François Hollande

L’homme qui a doublé tous les autres.

Dimanche 1er avril 2012 // La France

Drapeau de FranceDepuis qu’il est adolescent, François Hollande veut être président. Et peut-être bien qu’il y parviendra, même si beaucoup doutent de sa carrure de présidentiable.

Dans le métro, personne ne le remarquerait. Mais ce 14 mars, au Dôme de Marseille, François Hollande est une star. Il est étonnant de voir comment cet homme de parti que rien ne distingue, avec ses airs de comptable jovial, cet homme qui se surnomme lui-même " monsieur Normal ", peut être acclamé avec frénésie. Il répond aux vivats par des signes un peu gauches, jusqu’à ce que s’apaisent les applaudissements et qu’il puisse enfin prendre la parole.

Agé de 57 ans, il est assez modeste pour connaître les limites de son charisme. Et c’est justement pour cela que Valérie Trierweiler, sa nouvelle compagne, lui a concocté un nouveau look : le candidat socialiste à la présidentielle a perdu douze kilos, il porte désormais des lunettes rectangulaires et se teint les cheveux. Il s’exprime avec énergie, hausse le ton de temps à autre quand il expose ses idées. Comme celles de taxer à75 % les super-revenus, de créer 60 000 postes d’enseignants, de renforcer les effectifs policiers et de lancer un nouveau pacte budgétaire et de croissance pour l’Union européenne (UE). Ici, à Marseille, il promet en outre de s’engager en faveur de la jeunesse des banlieues, via par exemple un droit à la formation pour ceux qui sont sortis de l’école sans qualification, ou des cours de langue pour les mères d’origine étrangère qui élèvent seules leurs enfants.

C’est intéressant, certes, mais pas non plus enthousiasmant. Un avis que l’on partage aussi dans les rangs. Ainsi Thomas, son fils de 27 ans, qui a ouvertement reconnu il y a peu que son père, à la tribune, n’éveillait pas "la même ferveur, le même engouement" que sa mère, Ségolène Royal cinq ans plus tôt.

Malgré tout, ses 10 000 partisans ne cessent de scander : "Hollande président !"Après François Mitterrand (1981-1995), ils aspirent enfin au retour d’un président de gauche - et peu importe son identité. Quand Hollande évoque pour conclure "l’esprit de la victoire", même les barons du parti, assis au premier rang, l’applaudissent : Martine Aubry, qui avait traité Hollande de "mou", Arnaud Montebourg, qui l’avait en plaisantant traité de "Flanby", ou Laurent Fabius, qui avait pouffé : "Hollande président ? Même pas en rêve !"

Le candidat balaie les premiers rangs du regard. Oui, lui le candide provincial, premier secrétaire du parti pendant onze ans, il les a tous doublés. Alors que Dominique Strauss-Kahn sombrait dans le scandale sexuel, François Hollande remportait les primaires du parti et devenait du jour au lendemain le favori dans la course à l’Élysée. Tout cela sans avoir jamais été ministre.

Nicolas Sarkozy est désormais le dernier obstacle sur son chemin. A Marseille, le candidat socialiste ne l’a pas nommé une seule fois. "Pourquoi tiendrait-il dans les cinq prochaines années les promesses qu’il n’a pas tenues les cinq dernières années ?" martèle-t-il, alors que la salle se met à hurler : "François président !" Le candidat se détend progressivement et ose lancer spontanément : "Je me sens porté par vous ! Au bout d’une bonne heure, son discours est terminé. Satisfait, il rejoint le bord de la tribune, boutonne son veston et entonne La Marseillaise. Puis vient le moment du bain de foule. Pendant une demi-heure, François Hollande serre des mains, signe des autographes et distribue des bises à la ronde - y compris aux hommes, nous sommes dans le sud de la France.

Au milieu de gens simples, le candidat est dans son élément. Bon nombre de badauds se demandent comment il se comportera, là-bas, depuis le palais de l’Élysée. Une chose est sûre : François Hollande croit en ses chances dur comme fer. Autant qu’il y a quarante ans, quand il expliquait à ses camarades d’école, à Neuilly [où sa famille s’était installée quand il avait 13 ans], qu’il serait un jour président.

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