Fragmenter pour régner.

Lundi 24 mars 2014 // La France


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Le pacte de responsabilité « ingénieuse machine à dévitaliser la droite, peut aussi provoquer l’abstention à gauche. D’où les folles réformes « sociétales »...

Un leurre. Le pacte de responsabilité n’est qu’un artifice pour tromper ceux qui veulent bien l’être. Un artifice de plus. Et c’est un sénateur socialiste, Gaëtan Gorce, élu de la Nièvre mitterrandienne, maire de La Charité-sur-Loire, qui l’écrit cette semaine avec la liberté de ton qu’on lui connaît : « Il s’agit d’un leurre visant à enfumer la Commission, avec laquelle la France a rendez-vous en avril. » Pas seulement la Commission : tout le monde est visé.

Inutile de s’inquiéter de la mise en oeuvre de ce « grand projet », ajoute le sénateur, puisque celui-ci « n’a pas été conçu pour l’être ». « Le président, insiste Gaëtan Gorce, n’a en effet ni les moyens ni plus encore la volonté de dégager 50 milliards d’économies supplémentaires. » Ce n’est donc qu’une « remarquable opération de communication ».

On a vu la mise en scène du voyage de François Hollande aux États-Unis, son accolade avec l’ancien leader de la rébellion des Pigeons à San Francisco, sa mise en boîte du président du Medef, obligeant celui-ci à faire une mise au point sur le site Internet du patronat dès son retour à Paris, puis enchaînant cette tournée américaine avec la réception à l’Élysée, ce lundi, de 34 dirigeants de groupes ou de filiales de groupes étrangers, dont on répétait qu’ils représentaient un chiffre d’affaires cumulé de 850 milliards de dollars... En un mot, le président du patronat, le président des entreprises, depuis le 14 janvier, c’est lui.

Mais pour que cela ait une chance de marcher, encore faudrait-il qu’il soit pris au sérieux. Il ne l’est plus. Les Français ne lui font plus ce crédit : sa cote de confiance dans l’opinion est tombée à 20 de jugements favorables. Sa seule stratégie consiste par conséquent à faire basculer la seconde partie de son quinquennat, puisque, jusqu’à présent, comme on dit à l’école, il a eu "tout faux". Défaite à toutes les élections partielles, défaite attendue aux élections municipales et européennes, échec de l’inversion de la courbe du chômage, défiance généralisée dans l’opinion publique. Ce qu’il a fait, il répète donc qu’il va le défaire : il était le candidat qui n’avait qu’un ennemi, la finance (Le Bourget, janvier 2012), il devient le président de l’entreprise et du profit (l’Élysée, janvier 2014).

À quoi ça sert ? À briser les lignes de l’adversaire. La gauche n’a qu’une seule voix pour condamner le procédé de la fragmentation hydraulique d’extraction du gaz de schiste, François Hollande est passé maître dans l’art d’utiliser ce procédé de la fragmentation pour assécher l’opposition. Seul horizon de ses convictions : sa réélection dans trois ans.

Avec le pacte de responsabilité, il fragmente le patronat entre les petits chefs d’entreprise français, matraqués par les charges fiscales, sociales et administratives, et les grands dirigeants qui ont leurs comptes et font leurs bénéfices à l’étranger ; il fragmente la droite UMP et le centre, entre ceux qui disent chiche et ceux qui redoutent le piège, entre les "réalistes" qui ne veulent pas jouer au "Hollande bashing", à l"antihollandisme primaire", et les "militants" qui, à la lumière de ce que faisait la gauche sous Sarkozy, ne veulent rien laisser passer. Il fragmente même les syndicats, en isolant les jusqu’au-boutistes et les déçus de la CGT et de FO, comme ceux du Front de gauche de Mélenchon. Fragmenter pour régner.

Seulement voilà, il faut aussi que « l’ingénieuse machine », comme dit Gaëtan Gorce, tout en tentant de dévitaliser la droite, de la désarmer devant la droite nationale, François Hollande n’ayant en tête que de se trouver seul en face de Marine Le Pen en 2017, n’ait pas aussi pour effet de provoquer à gauche un phénomène d’abstention massive d’électeurs qui voient ici encore leur parti en complice du patronat...

C’est là que le procédé de la fragmentation quitte la surface pour aller au fond des choses. Où l’on retrouve à l’oeuvre MM. Valls et Peillon pour le travail en profondeur. Le premier, ministre de l’Intérieur et ministre des élections, pratique la chirurgie électorale afin de préserver toutes les chances du parti par la suite ; le second, ministre de l’Éducation nationale, fractionne les réformes de société les plus folles, multiplie les avantages et les primes du corps enseignant, afin de consolider le coeur de son électorat en même temps que le groupe des députés PS dont l’aile la plus progressiste est précisément composée de profs. Voilà comment, pour reprendre les mots d’Henri Guaino (le Figaro du 15février), « ce pouvoir politique use tous les jours de la provocation pour servir avec cynisme ses clientèles les plus extrêmes et radicaliser une partie du pays dans le seul but de se maintenir au pouvoir ».

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