France : Toujours de nouvelles taxes.

Mardi 24 juillet 2012 // La France

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Drapeau de FrancePropriétaire d’une résidence secondaire en France, cet écrivain britannique accueille avec flegme la hausse des taxes dont il devra s’acquitter.

Ici, dans mon refuge français et mon jardin où les sangliers font plus de dégâts que les ivrognes qui braillent et beuglent le vendredi soir devant mon domicile anglais, j’ai appris que François Hollande proposait de taxer les résidences secondaires appartenant aux étrangers. J’ai accueilli cette nouvelle avec ce que les Français appellent le flegme. Je ne loue pas cette maison à des tiers, je ne l’ai pas achetée à des fins spéculatives et je n’ai pas l’intention de la vendre : les taxes sur les revenus locatifs et sur la plus-value ne m’affecteront donc pas. La réduction d’un profit escompté ne constituerait d’ailleurs pas une perte à proprement parler. Je m’avoue au demeurant plus chanceux que certains, qui ne sont pas en mesure de garder leur sang-froid face aux récentes annonces de M. Hollande.

Ma maison de campagne est, comme on se l’imagine, isolée et tranquille dans l’arrière-pays français. Un ruisseau clair traverse le grand jardin en murmurant, les cigales chantent et les abeilles s’affairent dans la lavande. La saison des pêches est malheureusement finie, ? à comme celle des cerises et des fraises des bois, mais celle des abricots et des pommes point déjà.

Les propositions de M. Hollande concernant ce genre de propriété sont parfaitement cohérentes avec son programme, qui est de réduire le déficit budgétaire de la France mais pas le nombre des fonctionnaires, qui constituent son électorat de base. C’est un calcul politique sain, puisque 75 % des étudiants français, aimeraient travailler dans le public. Et, de son propre aveu, M. Hollande n’aime pas les riches - c’est-à-dire, selon la définition communément admise, ceux qui ont plus d’argent que soi.

Le président ne croit pas à la courbe de Laffer, qui veut que, à partir d’un certain niveau, l’augmentation des impôts fasse baisser les recettes de l’Etat. Il a une vision plus fruitée de la question : presser le citron jusqu’à ce que les pépins n’en puissent plus. C’est une bonne politique : les impôts démagogiques imposés aux riches sont toujours populaires dans les pays où la plupart des gens espèrent retirer davantage de l’Etat que ce qu’ils lui donnent. C’est comme organiser une loterie sur la base de contributions obligatoires, assez élevées pour que 55 % ou 60 % des possesseurs de billets sortent gagnants. Les loteries de ce genre seront toujours populaires. La plupart des Britanniques qui s’installent en France ne e font cependant pas pour se soustraire l’impôt, mais pour échapper à leurs compatriotes, en particulier les plus jeunes. En France, même les gens les plus grossiers vous adressent la parole en vous disant Monsieur, et non mon pote. A Paris, un cambrioleur qui s’était introduit dans l’appartement de ma belle-mère sans savoir qu’elle était là s’est retiré sur un fort courtois "Excusez-moi, Madame". Un voleur anglais, lui, l’aurait ligotée et bâillonnée.

Ainsi, aussi primitive que puisse nous paraître la politique économique française, avec ses appels constants à la jalousie et autres sentiments négatifs, la société française, somme toute, parvient à être plus civilisée que la nôtre. C’est un paradoxe intéressant. Le fait qu’en France les problèmes sociaux soient relégués dans les banlieues et les cités, où ils peuvent être ignorés jusqu’à la prochaine émeute, aide bien entendu. En Grande-Bretagne à l’inverse, on ne peut échapper aux problèmes sociaux, ne serait-ce qu’en allant acheter une bouteille de lait à l’épicerie du coin.

Pour toutes ces raisons, je serais étonné que survienne un exode massif des Britanniques installés en France.

Le gouvernement britannique, qui va sans août grogner un peu pour ses ressortissants opprimés en Fiance, n’a pas une attitude cohérente en matière de fiscalité. On pourrait même considérer qu’il illustre parfaitement la sentence des Indiens d’Amérique : "Homme blanc parler avec langue fourchue." Car, tandis que George Osborne, chancelier de l’Échiquier, s’en prend aux riches Britanniques qui pratiquent l’évasion fiscale, David Cameron, les Français sont aimés pour leur civilité, non pour leur fiscalité.

Le Premier ministre, déroule le tapis rouge aux riches Français qui veulent échapper aux impôts de François Hollande. M. Osborne pense ainsi avoir découvert le niveau d’impôt auquel il est moralement obligatoire de se soumettre, tandis que M. Cameron pense avoir trouvé celui qu’il est moralement possible d’esquiver. A eux deux, ils ont résolu l’une des plus grandes questions de la philosophie politique.

Avec quelle rigueur M. Hollande pressurera-t-il les pauvres étrangers propriétaires d’une résidence secondaire en France ? Je suppose que cela dépendra de ce qui sera le plus utile pour lui, des recettes ou de la démagogie. Je suis cependant heureux de dire qu’il me reste une alternative, plutôt que de vendre ma maison ou de raquer : je peux établir mon domicile fiscal en France. Entant que journaliste, j’aurais droit à un régime fiscal extrêmement favorable - de loin le meilleur moyen, sinon le seul, de tenir les journalistes dans le rang dans un pays libre.

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