TÉMOIGNAGE : La deuxième VILLE de France

Fuir Marseille !

Par JEAN-MICHEL VERNE

Jeudi 27 septembre 2012 // La France

Je dois m’y résigner, c’est bel et bien le préfet délégué pour la sécurité des Bouches-du-Rhône, Alain Gardère, qui a prononcé sur les ondes de RTL cette phrase destinée à entrer dans les annales : Marseille « est une ville plutôt paisible ». Le même jour, le procureur de la République Jacques Dallest nous livre face à un parterre de magistrats des propos tout autres qui, cette fois, claquent comme une rafale de kalachnikov un soir de règlement de comptes dans les quartiers nord : « Marseille est une ville de grande violence ». La misère humaine est palpable

 La pauvreté est aux portes du palais. « La barbarie se manifeste trop souvent dans la rue avec son cortège de souffrances. » De Dallest ou de Gardère, qui dit vrai ? Manuel Valls a très vite tranché en remettant son préfet en place. Au moment même où la sénatrice PS Samia Ghali réclamait l’intervention de l’armée aux portes des cités minées par la violence et le trafic de came. Samia Ghali n’avait pas terminé sa phrase qu’une rafale de "kalach" balayait un multirécidiviste. Plus tard, c’est encore un patron de bar du XVe arrondissement qui se retrouvait entre la vie et la mort après avoir tenté de désarmer un braqueur. Puis c’est au tour d’un jeune homme de 25 ans d’être enlevé et torturé...

Non, vraiment, monsieur Gardère, Marseille n’est pas une ville "plutôt paisible". Et c’est fort inquiétant que vous ne le sachiez pas. Il est en outre déroutant que la requête de l’élue ait été vilipendée par l’ensemble de la classe politique locale. Le paraître serait donc aux yeux de certains plus important que le calvaire quotidien des Marseillais. Et j’en suis. Et j’en souffre. Marseille accumule les superlatifs, mais les plus dévalorisants. C’est l’une des villes les plus dangereuses d’Europe, des plus embouteillées (deuxième place), des plus sales aussi. Celle qui prétend devenir en 2013 La capitale européenne de la culture n’est aujourd’hui que la capitale de l’insécurité et de l’incivisme.

J’ai envie de dire aux politiques Marseillais de tous bords : mais qu’avez-vous fait de Marseille ? Qu’avez-vous fait de ma ville ? J’ai peine à croire aujourd’hui qu’enfant, je me promenais tranquillement, le soir venu, avec mes parents, rue Saint-Ferréol pour une séance de cinéma au Majestic avant de déguster un chateaubriand bien saignant dans cette si jolie brasserie de la place de Rome. Aujourd’hui, adieu chateaubriand, brasserie accueillante et esquimaux du Majestic... Ce sont désormais des échoppes dignes du grand souk de Bagdad qui fleurissent dans les artères emblématiques. Au menu le kebab que je déteste.

Je défie quiconque d’aller se promener au coucher du soleil « rue Saint-Fé » : Le centre-ville s’est dégradé, les belles enseignes ont plié bagage. Rejoindre à pied le cours Julien qui domine le VI° arrondissement relève d’une expérience assez pittoresque. Des groupes interlopes palabrent devant des bars miteux pendant que des Roms fouillent dans les poubelles sous le nez de chiens errants. Il n’y a guère que les" intellos-bobos-gauchos", comme dirait Samia Ghali, pour ne pas réagir.

Car je le dis et je le redis : les Marseillais en ont ras-le-bol. Comme j’en ai ras-le-bol de ne pouvoir sortir en ville en toute quiétude. Voilà quelques jours, j’ai eu droit aux menaces d’un groupe de délinquants qui m’a collé aux fesses à la sortie d’une pizzeria de la place Castellane. J’en ai réchappé tel l’homme blanc poursuivi par les Comanches. Mais ce soir-là, la pizza et les supions frits me sont restés sur l’estomac... Témoin et acteur de la vie marseillaise, je me dois de l’écrire : cette ville est à fuir et cela me remplit d’une infinie tristesse.

Les causes, on les connaît. Mais personne ne souhaite les évoquer. Il n’est pas consensuel de remettre en question le fameux "melting-pot" marseillais. C’est le prix à payer d’un fragile équilibre entre communautés. Mais le prix est désormais trop élevé, l’addition trop salée. Gérard Unger, biographe de Gaston Defferre ( Gaston Defferre, Fayard, 2011), évoque le chiffre de 45 000 Maghrébins à Marseille en 1973. Combien sont-ils aujourd’hui ? Et les autres, les Subsahariens, les gens venus de l’Est ? Combien ont un travail ? Combien vont à l’école ? Combien grossissent les troupes de trafiquants et de délinquants ? Combien subissent dans les cités maudites la loi de la peur ? En quelques années, Marseille est devenu le sinistre. laboratoire de la France de demain. Une France malade d’une diversité devenue ingérable. De son laxisme aussi.

Samia Ghali, pourtant issue elle-même du prétendu melting-pot, ne s’y trompe pas en évoquant à terme avec lucidité « un système à l’américaine avec des gangs qui se font la guerre sur des territoires où la loi n’a plus cours ». Les bien-pensants s’offusquent, à commencer par le maire de Marseille qui craint que le recours à l’armée ne débouche sur une « guerre civile ».

Mais j’ai envie de lui répondre:la guerre est déjà déclarée, monsieur Gaudin. Demanderiez-vous, sinon, que l’ensemble de la ville soit placé en zone de sécurité prioritaire ? Comme tout le monde, vous craignez que Marseille ne devienne, en 2013, la capitale européenne du crime. Et qu’alors, il ne faille fuir. 

Valeurs actuelles

Répondre à cet article