Gaz de schiste.

L’éternel retour.

Vendredi 28 mars 2014 // Divers


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Fermez la porte, il revient par la fenêtre. Mais il a changé : entre désillusion des exploitants, enthousiasme des industriels et discordances entre ministères, le dossier du gaz de schistes plonge dans l’incohérence.

D’un côté en effet on apprend que les réserves estimées dans les différents pays sont beaucoup moins grandes et plus coûteuses à extraire que prévu, au point que Le Monde (16 janvier) nous parle du dégrisement polonais et de la fin de l’eldorado américain ; de l’autre les pressions reprennent en France où les industriels et certains ministres, Arnaud Montebourg en tête, tentent d’en faire autoriser l’exploration au prétexte de nouvelles méthodes écologiques (usage du fluoropropane). Un peu perdu, le lecteur se demande qu’elle est la logique de tout ceci. Alors, naviguons un peu sur la toile (voir l’excellent blog oil man de Matthieu Auzanneau) pour tenter de comprendre les raisons de ces contradictions surprenantes.

De raisons il me semble en voir deux principales.

La première, c’est la panique qui saisit un gouvernement à l’oeil rivé sur ses indicateurs de croissance et de chômage et qui voit poindre la pénurie, donc le renchérissement du pétrole du fait de la fin de l’exploitation facile. Le pic pétrolier, si l’on considère les extractions conventionnelles, est derrière nous, et l’augmentation (voire le simple maintien) du niveau de production est maintenant assuré par les extractions non conventionnelles : gaz de schiste, pétrole offshore arctique,et autres produits bitumeux. Nous nous dirigeons vers une ère de pétrole cher, donc vers de nouvelles difficultés économiques et industrielles. Sauf à changer de modèle économique, ce dont notre gouvernement socio-(ultra)libéral ne veut pas entendre parler : le torpillage organisé de la transition énergétique, avec la bénédiction de tous les acteurs socio-économiques (MEDEF, gouvernement, syndicats) en est la démonstration éclatante.. (2) Il reste alors une seule solution pour que tout s’améliore sans que rien ne change : trouver de nouvelles ressources en hydrocarbures, si possible nationales. Il faut reconnaître à Arnaud Montebourg, outre la constance de ses positions, la logique de ses propos : pas de redressement économique dans le système actuel sans énergie abondante et bon marché, donc sans exploitation des gaz de schiste, une des dernières ressources relativement accessibles. Dans ces conditions, quel qu’en soit le coût économique, social ou écologique, toute exploitation sera la bienvenue.

La seconde, c’est le fait que les compagnies pétrolières sont évaluées en bourse non seulement sur leurs bilans, mais aussi sur leurs portefeuilles de réserves garanties. Or celles-ci baissent inéluctablement. Alors, celui qui peut se vanter d’être exploitant exclusif des réserves théoriquement immenses du gaz de schiste peut voir l’avenir boursier en rose, au moins tant que ces châteaux en Espagne ne sont pas révélés pour ce qu’ils sont, comme en Pologne. Nous voici donc otages des Majors qui doivent impérativement posséder dans leurs portefeuilles des permis d’exploitation, simplement pour éviter leur effondrement en bourse. Qu’importent alors la réalité des choses, les difficultés de l’extraction, la rentabilité (de toute façon les gouvernements effaceront les ardoises) et les dégâts sur l’environnement du moment que les actionnaires sont contents.

À propos, du point de vue environnemental, qu’en est-il des méthodes mirobolantes que l’on nous dévoile ? Et ce fameux fluoropropane, (3) de quel chapeau sort-il ? Rien de très encourageant. Il est produit (exclusif, très cher) par une société américaine qui en a évalué elle-même les effets (tous les tests proviennent de la même source) sans qu’aucun chercheur indépendant y ait été convié par ailleurs son usage aboutit au renchérissement d’une méthode d’extraction déjà aux limites de la rentabilité. Quant à lui, il n’a rien de bien révolutionnaire : on utilise déjà le propane pour extraire les gaz de schiste, mais avec les risques que présente la manipulation d’un gaz hautement inflammable dans une activité industrielle exercée sur des régions habitées. Le fluoropropane, comme les composés carbone-fluor (le fréon par exemple) est ininflammable, et serait sûr de ce point de vue. Mais quid des autres ? Effet de serre, couche d’ozone (on nous affirme que non, mais testé par qui ?), dissémination dans l’environnement (quels effets biologiques ?), pour le moment tout est à étudier. Quant aux autres risques liés à l’extraction, à l’exception peut-être des infiltrations dans les nappes phréatiques, ils restent inchangés Mr rapport à la fracturation hydraulique. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il reste du travail d’expérimentation à faire avant de savoir si le remède n’est pas pire que le mal. Pas étonnant que les écologistes en fassent un casus belli. (4)

François VILLEMONTEIX
(1)http://lwww.transition-energetique.gouv.fr/
(2)http: ;/petrole.blog.lemonde. fr/2013/06/21 /allies-medef-et-syn-dicats-ont-fait-voler-en-eclat-le-debat-sur-la-transition-energeti-que/
(3)http://www.journaldelenviron-nement.net/article/gaz-de-schiste-montebourg-tente-un-ballon-d-es-sai-gonfle-au-fluoropropane, 4224 I
(4)fr.reuters.com/article/topNews/ FRPAEA0U01 V20140131

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