Fronde ou Révolte ?

Mercredi 20 février 2013 // La France

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C’est la plus grande manifestation que la France ait connu depuis trente ans.

Seuls, en couple, en famille, de tous âges et de toute les régions, bravant le froid et la pluie, au moins un million de personnes a déferlé sur la capitale pour dire son opposition au projet de « mariage pour tous » préparé par le gouvernement. Peu importe les chiffres mensongers fourni par la Préfecture de police de Paris : il suffisait de parcourir les cortèges pour se rendre compte de l’ampleur de cette mobilisation inédite. Peu importe même le nombre exact de participants. La force de la « manif pour tous » réside avant tout dans la détermination sans faille dont cette France, qui n’avait rien à gagner pour elle-même, a fait la démonstration. L’ambiance joyeuse, le ton serein contrastaient furieusement avec la contre-offensive du 27 janvier qui n’a sans doute pas rassemblé plus de quelques dizaine de milliers de partisans du mariage gay dans les rues de Paris.

Pour ses promoteurs, le mariage et l’adoption par les couples homosexuels devaient s’imposer d’eux-mêmes. Le gouvernement pensait gagner sur tous les tableaux. En faisant droit à une revendication marginale, il détournait l’attention de son électorat déçu par une politique économique incohérente. La gauche, incarnation de la modernité sociétale, n’avait qu’à réciter son petit catéchisme - égalité des droits, non-discrimination - pour que son projet passe comme une lettre à la poste. Mais qui dit mariage homosexuel dit réécriture du code civil, PMA et, bientôt, légalisation des mères porteuses au nom de l’égalité entre homosexuels homme et femme. En dépit d’un traitement médiatique univoque, partis de rien, les organisateurs de la « manif pour tous » ont réussi à faire comprendre qu’il s’agissait d’un bouleversement anthropologique, d’un « changement de civilisation » ainsi que l’a affirmé Christiane Taubira qui, en tant que Garde des Sceaux, TAUBIRA GARDE DES SOTS porte le projet de loi.

Ce grand mouvement « d’écologie humaine » (lire l’entretien avec Tugdual Derville, délégué général de l’Alliance Vita et porte-parole de-la Manif pour tous, né pour défendre le mariage, la famille et la filiation, a surtout permis à des Français de s’exprimer dans une occasion qui les change de l’atmosphère habituelle où la doxa officielle leur interdit même de penser.

Cette France réelle, cette France paisible qui travaille et qui paie ses impôts, peut-elle faire hésiter le pouvoir, voire le faire basculer sur un sujet qui engage aussi gravement l’avenir de la société ? En politique, c’est la seule question qui vaille.

Mais Hollande qui, après avoir tergiversé, a fait semblant de recevoir les organisateurs, a prévenu qu’il ne retirera rien. La PMA ? Exclue du projet de loi du « mariage pour tous », elle est désormais annoncée pour le printemps dans une loi sur la famille. Et, pendant que le projet est discuté au Parlement, le ministre de la Justice préconise la régularisation du statut des enfants conçus par gestation pour autrui (PMA) à l’étranger et ramenés en France, où cette pratique est interdite. Ultime provocation !

En politicien roué aux usages du système, Hollande compte sur l’usure de l’adversaire pendant que l’actualité tourne. L’intervention des forces française au Mali, préparée de longue date et déclenchée la veille de la manifestation parisienne, a rapidement relégué le sujet au second plan de l’actualité. Au sein même de la droite, il se dit déjà qu’une fois la loi passée, il ne se trouvera aucune majorité pour défaire ce qui aura été fait, ni le « mariage pour tous », ni les adoptions d’enfants !

Se pose donc une question proprement politique. Il apparaît de plus en plus clairement que le pays réel n’est pas représenté. Or, une atmosphère de combat ne se maintient pas indéfiniment quand le système dont vous êtes tributaire vous maintient par principe en position de perdants. Le pouvoir, les places dominantes, les chaires de vérité sont confisqués par un clan de partisans qui n’oeuvre que dans le seul but de maintenir et d’imposer sa domination. Son art est de faire croire que, détenteur du pouvoir - médiatique, politique, culturel -, c’est lui qui en détermine les règles et lui qui en définit la légitimité. Mais la roue tourne et la question est désormais posée : et si la fronde devenait une révolte ?

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