Politique Magazine

François II sur son siège percé !

Par Hilaire de Crémiers

Dimanche 24 février 2013 // La France

Question de pouvoir

Qu’est-ce que la démocratie ? Comment fonctionne-t-elle aujourd’hui ? Nos institutions recèlent dans leur pratique la plus flagrante des contradictions.

Pour François Hollande tout n’est que question de pouvoir. Moins intelligent que Mitterrand, il a pourtant su retenir, dans son ambitieuse jeunesse, cette leçon de son seul et vrai maître en machiavélisme politique.

François Mitterrand jouait la démocratie, mais ce n’était dans son esprit qu’un jeu. Dans l’opposition, il dénonçait « le coup d’État permanent », il accusait le pouvoir personnel. Une fois revêtu du rutilant manteau de l’imperium, il usa de toutes les prérogatives régaliennes sans aucun scrupule, en s’entourant de mystère et en gardant le secret de la décision. Tous les présidents de la Ve République ont agi de même. Telle est la nécessité politique. Elle s’impose à eux, en dépit de leur idéologie.

Pareillement, François Hollande invoque la démocratie, mais il se garde bien d’en appliquer les règles. Il a pris, dit-on, une allure de chef d’État. Non, le costume lui est tombé dessus. Rien dans sa vie, dans son caractère, dans sa maigre science politique ne l’y prédisposait. C’est un homme de posture dont la rhétorique hésitante est un verbiage insignifiant. Mais il est à « la place », celle-là qu’il a convoitée et qui lui est échue presque par surprise ; et, comme tous ses prédécesseurs, se voyant arrivé, il se croit fait pour la tâche. L’homme n’est pas à la hauteur et il agit comme s’il était à la hauteur.

Ainsi lance-t-il la France dans la guerre, et sans aucun débat préalable, ce fameux débat qui avait été érigé en panacée quand il était candidat. Les représentants du peuple français sont tout juste informés, et toujours après. À cette heure, l’opération au Mali est réussie ; Hollande apparaît comme un chef de guerre. Comme Sarkozy en Libye, comme Chirac dans les Balkans, comme Mitterrand en Irak, comme Giscard au Congo... Grâce à une armée française, remarquable à tous points de vue, qu’aucune prouesse ne rebute et à qui les mêmes hommes politiques qui l’engagent au-delà de ses possibilités, ne cessent de rogner les crédits.

Faut-il rappeler que ces fils de bourgeois socialistes qui nous dirigent, chantaient à tue-tête dans leur jeune temps : « Nos premières balles seront pour nos généraux » ! Mais, une fois au pouvoir, ils sont toujours si contents de trouver des généraux au garde-à-vous !

Quelle que soit l’entreprise guerrière dans laquelle ces prétendus hommes d’État se sont jetés, en fait, ils n’avaient jamais anticipé l’intervention qui se trouvait en dehors de leurs préoccupations habituelles ; ils ne l’avaient jamais intégré dans une vision et donc, se contentant de leur phraséologie officielle, ils n’en ont tiré aucun fruit. Il ne s’en est suivi que des difficultés dont la France devait toujours payer le prix.

Espérons qu’au Mali, ce ne sera pas le cas. Craignons qu’une fois de plus la France n’abandonne ceux qu’elle devait protéger.

IL DÉCIDE ET C’EST AINSI

Hollande, chef des armées, se croit aussi dans le même temps chef de la société française. Il décide pour elle. Seul. Dans le secret de son bureau, avec ses ministres et ses conseillers habilités et personne d’autre. Il dit ce qu’est le mariage : il en donne une nouvelle définition. Y-a-t-il vraiment réfléchi ? En a-t-il mesuré les conséquences ? Qu’importe, il décide et c’est ainsi. Une manifestation énorme de plus d’un million de personnes exprime le refus dans la France profonde d’une telle conception. Eh bien, cette protestation n’existe pas. La réponse est simple : la rue ne doit pas faire la loi. Le mariage pour tous était inscrit dans son programme, cela suffit. D’ailleurs, le texte est écrit d’avance. La stratégie pour le faire passer n’est conçue que pour faire accroire qu’il s’agit d’une décision démocratique qui entérine l’état des moeurs, bref « une avancée sociétale » que le Parti socialiste, en sa qualité de conscience éminente de la France, a le courage d’assumer au nom de la liberté et de l’égalité.

Ainsi le nouveau chef de l’État ne se soucie ni des religions, ni de l’ordre social, ni des familles, ni des enfants. Il joue, il impose, il gagne. C’est sa seule ligne de conduite. À l’encontre même des réalités les plus certaines.

MARIAGE DE CARNAVAL

En effet, toute la dialectique autour de cette absurdité du mariage dit pour tous est faussée, car personne n’ose aborder la réalité de la question de fond, brutale dans son expression mais qui dit tout : le mariage se définit d’abord par sa consommation, et par les conditions nécessaires et les buts de sa consommation. Où est la consommation dans ce mariage de carnaval dont la plupart des homosexuels, d’ailleurs, ne veulent pas ? Où, s’il vous plaît ? Soyons clair ! Une copulation ne produit pas un droit.

Et l’amour, dit-on ? Mais depuis quand la loi se mêle-t-elle de l’amour ? Est-ce à elle de le définir ? Hollande va donc jusque-là, lui qui n’est pas marié ! Sous des allures laxistes, surgit le plus implacable des totalitarismes. La loi, dans les sociétés civilisées, organise les institutions, pas plus. Mais sommes-nous encore dans un pays civilisé ? Un débat convenu dans une assemblée qui n’est qu’une boîte à discours et une cage à singeries créera l’illusion d’un débat. Le résultat est connu d’avance. Les Français sont bafoués, le système triomphe. Hollande s’en croit et s’en dit le maître et, ajoute-t-il de surplus, à l’écoute de tous !

C’est ainsi qu’il avance. Il procède de même en matière sociale, économique, financière, européenne. Il manigance, il arrange, il dispose, il impose. C’est son art.

Ainsi, comme ses prédécesseurs, il n’a réussi dans ses objectifs, qu’en utilisant les méthodes du pouvoir le plus personnel qui soit. Ces méthodes sont la condition même du succès politique : ils en ont tous usé et abusé. Le reste n’est qu’une comédie menée avec plus ou moins d’habileté sur une scène politique qui prend l’allure d’une pièce démocratique. Les braves gens y sont trompés. Chacun s’époumone et s’évertue, se croyant partie prenante. Il est si tentant de s’imaginer qu’il est possible d’agir et d’influencer le système. C’est oublier qu’il est bien rôdé ! Il ne faudrait pas en conclure qu’il ne faut rien faire. Bien au contraire. Il est nécessaire de continuer.

Mais ce n’est pas pour rien qu’une enquête Ipsos récente intitulée France 2013 les nouvelles fractures (Cevipof) met en évidence le pessimisme des Français, toutes tendances confondues, sur leurs institutions politiques. Ils sont conscients de la vanité des faux jeux démocratiques dont ils sont lassés. Les chefs qui les dirigent les ignorent ; la France n’est pas représentée ; elle est gouvernée arbitrairement, au contraire de ses aspirations et de ses intérêts. Aussi, attendent-ils une autorité, un chef, un homme vrai qui ne les trompe pas. Ils ne veulent plus de monocrates aux ambitions personnelles. L’art d’un Hollande dans sa duplicité a ses limites. Il n’est pas bon d’être un faux roi. Voilà qu’il doit gouverner en dupant son monde dans une crise qui ne fait que commencer et dont les ravages sont effroyables. Là où les autres sont passés, il ne passera pas. Lui, si béat dans son succès, risque fort d’éprouver l’amère fatalité de sa fausse position.

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