soit Provinciale ou Nationale, la fonction d’archiviste est largement méconnue au sein de l’Obédience. Elle est pourtant essentielle pour sauvegarder la mémoire de la GLNF, celle des Loges et des Frères qui ont bâti l’Ordre ; elle sera au coeur des éditions célébrant le centenaire de la GLNF.

« Grand Archiviste » n’est certes pas une fonction honorifique pour Francis Delon qui a pris en charge, dès 2000, le fonds de la GLNF. Entre tri, classement, recherche de documents et leur exploitation, c’est un travail qui demande des qualités opératives certaines et exige une solide formation d’historien.

Francis Delon, titulaire d’une Maîtrise d’Histoire Contemporaine de l’Uni­versité de Paris IV (1981) et d’un Diplôme d’Études Supérieures Spécialisées en Archivistique de l’Université d’Angers (1999), Chargé d’Études Documen­taires aux Archives de la Ville de Paris, collabore régulièrement à des publi­cations d’histoire maçonnique, notamment L’Encyclopédie de la Franc-maçonnerie (La Pochothèque, 2000) et Les Travaux de la Loge Nationale de Recherche « Villard de Honnecourt » depuis 1997.

Archiviste de la GLNF : un sacerdoce ?

Une formation d’historien et d’archiviste ainsi qu’un goût prononcé pour l’histoire maçonnique m’ont amené progressivement à prendre la responsabilité des archives de la Grande Loge Nationale Fran­çaise, d’abord officieusement, à compter de janvier 2000, sous la Grande Maîtrise de Claude Charbonniaud, puis en qualité de Grand Archiviste National sous les Grandes Maîtrises de Jean-Charles Foellner (janvier 2002 - décembre 2007) et François Stifani (depuis janvier 2008).

A ma prise de fonction, toutes les archives antérieures à 1980 avaient été entassées pêle-mêle, sans la rédaction préalable d’un bordereau de versement, dans des placards et des caves du siège central du 65, boulevard Bineau à Neuilly.

En novembre 2002, elles ont été transférées au nouveau siège du 12, rue Christine de Pisan (17 1) dans un vestiaire neutralisé muni d’étagères à proximité du grand Temple, puis, en janvier 2007, au 14, rue Christine de Pisan. Depuis juillet 2008, je dispose, au deuxième sous-sol, de ce bâtiment, d’un espace de travail et de consultation équipé de rayonnages.

Des trésors cachés.

Les archives de la Grande Loge Nationale Française peuvent être regroupées en quatre ensembles.

Les archives centrales de l’Obédience, les plus importantes en volume, couvrent les années 1914 à 1980. À ce jour, 856 articles, regroupés dans 29 cartons, ont été cotés et analysés dans un inventaire de 218 pages pourvu d’un index. 282 ont été sommairement décrits et une quinzaine de cartons ont simplement fait l’objet d’un repérage succinct. Si la majorité des documents est postérieure à 1945 (chrono courrier des Grands Maîtres et des Grands Secrétaires depuis 1960, Assemblées Générales annuelles, archives des Grandes Loges Provinciales et des Loges, relations extérieures, Loges américaines de l’OTAN, Loges iraniennes, débuts de l’implantation de la Maçonnerie régulière en Afrique ...), il subsiste toutefois des docu­ments, non dénués d’intérêt, pour la période antérieure. Ainsi, des Ateliers (« Saint George’s » n°3, « Jeanne d’Arc » n°5, « Saint ­Claudius » n° 21, la première Loge de recherche francophone, ou « L’Heureuse Alliance » n° 24) ont, en grande partie, voire en totalité, leurs archives préservées.

Sont désormais accessibles les chronos courriers des Grands Offi­ciers Nationaux pour la période 1970-1980 ; les relations avec les Grandes Loges d’Europe (Grande Loge Unie d’Angleterre, Belgique, Allemagne, Autriche, Grèce, Suède et Turquie), d’Asie (Australie, Philippines, Chine), d’Amérique du Nord, Centrale et du Sud ; les correspondances échangées avec les instances de Hauts Grades (Grand Prieuré des Gaules, Suprême Conseil de France). Les relevés annuels des capitations permettent aussi de mesurer l’évolution des effectifs de 1953 à 1966.

Certains épisodes de notre Grande Loge sont désormais mieux connus par les documents relatant le passage de la Grande Loge Nationale Indépendante et Régulière à la Grande Loge Nationale Française entre 1946 et 1958, la crise du 22 février 1958, le cinquantenaire de l’Obédience (6-8 décembre 1963) et l’épisode éphémère de la Grande Loge de District en 1965 pour accueillir les Frères séparés de la Grande Loge de France en quête de régularité.

Les obédiences maçonniques, comme tout organisme associatif, syndical ou professionnel, sont productrices, dans leurs activités quotidiennes, d’archives dont la durée de vie a été déterminée par la loi du 3 janvier 1979 sur les Archives :

  • les archives courantes, constituées par les documents utilisés pour gérer les affaires journalières. En raison de leur consultation fréquente, celles-ci sont conservées dans les bureaux.
  • les archives intermédiaires regroupant les dossiers conservés ponctuellement mais dont l’utilité administrative nécessite une conservation dans un local à proximité des bureaux.
  • les archives définitives qui, après l’élimination des pièces secondaires dépourvues de tout intérêt patrimonial, doivent, en raison de leur valeur historique, faire l’objet d’une conservation illimitée.
  • Les archives russes appartiennent au corpus des archives maçon­niques des principales obédiences françaises dérobées par l’occu­pant nazi puis confisquées par les Soviétiques en 1945, et conservées pendant un demi-siècle aux archives spéciales centrales de l’État à Moscou. Restituées à la France à partir de décembre 1999, elles ont été remises en janvier 2004 à la GLNF grâce aux efforts de François Geissmann, le Conservateur du Musée Bibliothèque.

Ces 22 dossiers permettent désormais une approche scientifique de l’introduction de la Régularité maçonnique en France au travers notamment des comptes rendus de la Commission Administrative du Souverain Grand Comité (31 mai 1918-11 mai 1919), du regis­tre des procès-verbaux du Souverain Grand Comité (29 juin 1917­13 juin 1930) et des deux registres des réunions du Grand Collège Provincial de Neustrie (16 mai 1928-5 novembre 1937).

Les 343 articles, rangés dans neuf cartons, des archives de la Grande Trésorerie regroupant, pour l’essentiel, des dossiers relatifs à l’administration interne de l’Obédience (secrétariat, trésorerie, immobilier, conseil d’administration ...) ont été déposées en mars 2003. Le document le plus pertinent de ce vaste ensemble hétérogène reste incontestablement le manuscrit dactylographié de Jean-Frédéric Renou, « Histoire de la Loge Anglaise n° 204 de Bordeaux », rédigé en juin 1915 pour justifier a posteriori le ralliement de cet Atelier au « Centre des Amis » n°1

Le long et difficile rapprochement avec l’Église catholique est, par ailleurs, parfaitement explicité par la correspondance échangée avec le Père Michel Riquet, artisan inlassable d’un dialogue authentique entre les deux familles spirituelles, et avec l’Abbé Jean-Claude Desbrosse, interpellé par la Franc-maçonnerie dès le Séminaire et qui rejoignit ensuite notre Ordre.

Les dépôts sont constitués, à ce jour, de 18 versements, notam­ment les archives du Grand Chapitre de l’Arche Royale dont le bordereau de versement est en cours d’élaboration ; les Papiers Marcel Cerbu, ancien Ass GM et principal animateur, en sa qualité de Grand Maître de la Grande Loge de District, du ralliement, en 1965, de près de mille Frères de la Grande Loge de France ; et les Papiers Jean Baylot - Eugène Krauss remis en janvier 2008 par François Geissmann. Les articles les plus pertinents de ce remar­quable ensemble documentaire de 44 dossiers, inventoriés et analysés, portent sur la correspondance échangée entre 1926 et 1930 par le Grand Officier Provincial d’Aquitaine A. J. Sharp et le Grand Maître de Memphis et du Martinisme par l’intermédiaire de la Loge bordelaise "Sphinx", sans omettre les débuts de la Maçonnerie régulière en Belgique sur les traces de la Loge « Marianne » n° 75 entre 1961 et 1970.

Archiviste, un travail de bénédictin !

Le traitement archivistique des fonds repose, au préalable, sur l’élimination des doubles et des pièces dépourvues de tout intérêt historique (pièces comptables et factures supérieures à dix ans) selon les normes définies par la Direction des Archives de France.

À l’issue du dépouillement, il convient de rédiger un Répertoire Numérique Détaillé qui présente chaque dossier dans l’ordre numérique des cotes.

Cet instrument de recherche comprendra également une introduc­tion retraçant les étapes de la constitution du fonds et son intérêt historique, une table des matières et un index alphabétique pour en faciliter la consultation.

Les archives russes (série AR) et les archives de la Grande Tréso­rerie (série W) ont ainsi pourvus d’un Répertoire numérique détaillé, respectivement en novembre 2005 et octobre 2007.

Des témoignages émouvants.

La mise en valeur des archives passe, en priorité, par la mise à disposition de documents aux Loges à l’occasion de leurs anniver­saires et jubilés ("France 1917" n ° 7, "Les Amis Vigilants" n°38, "Adoration des Mages" n° 45, "Meuse Argonne" n° 46, "Général John J. Pershing" n°62, "Chevalier de Ramsay" n°85, "Goethe" Écossais" n° 101 ...).

Elle se fait également par la publication d’articles dans les Tra­vaux de la Loge nationale de recherches "Villard de Honnecourt", Hommage à Marius Lepage (1902-1972). Marius Lepage et la GLNF (n° 55 et 56, 2004) reposant sur les 150 lettres échangées entre cet illustre Maçon et les principaux dignitaires de l’Obédience et, plus récemment, le Père Michel Riquet, artisan du dialogue entre la Franc-maçonnerie régulière et l’Église Catholique (n°60,2005). De ces neuf années passées dans les archives, le témoignage le plus émouvant, demeure, pour moi, la lettre du Frère Roger Souchère qui, après avoir démissionné du "Centre des Amis" n° 1 en 1937, demandait, le 15 avril 1940, déjà meurtri dans sa chair par les premiers combats, sa réintégration au sein de son Atelier quelques semaines seulement avant la débâcle et l’effondrement des institu­tions républicaines. [Archives russes —1AR4].

Tout ce travail, enfin, n’aurait pas été possible sans l’assistance et le dévouement de collaborateurs : Didier Huet, Passé Assistant Grand Archiviste, ancien Grand Archiviste Provincial de Lutèce (2000-2007) relayé, depuis le premier trimestre 2009, par Michel Mandry, Passé Maître de "La Voie de l’Espérance" n° 212, et Yonnel Ghernaouti, Ass GMPr d’Honneur de « Paris. »

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