Gauche sans peuple.

Lundi 23 avril 2012 // La France

Drapeau de FranceTandis que des sondages quotidiens créent de faux événements sur la base d’enquêtes douteuses, un véritable débat a lieu depuis un an sur l’évolution politique des classes populaires. C’est un rapport de la fondation Terra Nova, laboratoire de la gauche libérale, qui a donné une actualité passionnante à des travaux sociologiques qui étaient restés sans grand écho dans les milieux politiques. Avec une brutale franchise, les stratèges de Terra Nova affirmaient que les ouvriers et les employés étaient définitivement perdus pour la gauche qui devait désormais s’appuyer sur les bourgeois urbains, les femmes et les jeunes issus de l’immigration. Des chercheurs proches de la gauche le géographe Christophe Guilluy, le politologue Laurent Bouvet firent alors remarquer que les socialistes sont depuis vingt ans séparés des classes populaires.

Le Parti socialiste a en effet pris l’habitude de présenter un projet exprimant la vision sociale de ses dirigeants et militants : celle de catégories très diplômées, vivant en centre-ville ou issues des banlieues proches des métropoles en phase avec la mondialisation ; celle d’élus et d’hommes de l’appareil travaillant pour ces élus. Rejetées dans les périphéries urbaines ou cantonnées dans les zones rurales, les classes populaires subissent de plein fouet les conséquences du libre-échange tout en affrontant les difficultés liées à l’installation des migrants. Ce sont ces Français délaissés qu’on appelle aujourd’hui « invisibles »qui ont voté massivement pour Nicolas Sarkozy en 2007 et qui sont séduits par Marine Le Pen qui a pris parti pour la « démondialisation ». D’où un paradoxe : les socialistes gagnent les élections quand le peuple s’abstient : aux municipales, aux régionales, aux européennes.

François Hollande a pris conscience de cette analyse et a rendu des visites très médiatisées dans des usines en difficulté. Mais le problème fondamental de sa campagne n’est pas résolu : son programme n’intéresse toujours pas les ouvriers et les employés qui représentent 55% de la population active. Le Parti socialiste peut-il alors s’appuyer sur les classes moyennes ? Mais celles-ci ont quasi disparu : beaucoup de cadres sont tombés dans la précarité, la flexibilité du travail faiblement rémunéré ne cesse d’augmenter, la plupart des retraités vivent chichement. Comme le Parti socialiste a été l’un des acteurs de cette évolution, son candidat a beaucoup de mal à se faire entendre dans les milieux populaires.

Ces débats à l’intérieur de la gauche ont vivement intéressé Nicolas Sarkozy qui a reçu Christophe Guilluy. Le géographe n’est pas devenu le conseiller du président, mais il reconnaît avoir été mieux compris à droite qu’à gauche : Laurent Wauquiez a été le premier à évoquer le protectionnisme et Nicolas Sarkozy a repris ce thème lors de son discours de Villepinte.

François Hollande ne peut le suivre sur cette voie : ses convictions et son programme l’obligent à garder la ligne des années 1990, celle qui a été théorisée par Terra Nova, en espérant qu’Arnaud Montebourg ralliera un nombre important de partisans de la démondialisation. Mais le candidat socialiste craint moins la dispersion des voix le vote Mélenchon que l’abstention comme il l’a dit lors de son déplacement à Saint-Denis de La Réunion.

François Hollande reste confiant car il pense que les électeurs de gauche qui ont voté pour Nicolas Sarkozy en 2007 lui reprocheront de ne pas avoir réduit les fractures sociales.

C’est parier encore et toujours sur le vote de rejet.

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