Grande-Bretagne : Révolution.

Jeudi 14 mai 2015 // L’Histoire

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Toute aide à la compréhension est toujours la bienvenue. Celle que nous apporte Bernard Cottret est essentielle. Sa Révolution anglaise 1603-1660 est un ouvrage, bien écrit, complet et d’agréable lecture qui ne tardera pas à faire référence. Les Anglais sont précurseurs, dans le domaine politique comme dans bien d’autres. Contrairement aux Français, ils n’ont jamais voulu que leur révolution devienne un phare pour le monde. Il s’agissait de défendre et de promouvoir les droits des Anglais, tout cela mais rien que cela.

Pour avoir une bonne vision de ces événements essentiels, il faut remonter bien avant leur survenance, et c’est le premier intérêt de ce livre. Pour Bernard Cottret, il faut commencer l’étude de la question au changement de dynastie qui s’est opéré en 1603 à la mort d’Elisabeth 1er . L’héritier de la couronne est alors le roi d’Ecosse, Jacques VI Stuart, plus proche parent par le sang des Tudors. Devenu Jacques 1er d’Angleterre, son principal projet sera de ne faire qu’un seul royaume des trois alors existants : Angleterre, Écosse mais aussi Irlande. Or, cette vision se heurte aux particularismes de chaque État, que ce soit au plan politique mais aussi social et plus encore religieux. La question va empoisonner le XVII° siècle anglais. Le système hérité d’Henry VIII est anglican, c’est donc une Église nationale. La doctrine est quasi protestante mais la pratique ne l’est pas. En effet, l’organisation du culte a conservé la hiérarchie héritée du catholicisme, notamment avec la présence des évêques.

Jacques 1er voulait étendre le système à toutes les entités pour ne faire qu’un seul royaume. Las, de cela les Écossais ne veulent pas en entendre parler, ce qui aménera le roi à partir en guerre contre son propre pays. Les Écossais sont attachés alors, et le demeurent largement aujourd’hui, au presbytérianisme qui laisse la plus large influence aux pasteurs et à l’assemblée des fidèles. Le phénomène se double d’une frénésie anticatholique, déjà ancienne en Angleterre qui a toujours eu le plus grand mal à accepter la tutelle de Rome. Le mariage de Charles 1er, fils de Jacques, avec Henriette de France, demeurée ardemment catholique ne sera pas pour rien dans la révolte anglaise. C’est que cette révolution est aussi causée par des problèmes de personnes. La personnalité des deux rois est en cause, tout comme leur commun attachement à Buckingham, personnage universellement haï et qui se montrera le mauvais génie de la monarchie britannique. Les lords catholiques sont aussi honnis, considérés comme des traîtres par leurs compatriotes.

La querelle principale reste toutefois institutionnelle. Le Parlement anglais était en effet convoqué à la requête du souverain et uniquement pour traiter des affaires financières, notamment en cas de guerre. A lui revenait le pouvoir de voter les subsides nécessaires à la gestion d’un conflit. Ses membres ne veulent plus s’en tenir à ce second rôle et veulent un droit de regard beaucoup plus important, notamment dans les Affaires étrangères, domaine réservé du souverain. Le souci vient du fait que la couronne est riche, Henry VIII tout comme Élisabeth dispose d’un trésor important, composé pour une grande partie par les biens ecclésiastiques confisqués lors de la Réforme. S’installe alors une grande défiance entre les parlementaires et le roi. Les dissolutions sont multiples et de 1629 à 1640, le Parlement ne sera plus convoqué. Dès 1627, Charles 1er avait procédé à des réformes qui lui permettaient de se passer de l’avis, donc de la tutelle, de la représentation.

La société anglaise ne peut plus tolérer les atteintes à sa souveraineté et l’arbitraire qui découle de la politique du monarque. La réaction ne se fait pas attendre et le 8 avril 1628 est édictée la Pétition des droits qui cherche à endiguer la marche vers l’absolutisme, alors générale en Europe. Le 7 juin de la même année, Charles est contraint d’avaliser la pétition, rude attaque contre le droit divin. Décrié et malmené par l’histoire, Charles 1er mérite pourtant d’être réhabilité. Sa politique a permis le rétablissement des finances obérées. Pourtant la situation s’envenime entre la Cour et le pays (Court and country). L’Ecosse est en pointe dans la rébellion qui va mener à la guerre civile. Le résultat est connu, défait par les armes, le roi sera jugé par un parlement savamment purgé de ses partisans, condamné puis exécuté en 1649. Une onde de choc sans précédent.

Cromwell, ce « brave et méchant homme » selon Clarendon, dirigera d’une main de fer une République anglaise qui lui survivra de peu. Le régime est une dictature à l’antique et Winston Churchill notera que malgré les « meilleures intentions indéniables » le régime « n’avait abouti qu’à la dictature brutale de l’épée. » Mort en 1658, le dictateur, qui fit l’union des royaumes, sera remplacé par son fils Richard Tumbledown Dick (Dick qui s’écroule), personnage médiocre de son propre aveu et bien incapable de faire face aux mécontentements. D’abord celui de l’armée et de sa composante résolument républicaine, ensuite celle des royalistes pour qui seule la monarchie est apte à lutter contre la tyrannie. La couronne est restaurée mais la révolution n’ira à son terme qu’après 1688 et le remplacement de Charles II, catholique donc exécré, par des membres anglicans de sa famille puis, faute d’héritier mâle, par les Hanovre, parents un peu lointains mais parfaitement protestants.

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