Front National.

Mardi 26 mars 2013 // La France

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Petit à petit, les idées du Front National gagnent les esprits. C’est ce qui ressort d’un récent sondage TNS-Sofres sur lequel les médias français sont restés discrets. Loin encore d’emporter une majorité franche de suffrages, le parti de Marine Le Pen se positionne cependant comme « une alternative » crédible pour les futures échéances électorales. Reste à savoir s’il sera en mesure, à plus ou moins long terme, de gouverner.

Premier chiffre : 32 % des personnes interrogées estiment être « proches des idées du Front National ». Second chiffre : 47 % d’entre elles estiment que le parti de Marine Le Pen « représente un danger ». Ce sont les deux principales informations à retenir de ce sondage (Baromètre d’image du Front National réalisé auprès de 1 012 personnes, représentatif de l’ensemble de la population âgée de 18 ans et plus, selon la méthode des quotas, entre le 24 et le 28 janvier 2013) qui a le mérite de reposer sur la durée : l’image du FN est en effet évaluée à intervalles réguliers par TNS-Sofres depuis 1984. Selon les analystes de l’Institut, ce sont les expositions médiatiques de Jean-Marie et Marine Le Pen qui, à chaque élection présidentielle, faisaient grimper la cote de popularité du FN. Mais ce lien ténu entre médiatisation et adhésion aux idées semble aujourd’hui rompu tant il apparaît que jamais le FN n’a atteint un aussi haut niveau de soutien depuis 1991.

« PAS UN DANGER »

Quant au « danger » que représenterait ce parti, il est à son plus bas niveau historique chez les sondés. Chiffre important et peu relevé par les commentateurs : 47 % des personnes interrogées estiment que le FN représente un danger, même si cette notion, peu explicitée, reste assez floue... Pour la première fois, il passe sous la barre des 50 % ! L’an dernier, ils étaient encore 53 % des` sondés à penser que le FN représentait un danger et plus de 70 % dans la seconde partie des années i99o. Des résultats qui soulignent de manière significative la « normalisation » des idées du FN, notamment chez les sympathisants de droite.

FORT SOUTIEN, FAIBLE REJET

La progression du Front National est, certes, à placer au crédit de la stratégie de « dédiabolisation » mise en oeuvre par la présidente du Front National, mais aussi à sa propre personnalité. Marine Le Pen véhicule ainsi une image de femme volontaire (81 %), de femme de décision (69 %), capable d’être à l’écoute des problèmes des Français (49 %) et de rassembler, y compris au-delà de son camp (53 %). Sur ce dernier item, elle est, selon les analystes de l’institut de sondage, l’égale des autres leaders politiques traditionnels. Ferait-elle moins peur que son père ? Sans doute, même si la question n’a pas été posée.

Toujours est-il que le fort niveau de soutien et le faible niveau de rejet constituent les deux marqueurs essentiels de cette oeuvre de dédiabolisation entreprise par la fille de Jean-Marie Le Pen. Car le rapprochement des Français vis-à-vis du Front National tient surtout à une adhésion aux valeurs qu’il défend. Faut-il voir dans ces résultats un « effet contexte », une saute d’humeur des Français lassés par un gouvernement qui, sur fond de crise économique, s’est donné le bâton pour se faire battre ces derniers mois ? Mariage pour tous (destruction de la famille), droit de vote aux étrangers, impuissance à lutter contre le chômage, retour à la retraite à 6o ans (avec la perte de la valeur travail-effort), reniement des promesses de campagne... Si certains textes ont été repoussés, il est à noter une défiance certaine de tout un pan de la population française qui estime que le pouvoir en place est en train de brader les valeurs multiséculaires du pays, valeurs auxquelles nombre de nos compatriotes sont attachés. Pas moins de 72 % des personnes interrogées affirment ainsi que l’on « ne défend pas assez les valeurs traditionnelles en France », soit une progression de neuf points par rapport à 2012 !

GAIN DE CRÉDIBILITÉ

Il faut toutefois relativiser cet effet « contexte ». Ce que le « Front » n’a cessé de dénoncer depuis des années commence à peser sur le quotidien des Français. « Ce sont des idées qui progressent depuis trois-quatre ans », explique Emmanuel Rivière de TNS-Sofres. Autrement dit, cette adhésion aux idées frontistes n’est pas un sursaut biliaire ou une lubie passagère mais le reflet d’une réalité profonde : celle d’un ras-le-bol des Français de se voir diriger par des personnes aux capacités ou aux pouvoirs limités. Ils ne constatent aucun changement entre la droite et la gauche qu’ils ont essayées et éprouvées (dans tous les sens du terme) depuis plus de cinquante ans...

Avec ce sondage, le FN montre qu’il a gagné en crédibilité et qu’il ne serait plus un réceptacle de votes contestataires et protestataires ne reposant sur aucune idéologie ou philosophie commune. Bref, qu’il ne serait pas ce que les politologues appellent un « catch-ah l party », un parti « attrape-tout ». La meilleure preuve ? Une majorité de sondés UMP (54 %) estime que Marine Le Pen représente une « droite patriote attachée aux valeurs traditionnelles »... Ils sont aussi 51 %, dans la même catégorie, à déclarer adhérer aux « constats exprimés par Marine Le Pen mais pas à ses solutions ». Autrement dit, faire siennes les idées du FN ne se concrétise pas forcément par un vote, même si certains sont tentés de franchir le pas, ce qui laisse en suspens la notion de passerelles ou d’alliances objectives avec une partie de la droite. La moitié des sympathisants UMP estime d’ailleurs qu’une telle perspective est possible...

IDENTITÉ ET CRÉDIT

L’oeuvre de « débunkérisation » du FN est donc en marche. Il reste à ses instances dirigeantes à proposer un véritable programme économique et social car l’actuel est peu audible et manque de poids. Par exemple, le retour au franc paraît sur la forme une idée séduisante, cette initiative aurait pour conséquence d’augmenter mécaniquement les prix et les déficits de près de 30 % et de mettre en difficulté une grande partie de la population française. Les tergiversations de l’état-major du Front sur le projet de loi Taubira ont également brouillé le message et désarçonné nombre de militants.

Cette faiblesse du programme économique et social explique pourquoi 35 % des sondés seulement jugent que le FN est capable de participer à un gouvernement. D’ailleurs le doit-il ? Au risque de se banaliser, de prendre les travers des autres partis qu’il accuse aujourd’hui d’incompétence et d’impéritie ? C’est une autre question à laquelle ses dirigeants devront répondre. Rapidement.

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