Valeurs Actuelles

Grâce à Marine, le Front National égale désormais l’UMP, l’UDI et le PS dans le cœur des Français.

Par Arnaud Folch.

Dimanche 7 juillet 2013 // La France

Sondage exclusif : Un an avant les élections européennes, notre enquête IFOP-"Valeurs actuelles" le révèle : le FN fait jeu égal avec le PS et l’UMP (21 %). En attendant de passer en tête ?

« Au rythme où vont les choses, le Front national va terminer premier aux élections européennes de mai 2014 », prédit Marine Le Pen. Et si sa prédiction se réalisait ? À un an du scrutin, notre sondage exclusif Ifop-Valeurs actuelles le révèle : jamais le FN n’est apparu si fort à l’approche d’une échéance européenne. Pour la première fois de son histoire, et de ses six participations, le parti fondé par jean-Marie Le Pen fait jeu égal, dans notre sondage, avec les deux "partis de gouvernement", PS et UMP. À la question"Si les élections européennes avaient lieu dimanche prochain, parmi les listes suivantes, pour laquelle y aurait-il le plus de chances que vous votiez ?", les Français placent le Front national à égalité avec ses adversaires PS et UMP : 21 % d’intentions de vote chacun.

Pour le PS, le résultat n’est pas si catastrophique : malgré le record d’impopularité de l’exécutif, le Parti socialiste au pouvoir n’est pas distancé et progresse même par rapport à son score désastreux d’il y a quatre ans (16,5 %). Principale explication : la faiblesse de la liste écologiste (7,5 %, contre 16,3 pour Daniel Cohn-Bendit en 2009), dont une partie des électeurs choisissent de "voter utile" en faveur du PS.

« Pour l’UMP, le résultat est particulièrement décevant, décrypte Jérôme Fourquet, directeur du département opinion de l’Ifop. Par rapport au précédent sondage Harris Interactive-LCP sur les européennes paru il y a quinze jours, le PS-se maintient, le FN progresse de 3 points, seule l’UMP en perd 2. Il y a quatreans, allié avec le Nouveau Centre, le parti sarkozyste était aussi beaucoup plus haut :28%, et avait terminé en tête. Si on lui rajoute aujourd’hui les 6,5 % des listes borlooistes, la droite retrouve certes son score de 2009. Il n’empêche : Compte tenu du rejet de la gauche dans l’opinion, l’UMP, premier parti d’opposition, devait obtenir davantage. » Lors des européennes de 1984, trois ans après la victoire de Mitterrand, la liste d’opposition RPR-UDF conduite par Simone Veil atteignait... 43% !

L’UMP paie la facture de sa reconstruction sans remise à plat après les terribles dégâts de la guerre Copé-Fillon. Elle paie, aussi, son autre primaire ratée de Paris. Elle paie, surtout, son incapacité à dégager l’essentiel : un chef et une ligne. Circonstance aggravante : s’il y a bien un domaine où cette "ligne" n’existe pas, c’est précisément sur les questions européennes. D’où le risque de nouvelles turbulences. Le choix du copéiste Franck Riester, qui a voté en faveur du "mariage pour tous", comme possible futur directeur de campagne (il l’était déjà en 2009), hérisse déjà l’aile droite du parti. « C’est de la provoc pure et simple ! assène un membre de la Droite populaire : Riester, pas plus que Bachelot, n’est de droite. C’est la meilleure manière de laisser filer nos électeurs... et de les faire voter FN ! »

Sur les questions européennes elles-mêmes, le parti est profondément divisé. Refusant le « plus d’intégration avec l’Allemagne » défendu notamment par jean-Pierre Raffarin, pour faire partie du projet de l’UMP, une dizaine de députés, emmenés par Philippe Meunier, ont prévenu : « Si on va vers plus de fédéralisme, ce sera sans nous ! Des listes dissidentes pourraient être présentées, en liaison avec Nicolas Dupont-Aignan, voire Philippe de Villiers. « Ce serait une stratégie suicidaire qui ouvrirait un boulevard au FN », prévient l’ancien ministre Thierry Mariani. Pas d’accord, répond un autre : « Si on présente des listes d’union avec Borloo et les centristes, ce qui serait suicidaire ce serait au contraire de ne pas couvrir notre flanc droit. Si on ne présente pas de listes indépendantes de droite, c’est le FN qui raflera la mise. » De quelque côté qu’on se place, la même crainte du Front national. Et une même incapacité à le juguler : « En se "centrisant", l’UMP légitime le FN ; en se droitisant, il le crédibilise, constate, dépité, un élu de Paris. Je ne vois pas, dit-il, comment nous pourrons éviter de passer des accords. »

La fragilité de l’UMP, les doutes qu’elle inspire jusqu’à ses propres 0 électeurs, se retrouvent dans notre sondage : 10 % de ses sympathisants s’apprêtent à voter pour les listes FN aux européennes. Dans le même temps, seuls 1% des sympathisants FN prévoient de faire de même en faveur des listes UMP. « Au total, relève Jérôme Fourquet, un peu plus de 60 % des électeurs de Sarkozy de 2012 disent vouloir soutenir les listes UMP, alors que près de 80 % de ceux de Marine Le Pen restent fidèles au vote FN. Ce qui, jusqu’à présent, était loin d’être le cas aux européennes... »

La situation est à peine moins inconfortable pour le PS, menacé, sur sa gauche, par le Front de gauche de Jean-Luc Mélenchon (9%), qui dépasse pour la première fois les listes écologistes. Le MoDem de Bayrou (7%) et l’UDI de Borloo (6,5%) ne se portent pas mieux. L’un et l’autre, au lieu de s’additionner, se font concurrence. Nicolas Dupont-Aignan (3 %), qui vient de lancer sa campagne, reste quant à lui sous la barre des 5 %. Consolation : il est déjà dans ce sondage au-dessus de son score de 2009 (1,9 %). Et se dit convaincu qu’une "surprise" se prépare...

Ces "surprises", toutes les élections européennes, ou presque, en ont réservé : l’écrasement de la liste Chirac (16,3 %) par celle de Simone Veil, soutenue par Giscard, en 1979 (27,6 %). L’émergence du FN en 1984. Celle des Verts en 1989 (10,6 %). Le début de l’aventure Villiers (12,3 %) et la comète Tapie (12 %), torpillant la liste PS de Rocard en 1994 (14,4 %). La liste Pasqua-Villiers (13 %) qui devance d’un cheveu celle des Sarkozy-Madelin en 1999 (12,8 %). Le nouvel échec terrible de l’UMP en 2004 (16,6 %, contre 28,9 au PS de Hollande). La revanche de 2009, avec le PS relégué en deuxième position et talonné par les Verts... Quelle sera la "surprise" de 2014 ? Une certitude : un an avant le scrutin, notre sondage prédit une première place à égalité pour les trois principales listes. Un tel scénario, inédit, serait déjà un coup de tonnerre. Le FN accrochant, seul, la pole position serait un tremblement de terre.

EUROPÉENNES

LE PS, L’UMP ET LE FN À ÉGALITÉ : 21 %

2014 La fin de la "malédiction" frontiste ?

Contrairement à une idée reçue, le FN n’a jamais réalisé de performance importante aux européennes. Si c’est ce scrutin qui lui a permis d’émerger à la surprise générale en 1984 (10,9%), son meilleur résultat remonte à...1989 (11,7%). Moyenne de ses scores en six participations : 9,1%. Loin, très loin des pics enregistrés à la présidentielle, aux législatives ou aux régionales.

Ce résultat tout juste moyen s’explique, selon jérôme Fourquet, par deux raisons principales qui ont agi jusque-là comme autant de boulets pour le FN : « D’abord l’abstention massive des milieuxpopulaires, principalvivierde voix duFN, aux élections européennes ; ensuite la concurrence quasi permanente de listes souverainistes, notamment celles dePhilippedeVilliers (quatrefoiscandidat). » S’ajoutent à cela les hasards du calendrier qui ont souvent desservi le FN : ainsi du scrutin de 1999 (5,7%), survenu en pleine scission avec les mégrétistes, ou de celui de 2009 (6,3 %), moins de deux ans après l’échec cuisant de la présidentielle de 2007... A. F.

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