GOUVERNEMENT : Symboles et réalités.

Lundi 4 juin 2012 // La France

Financière, économique, monétaire, sociale, la crise s’aggrave en Europe. Elle n’épargnera pas la France où l’on va très vite oublier la baisse des salaires des ministres, la parité hommes-femmes et le méticuleux dosage des tendances.

L’élection d’un nouveau président et la nomination d’un nouveau gouvernement ne-changent pas les mauvaises habitudes médiatiques. Dans son journal de la mi-journée, le 20 mai, France 2 consacrait le même temps d’antenne à la compagne du président de la République et à la participation de François Hollande au sommet du G8.

C’est ainsi qu’on se précipite sur des événements significatifs, qu’on prend pour de véritables actes symboliques : les flots de commentaires sur la réduction des salaires des ministres et sur la « parité » au sein du gouvernement sont sans doute distrayants, mais c’est autant de perdu pour l’analyse de la ligne politique que l’Elysée et Matignon commencent à tracer. D’ailleurs, les « mesures symboliques » sont de peu d’effet car elles provoquent des disputes sur le coût du gouvernement Ayrault, plus élevé que celui du gouvernement Fillon, et sur la réalité de la parité car une seule femme est à la tête d’un ministère régalien : Christiane Taubira à la Justice.

La réalité qui mérite d’être examinée attentivement, c’est la composition politique du gouvernement. Nul doute que le choix des ministres a été fait avec un art consommé, sous l’initiative de celui qui, à la direction du Parti socialiste, a toujours été animé par l’esprit de synthèse et par la volonté de trouver des compromis. Le choix de Jean-MarcAyrault est à cet égard remarquable, car le maire de Nantes, qui a fait ses classes auprès de Jean Poperen, à la gauche du Parti socialiste, peut rassembler tout le monde... ou presque. Presque, parce que Martine Aubry, qui avait l’ambition de s’installer à Matignon, ne pouvait pas accepter de poste de second plan. L’ancienne rivale de François Hollande aux primaires socialistes reste donc au dehors mais elle ne cherchera pas à nuire au nouveau Premier ministre car elle a tout intérêt à ce que les socialistes gagnent la bataille des législatives.

A cette notable exception près, le gouvernement Ayrault se présente comme un bel exercice d’équilibre entre toutes les tendances de la gauche que l’on dira modérée par rapport à la gauche plus radicale constituée par le Parti de Gauche et le Parti communiste. Il y a la droite du Parti, avec Manuel Valls au ministère de l’Intérieur. Il y a les anciens partisans du « non » au référendum de 2005 Laurent Fabius aux Affaires étrangères et Bernard Cazeneuve qui vota contre le traité de Lisbonne en 2008. S’ajoute le néo-protectionniste Arnaud Montebourg à la tête d’un curieux ministère du Redressement productif. Mais les anciens « nonistes » sont compensés par des européistes convaincus : Pierre Moscovici, nommé à Bercy et Michel Sapin qui est devenu ministre du Travail alors qu’on l’annonçait à Bercy. N’oublions pas la gauche du Parti, représentée notamment par Benoît Hamon qui est ministre délégué chargé de l’économie sociale et solidaire. Bien entendu, les Verts ont été remerciés et Cécile Duflot a reçu un ministère de l’Egalité des territoires et du logement : étrange dénomination qui permet d’éviter la référence gaullienne à l’aménagement du territoire.

Il serait hasardeux de tirer des conséquences politiques de cette répartition des postes en fonction du passé des ministres. Laurent Fabius a fait campagne pour le « non », mais c’était un choix opportuniste et nul n’a remarqué des prises de position audacieuses sur l’avenir de la zone euro. Pierre Moscovici est un des auteurs les plus convaincus du défunt « traité constitutiornel » mais il va devoir affronter dans l’improvisation une crise d’une gravité croissante. Tous les ministres, et d’abord le Premier d’entre eux, vont devoir agir dans l’urgence, face à une réalité qu’ils peinent à appréhender.

Si des failles apparaissent, si des changements de priorités s’imposent dans les prochaines semaines, ce sera sur de nouvelles lignes de partage dont le tracé est d’autant moins prévisible que nous sommes en campagne électorale.

Répondre à cet article