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Football : un haut dirigeant relance l’affaire des quotas.

Par Fabrice ARFI et Mickaël HAJDENBERG

Jeudi 27 juin 2013 // Controverses

Les quotas en fonction des origines des joueurs existent dans le football. Cette fois, il ne s’agit pas d’un projet au sein de la Fédération française de football (FFF), comme Mediapart l’avait révélé il y a deux ans (ici et ). Mais d’un constat, dressé par l’un des plus hauts dirigeants du foot français, Jean-Pierre Louvel, président de l’Union des clubs professionnels de football (UCPF).

Alors qu’il représente les dirigeants du football professionnel, Jean-Pierre Louvel déclare dans le livre du journaliste de RMC Daniel Riolo, Racaille football Club (éditions Hugo et Cie) : « Cessons d’être hypocrites, et pas un président n’osera dire le contraire, cette histoire de quotas, c’est du pipeau à côté de la réalité. On regarde tous de près qui vient dans nos clubs aujourd’hui. Tous les clubs dosent et font en quelque sorte des quotas, pas trop de ceci ou cela… »

Jean-Pierre Louvel
Jean-Pierre Louvel© Reuters

Il ajoute : « Tous les staffs de France se réunissent et dans leurs réunions disent des choses qui pourraient être très mal interprétées, mal comprises. Le quota tacite existe. Le nier serait absurde. »

Invités par Mediapart à réagir à ces propos, le président de la Ligue, Frédéric Thiriez, et le président de la fédération française de football, Noël Le Graët, ne les condamnent pas. Le premier se réfugie dans le silence. Le second a fini par nous raccrocher au nez après avoir expliqué « n’en avoir rien à secouer ».

Un non-sujet, les quotas ? Il y a deux ans, le monde du football avait déjà largement fait bloc, à quelques exceptions près, lorsque Mediapart avait révélé les propos tenus lors d’une réunion au sommet à la Fédération française de football. Laurent Blanc était resté sélectionneur et le directeur technique national (DTN) de la FFF, François Blaquart, avait fini par retrouver son poste.

La ministre des sports Chantal Jouanno avait pourtant estimé les propos tenus lors de la réunion de la DTN « à la limite de la dérive raciste ». Dans un rapport commandé par la FFF, le député Patrick Braouzec s’était offusqué d’une idée « telle que des enfants de douze ans, français, se verraient refuser l’entrée aux pôles de formation nationaux sur un double critère de discrimination (origine et apparence physique) ».

Le sélectionneur Laurent Blanc avait également dû présenter ses excuses publiquement – et à plusieurs reprises – après avoir démenti des propos qu’il avait bien tenus  :

Le président Louvel s’en moque visiblement. Interrogé par Mediapart, il assume ses propos, « les revendique sans aucun problème » et s’en explique : « Oui, il y a tout le temps dans les clubs des discussions durant lesquelles il peut y avoir des prises de position extrêmes. Je ne vois pas où est le problème. Si vous avez 60 %, voire 80 %, de joueurs d’origine d’africaine dans un club, ce n’est pas un mal en soi, mais cela signifie mettre à l’écart des gens qui ne sont pas de leur culture. La vie sociale du club n’est plus la même. »

Invité à préciser sa pensée, Louvel avance un mystérieux problème lié à des « chants » et « aux rapports humains africains » : « Il y a par exemple des joueurs qui viennent de tribus dominantes et, du coup, ce sont toujours eux qui décident et pas les autres. »

Face à notre étonnement, il sort un argument imparable : « Et qu’on ne me dise pas que je suis raciste, ma belle-fille est camerounaise. »

Évoquant les problèmes liés aux « Nord-Africains », Louvel parle du ramadan : « Le ramadan, c’est un problème pour toutes les équipes de haut niveau. Il y a certains joueurs musulmans qui disent par exemple que, pour eux, le foot, c’est comme un combat ou une guerre, et que leur religion les autorise à manger pendant un combat lors du ramadan. D’autres vous diront que non. »

Daniel Riolo
Daniel Riolo© DR

Dans son livre, le journaliste Daniel Riolo, qui se dit « sûr de ses informations », va plus loin. Il explique que « le Stade Rennais a vu partir avec plaisir la majorité de ses joueurs musulmans, lors de l’été 2012. Le nombre est désormais est limité ». Et qu’« à Saint-Étienne, le coach a passé consigne. Il ne veut plus de joueurs africains et reste vigilant sur les joueurs sud-américains ». À Rennes, malgré nos nombreuses relances, personne n’a pris le soin de démentir la mise en place d’une politique discriminatoire à l’égard des musulmans. À Saint-Étienne, ni l’entraîneur ni le club n’ont « souhaité commenter ».

Jean-Pierre Louvel, lui, explique « ne pas avoir connaissance de cela ». Mais il embraye : « C’est vrai que Rennes a eu pendant longtemps une politique de recrutement de grands gabarits et peut-être qu’à un moment donné, ils ont souhaité choisir d’autres gabarits. Mais je n’ai jamais entendu parler de lien avec l’origine. »

Lors de la polémique sur les quotas, un des arguments avancés pour justifier un tel projet était la morphologie des joueurs : il y en avait assez des joueurs noirs, forcément « grands, puissants et costauds » (dixit Laurent Blanc). Il fallait faire de la place aux petits Blancs, plus techniques, plus rusés.

Et puis, la discussion à la DTN était officiellement une « réponse à un vrai problème », la bi-nationalité : certains joueurs, formés par la fédération française de football, peuvent finalement choisir de jouer pour une autre sélection quand ils ont un aïeul, réel ou supposé, d’une autre nationalité.

Sauf que la bi-nationalité n’est pas le problème des clubs professionnels, qui sont des structures privées n’ayant pas à se soucier de l’origine des joueurs. Leur seul objectif supposé : faire jouer les meilleurs. Alors comment justifier de trier en fonction de l’origine, voire de la religion ?

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