Gaz de schiste : en débattre.

Par Roger Cukierman

Vendredi 2 novembre 2012 // La France

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Le contenu dans des roches argileuses compactes, à environ 300 mètres de profondeur. Selon les premières estimations, le potentiel de gaz de schiste récupérable en France représenterait au moins un siècle de consommation même si, pour se faire une idée plus précise de ces réserves, il faudrait évidemment en autoriser l’exploration.

La France importe la quasi-totalité de son pétrole et de son gaz, pour un coût dépassant les 60 milliards d’euros ; en outre, le prix de ce gaz naturel importé (notamment de Russie) est contractuellement connecté avec le prix du baril de pétrole (autour de 100 dollars le baril). Cette dépense énergétique pèse lourdement sur notre balance commerciale : 90 % de notre déficit extérieur est dû à nos importations de combustibles.

Nous disposons, en France, de sociétés parfaitement armées pour développer cette ressource calorique, Total et GDF-Suez en tête. Total a déjà investi dans des gisements aux États-Unis, en Argentine, en Pologne, au Danemark et en Chine. Mais pas en France, où les écologistes s’y opposent vigoureusement avec, le plus souvent, l’appui d’élus locaux qui craignent la multiplication sur leur commune des puits de forage.

Les risques de pollution. Le gaz de schiste s’exploite par la méthode dite de fracturation hydraulique. On injecte à très haute pression des quantités importantes d’eau, mélangées avec du sable et des adjuvants chimiques. L’injection ouvre des fissures et libère le gaz qui était séquestré. Celui-ci remonte ensuite par le puits pour être capté.

Dans les pays qui exploitent déjà le gaz de schiste, des nappes phréatiques et des eaux de surface ont été souillées. Ce problème, grave, ne serait pas dû à la fracturation hydraulique en tant que telle mais à des défauts de cimentation des puits. Il s’agit donc d’un problème d’étanchéité. L’argument du risque sanitaire mis en avant par les écologistes me paraît donc contestable, d’autant qu’il sera bientôt possible de mettre en oeuvre d’autres méthodes d’extraction : fracturation pneumatique, arc électrique, etc.

Le modèle américain

Les États-Unis exploitent le gaz de schiste depuis près de dix ans. Après les dysfonctionnements dont on a beaucoup parlé et qui, selon Total, sont le fait de l’arrivée de nombreux petits opérateurs peu regardants sur la sécurité des installations, les Américains estiment que l’exploitation se fait désormais dans des conditions de sécurité comparables à celles des autres combustibles fossiles. Les techniques d’extraction ont bénéficié de progrès décisifs sur les besoins en eau, sur les composants chimiques, sur le risque de pollution des nappes phréatiques et des sols, et sur le nombre de puits.

Premières conséquences : le prix au gaz a fortement baissé (divisé par trois ou quatre, à 15 dollars le baril, quand il augmente en France de 25 %), le pays est devenu auto suffisant et de nombreux emplois ont été créés (plusieurs dizaines de milliers selon (Obama). En outre, c’est une énergie qui émet moins de gaz carbonique que le charbon ou le pétrole un point à prendre en compte pour l’impact environnemental. Entre 2006 et 2012, la part du gaz dans l’électricité américaine est passée de 20 à 25 % aux dépens du charbon ; les émissions de gaz à effet de serre ont donc fortement diminué alors qu’en Europe elles augmentaient. Autre avantage : l’industrie peut utiliser des dérivés du gaz plutôt que des dérivés du pétrole, ce qui abaisse les coûts, et le gaz permet de mieux maîtriser les dépenses de chauffage des habitations.

La nature politique du débat. En juillet 2011, Nicolas Sarkozy avait annulé trois permis de recherche, dont un permis d’exploration de 4 000 kilomètres carrés, détenu par Total, vers Montélimar, mais sept autres titres avaient été mis en attente. François Hollande a tranché. En inaugurant, le 14 septembre, la Conférence environnementale, il a annoncé son refus de l’exploitation du gaz de schiste au prétexte que la fracturation hydraulique n’est pas exempte de risques lourds. De son côté, le ministre Arnaud Montebourg distinguait gaz de schiste et méthode d’extraction.

L’opinion publique y serait opposée (selon un sondage) alors que le patronat et des personnalités comme Claude Allègre et Bernard Thibault (CGT) y sont plutôt favorables. Il ne s’agit pas de sacrifier la planète. Nous voulons tous pour nos enfants un monde meilleur. Mais, pour cela, il faut pouvoir et vouloir profiter des progrès de la science et se poser les bonnes questions : peut-on critiquer les hausses du prix du gaz et refuser d’étudier l’éventualité d’une nouvelle ressource bon marché ? ne faut-il pas rechercher l’autonomie énergétique ? n’est-il pas absurde d’interdire l’exploration sans connaître la réalité des réserves ? ne faut-il pas au contraire l’autoriser, quitte ensuite à fixer des conditions restrictives ?

Alors qu’il serait souhaitable que la politique politicienne n’intervienne pas trop souvent dans les choix importants qui relèvent de l’intérêt de l’État, je pense que la décision de François Hollande est une concession extrêmement coûteuse, probablement à hauteur de plusieurs milliards d’euros, faite aux écologistes.

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