Fromantin, l’insoumis.

Mardi 25 mars 2014 // La France


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Il bouscule les États-majors et trace son sillon sans s’occuper des partis. Portrait d’un atypique en politique, qui ne veut pas abdiquer sa liberté.

Cela fait déjà sept ans qu’il étonne et qu’il détonne. C’est en 2007, à 45 ans, que Jean-Christophe Fromantin a surgi sur la scène politique. Pas n’importe où : à Neuilly, le fief de Nicolas Sarkozy, dans les Hauts-de-Seine, l’un des bastions de l’UMP. Mais c’est sans le soutien d’aucun parti qu’il a conquis la ville en 2008 et c’est encore en candidat libre (divers droite) qu’il se représente aux municipales cette année.

Ses adversaires puissants, organisés lui promettaient une victoire sans lendemain. Six ans plus tard, le voilà non seulement maire de Neuilly mais aussi député des Hauts-de-Seine depuis 2012. On s’attend à trouver un killer, sur le modèle des clones pressés de faire carrière en politique. Mais c’est un homme serein et souriant qui vous accueille dans le bureau occupé par Achille Peretti pendant trente-six ans, puis par Nicolas Sarkozy, pendant presque vingt.

Sarkozy ? « Je l’ai revu l’an dernier, ici même, au mois de mai, lors d’un hommage à Achille Peretti. Cela s’est très bien passé, vous savez. » Mais ce ne fut pas toujours le cas. En 2008, Neuilly semblait promis à David Martinon, porte-parole de l’Élysée. Mais ce parachutage soulève localement une telle tempête que Martinon est contraint à l’abandon. Reste Fromantin, candidat divers droite que Nicolas Sarkozy veut alors convaincre de rallier l’UMP. Deux fois il est convoqué à l’Élysée. Le deal est simple : contre son soutien, le chef de l’État veut qu’il prenne sur sa liste jean, son fils, et divers membres de l’UMP. Deux fois Fromantin répond non. « J’ai refusé en bloc, en lui disant que je voulais garder ma liberté et que je n’avais pas peur de perdre. »

Cette indépendance plaît aux Neuilléens : élu avec 61,6 % des suffrages, Jean-Christophe Fromantin est un homme libre. Il n’y a jamais eu de défiance dans ma candidature, précise-t-il. J’ai voté Sarkozy en 2007puis en 2012. Mais certains, à l’UMP, n’ont pas bien vécu la perte de Neuilly. La première année ne fut pas facile. » Fromantin pratique volontiers ce que les Anglais appellent l’understatement.

L’an dernier encore, l’UMP a testé la candidature de Michèle Alliot Marie. Le sondage n’a jamais été publié, mais MAM a préféré jeter l’éponge. Fromantin, quoique sans étiquette, bénéficie donc du soutien officiel de l’UMP et de l’UDI, qu’il a rejointe en 2012.

Deux fois par semaine, je me lève à 5 h 30 pour courir pendant une heure. Une heure de silence et de `décantation’, c’est un atout incroyable dans le brouhaha de ce monde. Il faut prendre le temps de faire des pauses et de nourrir ces pauses par la réflexion. Fromantin est un marathonien. C’est aussi un marin. Il a même remporté le Tour de France à la voile en 1980, avec l’équipage du Dunkerque ! Ce qui le fait courir ? « L’envie d’entreprendre », répond-il spontanémerif : il a créé une entreprise spécialisée dans l’accompagnement international des PME il y a vingt-cinq ans bien avant d’entrer en politique. Parmi les projets qu’il caresse : l’organisation, en 2025, d’une Exposition universelle qui permettrait à la France de rayonner à travers le monde.

Mais il avance aussi une autre réponse, qui contribue encore à le singulariser. Ce qui le pousse à l’action ? « Ma capacité d’émerveillement, dit-il. Je suis d’une nature optimiste. J’ai le sens de l’espérance que donne un engagement chrétien. » Et de citer, parmi les textes qui l’inspirent, l’encyclique sociale de Benoît XVI et l’exhortation apostolique du pape François, qu’il a pris le temps d’étudier à Noël.

Il n’y a pas d’engagement plus fort et plus difficile que celui d’élever des enfants et de les préparer à vivre heureux », a-t-il écrit. Père de quatre enfants, il cite la famille parmi les principales sources de son engagement politique. C’est parce qu’elle est « un vecteur de solidarité » autant qu’un « élément stabilisateur de la société » qu’il s’est battu contre le "mariage pour tous", à l’Assemblée comme au coeur des manifestations.

Attentif aux études d’opinion, Jean-Christophe Fromantin s’inquiète que 87 % des Français se défient des hommes politiques, selon le baromètre du Cevipof. « On se complaît dans la technique alors que les gens ont besoin de repères. Ils veulent savoir si le capitaine a un cap. S’il est compétent. S’il a des convictions. Il faut des hommes et des femmes qui affichent leurs valeurs et veillent à ce que leur comportement personnel soit en phase avec leurs actes politiques. Je crois que cette régénération s’opérera par le bas, c’est-à -dire par les territoires », affirme-t-il. Neuilly, laboratoire d’un projet national ?

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