Frustations à la banque mondiale.

Samedi 5 mai 2012, par Yves LA MARCK // Le Monde

Drapeau de FranceLa désignation le 16 avril du nouveau président de la Banque mondiale,réactive le fossé Nord-Sud.

Depuis la création du FMI et de la BIRD en 1944, leurs présidents ont toujours été respectivement européen et américain. Ces deux institutions en effet s’intéressaient à l’origine exclusivement à la reconstruction de l’Europe. La donne n’a changé qu’avec la décolonisation des années soixante et le début de l’aide au développement. L’émergence d’économies de forte croissance au Sud et surtout l’arrivée à maturité politique des élites africaines, asiatiques et sud-américaines remettent ce partage en question à chaque renouvellement.

Au FMI, Christine Lagarde avait dû négocier ferme sa candidature et ne s’était réellement imposée qu’avec le soutien chinois. La succession de M. Zoellick, dont le mandat arrive à terme en juin, rencontre les mêmes objections. Le président Obama, en armé électorale, ne pouvait pas renoncer à cette prérogative américaine. Soucieux de faciliter l’acceptation internationale, il a désigné un américain né en Corée, Jim Yong Kim. Il s’est acquis ainsi l’appui du Japon, second contributeur de la Banque mondiale après les Etats-Unis. L’Union européenne, plombée par le soutien américain à Christine Lagarde, ne peut que renvoyer l’ascenseur. Ensemble, ils possèdent la majorité absolue au Conseil de la Banque. L’affaire était donc bouclée d’avance.

Deux autres candidats étaient néanmoins en lice : un Colombien, qui a renoncé, et la ministre des Finances du Nigeria. L’Asie étant ralliée au choix américain, l’Amérique latine et l’Afrique s’estiment laissées pour compte. Cela semble surtout injuste pour Mme Ngozi Okonjo-tweala qui a exercé de 2007 à 2011 des fonctions de direction à la Banque et s’avère la candidate privilégiée de l’intérieur de la maison. Ses mérites sont sans comparaison avec ceux du candidat américain, qui n’a comme expérience du développement que d’avoir dirigé le bureau chargé du Sida à l’Organisation mondiale de la Santé (quand on sait qu’il y a une organisation spécifique chargée des programmes de lutte anti-Sida, l’OMS ne jouant ,qu’un rôle mineur). Les questions de personnes et de couleurs sont néanmoins secondaires par rapport aux options politiques. De nombreux pays avaient ainsi soutenu la candidature du professeur Jeffrey Sachs, de l’université américaine de Columbia, auteur d’un best-seller sur « la fin de la pauvreté » et inspirateur des objectifs du Millénaire pour le développement (OMD).
Face à ses options radicales, la Nigériane faisait figure d’économiste orthodoxe, fondue dans le moule de la bureaucratie de la BM. L’Américano-coréen a surtout le mérite de mettre un terme à l’héritage néo-conservateur de Zoellick et Wolfowitz, nommés par Bush..

L’Afrique pèse peu en termes de capital au sein de la banque mondiale. Mais, même ainsi, elle n’avait pas réussi à présenter un front uni. L’Union africaine est en effet paralysée par l’impossibilité de s’entendre sur le nom de son secrétaire général, entre le Gabonais sortant Jean Ping et la pétulante ex-ministre des Affaires étrangères d’Afrique du Sud, ex-épouse de l’actuel président, l’anglophone Nkosazana Dlamini-Zuma.

La première présidente africaine (1), Ellen Johnson-Sirleaf, au Liberia, avait également occupé de hautes responsabilités à l’ONU (le Programme pour le développement). L’international est souvent un enjeu de pouvoir faute de réussir à s’imposer chez soi, ou un détour pour mieux revenir. La candidate nigériane, rejetée à Washington, a, dit-on, l’étoffe pour faire une future présidente du Nigeria, le pays le plus peuplé du continent africain.

(1) Il y en a désormais une autre, Mme Banda, à la suite du décès du président du Malawi.

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