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François Hollande et le rôle de la France dans la présidentielle du 28 juillet.

Samedi 22 juin 2013 // L’Afrique

Finalement, le président français, François Hollande, n’aura pas mis du temps à faire oublier le fâcheux discours de Dakar de son prédécesseur qui aura marqué de la plus mauvaise des manières, son quinquennat à I’Elysée. Une année, seulement, après son arrivée à la tête de l’Etat, le successeur de Nicolas Sarkozy a gagné la sympathie de la majorité des Africains, même les plus sceptiques d’entre eux, non seulement, par un discours cohérent, simple, modeste et rassurant, mais aussi et surtout, par une façon de faire, qui montre qu’il respecte, profondément, ses homologues du continent noir. Le prix Félix Houphouët-Boigny pour la paix qui vient de lui être attribué, est le couronnement de la mise en oeuvre (réussie) d’une autre politique africaine, que les Africains attendent de leurs voeux depuis des lustres.

Ainsi donc, le président français, François Hollande, met en oeuvre une bonne politique africaine qui est inversement proportionnelle à ses difficultés de politique intérieure actuelle. Contre toute attente, alors qu’il n’avait postulé pour aucun prix, l’Unesco lui en a décerné un, à l’unanimité du jury : il s’agit du Prix Félix Houphouët-Boigny pour la paix, pour l’action militaire qu’il a prescrite à l’armée française, au Mali, le 11 janvier 2013, dans le but d’enrayer la menace terroriste qui pesait sur la capitale malienne.

Moment de rare unanimisme, l’attribution de cette distinction au chef de l’Etat français n’a été contestée par personne, ni en Afrique, ni en France, ni au sein du jury dudit prix que préside l’ancien président portugais, Mario Soarès, preuve que les hommes peuvent savoir se retrouver autour des valeurs universelles qui animent la conduite démocratique de chaque Etat.

La remise de ce 22e Prix, le premier ayant été attribué en 1991 à Nelson Mandela, à l’époque, président de l’African National Congress (Congrès national africain), a été un moment fort des retrouvailles entre l’Afrique et le reste du monde, qui s’étaient donné rendez-vous, mercredi 5 juin, à l’Unesco, à Paris. Près d’une dizaine de chefs d’Etat africains a fait le déplacement à cette occasion : le Béninois Yayi Boni, le Sénégalais Macky Sali, le Burkinabé Biaise Compaoré, l’Ivoirien Alassane Ouattara, le Tchadien Idriss Déby Itno, le Gabonais Ah i Bongo Ondimba, le Mauritanien Mohamed Ouid Abdel Aziz et le Malien Dioncounda Traoré. Une cérémonie grandiose qui a réuni du beau monde et à laquelle ont également pris part, le premier ministre du Niger, Brigi Rafini, qui remplaçait le président du Niger, Mahamadou Issoufou, empêché, et le secrétaire général de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF), le Sénégalais Abdou Diouf.

« C’est avec une immense fierté que je reçois, aujourd’hui, le prix prestigieux portant le nom d’Houphouët-Boigny. Un homme, porteur de valeurs universelles, qui était le premier président de la République de Côte d’ivoire et avait servi, pendant un temps, la République française. Il fut même, si je peux faire moi aussi oeuvre d’historien, membre du même groupe parlementaire, sous la IVe République, que François Mitterrand », se souviendra François Hollande, en guise d’introduction de son discours.

Recevoir ce prix dais l’enceinte de l’Unesco revêt une symbolique plus marquée. Car cette Maison porte des valeurs de culture, de dialogue, de compréhension et de paix. Une Maison qui pratique le multilinguisme cher au monde francophone et qui met l’émancipation des femmes au coeur de l’éducation. Une Maison qui place la culture au coeur de son projet, tout en défendant partout le pluralisme et l’accès à l’information. Recevoir par conséquent le prix Houphouët-Boigny à l’Unesco, même, prend une portée particulière.

Il peut paraître paradoxal de recevoir une récompense pour la recherche de la paix, après avoir porté la responsabilité d’une guerre. Mais encore faudrait-il voir si une telle responsabilité a permis de produire moins de dégâts humains et matériels que ne l’aurait entraîné le fait de ne point s’engager. La décision prise avait-elle pour d’autre but que de mettre fin à une agression, celle qui voulait par la terreur soumettre un pays tout entier ?

Face à la haine, c’est la faibles se qui aurait été coupable, c’est la force qui était légitime Tout retard aurait été hasardeux Toute hésitation aurait été tragique. Toute inertie aurait été fatale. Il est effectivement des moments dans la vie d’un chef d’Etat, où il s’agit, non pas de prendre la bonne décision, mais de la prendre au bon moment, et de faire en sorte qu’à l’instant où elle est effectivement actée elle puisse être pratiquement mise en oeuvre.

« La France est donc intervenu( avec ses forces armées (au bon moment). La CEDEAO, Monsieur le président Ouattara, l’a accompagnée, je vous en remercie L’Union africaine, Cher Thoma Boni Yayi, l’a soutenue. L’Union européenne l’a appuyée, et enfin les Nations-Unies lui ont donné son cadre, sa légalité, sans laquelle la France ne serait pas venue au Mali », a insisté le président français.

La France n’a pas seulement arrêté les terroristes avant qu’ils n’arrivent à Bamako, car ils étaient sur le chemin -, elle a prévenu une opération qui visait à soumettre tout le Sahel et à faire en sorte que chaque pays de l’Afrique de l’Ouest ait à craindre pour sa souveraineté, pour sa liberté, pour son indépendance. C’est pourquoi l’appel des autorités maliennes, était un geste salvateur : « L’histoire retiendra, cher Dioncounda Traoré, que c’est vous qui, par votre acte courageux de faire appel à la France, avez permis la survie de votre pays et la stabilité de l’Afrique de l’Ouest. Car je veux restituer aussi les choses telles qu’elles se sont passées. La France était prête. La France avait décidé. Mais elle ne serait pas venue au Mali si elle n’avait pas été appelée par le président légitime de ce pays. Elle ne serait pas venue non plus seule ; c’est parce que les Maliens eux-mêmes, les Africains qui l’ont soutenue, voulaient faire cette reconquête de la souveraineté du Mali, que nous sommes venus à l’heure dite à vos côtés. Ce n’est pas la France qui a libéré le Mali, ce sont les Africains qui eux-mêmes se sont libérés du terrorisme et de la servitude », a affirmé le lauréat 2013 du prix Félix Houphouët-Boigny pour la paix.

Cette guerre de libération a réuni, Français et Africains. Elle est l’exact contraire d’une guerre de civilisation car c’était une bataille pour la dignité, pour la démocratie, pour le respect. Notamment, le respect des religions et de la religion musulmane.

L’attribution de ce prix ne doit, cependant, pas faire perdre de vue que les islamistes, malgré le fait qu’ils ont été défaits sur l’ensemble du territoire malien, continuent de rester une menace non seulement pour le Mali, mais aussi, pour toute l’Afrique de l’Ouest. Il faut, par conséquent, que, déjà, les élections du 28 juillet au Mali soient sécurisées au maximum afin que les risques d’attentats soient minimisés et ne dissuadent pas les électeurs d’aller voter. Les terroristes auraient gagné dans l’urnes une guerre qu’ils ont largement perdue sur le terrain militaire. La Mission intégrée des Nations-Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) doit être absolument en place dès le 1e, juillet, pour espérer un déploiement conséquent du très large territoire malien en l’espace de trois semaines.

Cela dit, les attentats-suicide et d’autres opérations de guérillas menées par les islamistes au Mali et dans les pays voisins comme le Niger, voire, le Tchad, sont à redouter. Les groupes armés conservent la capacité de faire peser une menace importante et ont toujours des réseaux de soutien et des structures de recrutement.

Et puis, si la France a soutenu et obtenu l’organisation de l’élection, et à promouvoir la réconciliatior nationale ».

A Paris, le 5 juin, devant son homologues africains, François Hollande était visiblement plus optimiste quand il les a invités à la prestation de serment du futur président démocratiquement élu du Mali dans quelque temps.

L’élection présidentielle, à la fin de juillet, les Nations-Unies se demandent si on ne va pas vite en besogne ? « Un gros effort devra être fait pour combler les manques », notamment, en équipement et formation, sans oublier les hélicoptères d’attaque pas encore en nombre suffisant. La mission de l’ONU devra aussi aider le gouvernement à rétablir l’autorité et à organiser les élections.

Selon Ban Ki-Moon, dans un rapport publié dimanche 9 juin, le gouvernement malien n’a fait que « des progrès limités » pour restaurer l’ordre et une offensive gouvernementale pour déloger les Touareg de la ville de Kidal, dans le Nord-Est, menacerait l’élection du 28 juillet. D’autre part, on ne passe pas en pertes et profits, les allégations de graves violations des droits de l’homme dans le Nord, dont des exécutions sommaires, des arrestations arbitraires, des disparitions forcées ainsi que la destruction et le pillage de propriétés privées. Pour le secrétaire général de l’ONU, les informations sur des violences commises par l’armée malienne contre les Touareg ont un peu « diminué » mais ces violences continuent. Et Ban Ki-Moon de préciser sa pensée : « Des élections dans ces circonstances seront inévitablement faussées » avant de relever que Kidal et d’autres poches rebelles n’ont encore aucun matériel ni responsable électoral. Conclusion du patron des Nations-Unies : les autorités maliennes devraient « considérer attentivement si l’agenda qu’elles ont adopté donne assez de temps pour s’assurer que les élections contribueront vraiment à renforcer la stabilité et à promouvoir la réconciliation nationale.

François Hollande bien entouré revient de très très loin. Dans le discours qu’il a prononcé, à l’occasion de son prix, François Hollande a rafraîchi la mémoire de ceux qui oublient vite : « A Tombouctou, les mausolées des saints étaient réduits à l’état de poussière, des manuscrits étaient brûlés. En chassant les terroristes, nous avons préservé un symbole de l’islam, de culture, de tolérance et d’échanges. C’est aussi le symbole que je voudrais donner à cette intervention. Car l’islam est une religion de paix, et ceux qui s’en réclament pour faire la terreur ne sont pas - tel que je le conçois - des hommes qui peuvent porter des valeurs universelles, celle que les religions - heureusement - ont à cour de défendre ». Et François Hollande de poursuivre : « La France a été au service de l’émancipation. Le fait que l’Union africaine, dont la vocation première était en 1963 de lutter contre le colonialisme, à Addis Abeba, ait salué notre décision, est un beau symbole de la reconnaissance de l’intervention de la France. Je l’ai dit, à Bamako, dans la foule qui se pressait autour de nous avec le président malien : c’est une dette que mon pays avait à acquitter à l’égard de l’Afrique.

Parce que la France pense d’abord aux femmes victimes de viols, d’agressions sexuelles, soumises à des privations de liberté. C’est pour les femmes que la France est intervenue. Je pense aux adolescents, hélas certains enrôlés de force dans les groupes terroristes, et qui ont éte victimes ces enfants-là de la guerre.

C’est pour les enfants d’Afrique que la France est intervenue, je pense aux Maliens amputés, châtiés sans jugement. C’est pour les enfants d’Afrique que 1a France est intervenue.

La France ne pouvait pas oublier la participation des soldats d’Afrique à nos côtés lors des deux dernières guerres mondiales. Non, la France ne pouvait pas oublier les dizaines de milliers d’Africains qui ont laissé leurs vies sur les champs de bataille pour la liberté de la France, pour les libertés de l’Europe ».

L’intervention de la France a permis de faire cesser un ordre brutal, inhumain : « Je pense d’abord aux femmes victimes de viols, d’agressions sexuelles, soumises à des privations de liberté. C’est pour les femmes que la France est intervenue. Je pense aux enfants, aux adolescents, hélas, certains enrôlés de force dans les groupes terroristes, et qui ont été victimes ces enfants là de la guerre. C’est pour les enfants d’Afrique que la France est intervenue. Je pense aux Maliens amputés, châtiés sans jugement. C’est pour la justice que la France est intervenue. Je pense aussi à ces interdictions d’écouter de la musique, même de jouer au football ! Je pense à ces mesures vexatoires, humiliantes, qui démontrent la nature totalitaire des groupes qui voulaient imposer un mode de vie... Non, ce n’était déjà plus la vie. », a-t-il poursuivi.

« En effet, ce sont ces brutalités qui ont fait fuir près d’un tiers de la population du Nord du Mali. 400.000 personnes qui sont parties sur les routes. Il fallait mettre fin à ce désastre, mais avec un souci qui ne nous a pas quitté depuis le 11 janvier : ne pas ajouter un drame à un autre, ne pas frapper les populations civiles, rester dignes, servir le droit. Nous y sommes parvenus ».

Créé en 1989 par l’Espagnol Federico Mayor, à l’époque directeur général de l’Unesco, le prix Félix Houphouët-Boigny, du nom de l’ancien président de Côte d’Ivoire, pour la recherche de la paix, est doté d’une somme de 150.000 dollars. Le président François Hollande a annoncé qu’il la reverserait à la branche malienne du Réseau Paix et Sécurité des femmes de l’espace CEDEAO (REPSFECO) et à l’association Solidarité Défense, qui vient en aide aux soldats français blessés et aux familles endeuillées.

Ce prix a déjà été attribué à d’éminentes personnalités telles que le premier ministre israélien, Yitzhak Rabin, le ministre israélien des Affaires étrangères, Shimon Peres et le président de l’Autorité palestinienne, Yasser Arafat, en 1994, au cardinal Roger Etchegaray, président émérite du Conseil pontifical Justice et Paix et au grand mufti de Bosnie, Dr Mustafa Ceric, en 2004, au président sénégalais, Abdoulaye Wade, en 2006, à l’Association des Grands-Mères de la place de mai d’Argentine, l’année dernière. Les profils divers et variés, sont loin d’être tous politiques.

Pour l’ancien président de Côte d’Ivoire, Henri Konan Bédié, qui passe pour être le « protecteur » de ce prix, « l’attribution du prix au président François Hollande est à plusieurs titres hautement symbolique. Ce prix porte le nom de Félix Houphouët-Boigny, ancien parlementaire et ancien ministre français, premier président de la Côte d’ivoire indépendante, reconnu comme un apôtre de la paix et de la solidarité entre les peuples, un ami de la France qui a toujours cru à l’attachement de ce grand pays à l’Afrique ». Le successeur du président Houphouët pense que « c’est cet attachement que manifeste généreusement le président François Hollande à l’endroit du continent africain en agissant en faveur de la stabilité et de la paix en Afrique comme le déclare avec pertinence le jury du prix ». Et de lâcher sans tourner autour de la formule : « Monsieur François Hollande, ce prix qui vous est décerné à titre personnel est amplement mérité et je m’en réjouis ».

François Hollande en connaît le symbolique quand il conclut ainsi son propos : « Le prix qui m’est remis aujourd’hui, je vous er exprime ma gratitude, c’est ur prix qui honore la France tout€ entière. La France des droits de l’homme. La France des valeur : universelles. La France des libertés. La France de la solidarité avec l’Afrique. Merci pour la France. Merci pour le Mali. Merci pour la paix. Merci pour l’Afrique. Voilà ce prix est un symbole, le symbole de peuples qui savent qu’au delà de leurs intérêts, il y a tout simplement les valeurs qui nous unissent ».

Aristide Koni

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