Globalisation : Quel projet pour la France ?

Samedi 31 mars 2012, par Annette DELRANCK // La France

Drapeau de FranceIl faudrait que les dirigeants français se décident à tenir compte des nouveaux rapports de force : la Chine est une puissance agressive, les États-Unis ne s’intéressent plus à l’Europe, les dirigeants allemands sont désormais murés dans leur égoïsme. La France peut cependant retrouver son chemin.

Dans son précédent ouvrage (1), Jean-Michel Quatrepoint expliquait le mécanisme de la crise, le rapprochement sino-américain, la soumission de Barack Obama aux financiers et les raisons de la montée en puissance de la Chine. Deux ans plus tard, les innombrables analyses des experts patentés, les sommets spectaculaires et les déclarations d’intention tonitruantes n’ont rien changé. Ceux qui disaient avoir compris que le capitalisme marchait sur la tête n’ont rien fait. Et ceux qui n’avaient rien compris ont continué à dire des bêtises et à prendre des initiatives sans portée avec l’arrogance dont un Alain Minc est, en France, l’indécrottable incarnation. Jean-Michel Quatrepoint s’est donc remis à la tâche et son nouveau livre (2) confirme que nous continuons d’être victimes des tendances lourdes de la globalisation.

La Chine est toujours décidée à prendre sa revanche sur l’Occident et manifeste d’autant plus froidement sa volonté de puissance qu’on lui cède sans même songer à résister. Plus cette résistance sera tardive, plus elle sera coûteuse car « la Chine a bâti
sa stratégie de revanche sur un modèle mercantiliste, qui repose entièrement sur l’exportation de biens et de services et un accès privilégié aux matières premières. Que les flux viennent, pour une raison ou pour une autre, à se tarir, et le régime peut être tenté d’utiliser son appareil militaire à l’intérieur ou à l ’extérieur. »

Les Etats-Unis, en revanche, ne vont pas bien du tout. La logique financière, prédominante, conduit à la désindustrialisation et au chômage de masse alors que le pays croule sous le poids d’une dette colossale qui oblige à recourir à la création monétaire. Présenté lors de son élection comme le sauveur du monde, Barack Obama est un homme de compromis, faible devant les groupes de pression. Les atlantistes auraient intérêt à noter que le très distingué président américain ne s’intéresse pas à notre continent : « Barack Obama incarne les nouvelles priorités des États-Unis du XXI°siècle. La Chine, les pays émergents, l’islam et son milliard d’hommes. L’Europe n’est plus un marché aussi intéressant qu’hier pour les multinationales américaines ». Et puis, les Américains n’oublient pas que la France, l’Allemagne et la Russie n’ont pas participé à l’expédition en Irak et veulent nous faire payer ce refus - parfaitement justifié comme la suite des événements l’a montré. Le salut ne viendra pas d’outre-Atlantique.

L’Allemagne, quant à elle, affirme et impose une stratégie qui se caractérise par l’égoïsme. Comme la Chine, notre voisin est mercantiliste. Le patronat, les syndicats et le gouvernement allemand collaborent étroitement. Lorsque la fin de la guerre froide les a privés de leur hinterland est-allemand, ils ont mené ensemble la réunification et ont trouvé plus à l’Est les pays à bas salaires et à monnaie faible qui leur permettaient de réaliser des investissements massifs et fructueux. Cette concurrence libre et faussée leur permet d’exporter à tout va leurs produits et de compenser de grosses fuites de capitaux car nos amis allemands ne sont pas des modèles de vertu, contrairement à ce qu’ ils voudraient nous faire croire. L’oligarchie allemande n’est pas non plus l’amie et la protectrice du peuple allemand.

La réforme de la protection sociale et la rigueur salariale ont été violentes. Certes, le chômage a beaucoup baissé de 11 % en 2005 à 7% des actifs en 2010, mais il ne faut surtout pas imiter les Allemands : ils bénéficient, si l’on peut dire, de leur déclin démographique ; les mini jobs exonérés de charges sociales et payés avec des lance-pierres représentent 20 % des emplois ; le temps partiel représente 27 % de l’emploi en Allemagne contre 17 % en France. Au total, le nombre de travailleurs pauvres a augmenté de 2 millions en dix ans ! Les dirigeants allemands jouissent de leurs succès économiques et commerciaux et donnent des leçons de morale à toute l’Union européenne sans voir que la fameuse discipline allemande pourrait un jour ne plus être respectée par tout un peuple qui vit et survit, chôme ou travaille sans le moindre espoir.

Et la France ? On a entendu les discours volontaristes d’un supposé président, on a lu les belles phrases d’Henri Guaino mais le gouvernement français ou ce qu’il en reste, prend tous les coups sans en rendre aucun. L’offensive chinoise pourrait être arrêtée par un protectionnisme européen mûrement concerté. L’offensive allemande pourrait se heurter à notre sortie de l’euro et à une forte dévaluation de notre monnaie nationale en attendant d’adopter avec nos partenaires européens une monnaie commune. En France même, il faut que le pouvoir politique s’impose aux groupes de pression et définisse une politique industrielle que Jean-Michel Quatrepoint dessine de façon suffisamment précise pour que les partis politiques aient, comme on disait autrefois, du grain à moudre.

Hélas, la plupart des candidats préfèrent réciter le catéchisme libre-échangiste, espérer que l’Allemagne sera bienveillante et disserter sur la mondialisation sans chercher à connaître les mouvements effectifs qui sont en train de transformer le monde.

Cf. " La dernière bulle " Éd. Mille et une nuits, 2009 - prix franco : 18€

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