Florence Cassez et les autres.

Samedi 24 mars 2012 // La France

Drapeau de FranceCertains Mexicains s’insurgent encore contre une possible libération de la Française. Mais, si la Cour suprême reconnaissait enfin les vices de procédure de son dossier, ce serait assurément un grand pas pour le fonctionnement de la justice.

J’ignore si Florence Cassez [arrêtée en décembre 2005 et condamnée à soixante ans de prison] est innocente ou coupable. Et je ne le saurai sans doute jamais. Il n’existe aucun moyen judiciaire de le savoir, car les procédures ont été tellement viciées que la probabilité de voir les preuves et les témoignages enregistrés fournir un résultat catégorique est nulle.

Oubliant de prévenir le consulat - ce qui s’impose dans le cas d’une ressortissante étrangère, la police a séquestré Florence Cassez pendant plusieurs heures avant de l’exhiber comme coupable devant les médias au cours d’une prétendue arrestation qui non seulement était postérieure à sa véritable capture, mais avait aussi tout de la mise en scène trompeuse. On a appelé ça un "reality-show judiciaire". Et, par définition, on le sait, tout reality-show se compose d’une moitié de réalité et d’une moitié de fiction.

Arturo Zaldivar, juge à la Cour suprême, a recensé les incohérences de l’affaire dans un rapport qui sera présenté le 21 mars devant la première chambre de la Cour suprême. Une décision positive de trois des cinq juges réunis suffira à faire libérer immédiatement Florence Cassez.

J’ai lu sur Internet de nombreux commentaires opposés à cette éventualité. Sur Twitter, certains se demandent si nous ne sommes pas en train d’oublier les victimes. Selon l’opinion populaire, une preneuse d’otages étrangère ne peut représenter plus que plusieurs Mexicains pris en otages. D’autres affirment qu’on ne peut pas la libérer au simple prétexte que la procédure n’a pas été respectée, car nombreux sont les Mexicains qui sont en prison dans la même situation qu’elle.

Voilà une mauvaise façon d’aborder la question. De nombreux Mexicains sont victimes des autorités, c’est une réalité. La guerre contre la criminalité s’est traduite par des violences inouïes à l’encontre de la population civile. Une bonne partie du nord du Mexique est considérée par l’armée comme un territoire occupé. La police a pris l’habitude de désigner des personnes comme coupables sans les avoir présentées à la justice. Il est déplorable que bien d’autres affaires ne bénéficient pas de la médiatisation dont jouit le cas Florence Cassez, c’est incontestable. Des milliers de, Mexicains sont en prison sans avoir bénéficié d’une procédure judiciaire équitable.

Une décision favorable à Florence Cassez représenterait de ce fait une décision en faveur de tous ces Mexicains qui, tous les jours, sont victimes de tromperies de la part des autorités. Ce faisant, les juges feraient passer le message que l’Etat de droit commence dès l’enquête de police et que le principe de la présomption d’innocence doit être maintenu jusqu’à preuve du contraire.

L’enquête du juge Arturo Zaldivar montre que Cristina Rios et son fils, tous deux enlevés, n’ont pas accusé Florence Cassez dans leurs premières déclarations, mais a posteriori. Il est particulièrement révélateur que, six ans après son arrestation, Israël Vallarta, le petit ami de Florence Cassez et chef présumé de la bande, n’ait toujours pas été traduit en justice. Il a été établi que Vallarta a été torturé (sans pour autant jamais accuser sa petite amie), et les autorités redoutent que l’affaire ne s’écroule en raison de ce vice de procédure originel.

Tous les dénouements restent aujourd’hui possibles. I1 semble que deux des juges pourraient être favorables à la libération, et deux autres contre. Le cinquième juge aurait donc le dernier mot. Cependant, ces calculs ne sont rien de plus que des hypothèses.

Mais une chose est sûre si la décision de la Cour est défavorable, la Française n’aura plus que les tribunaux internationaux comme ultime recours, et ceux-là ne manqueront pas, eux, de condamner la justice mexicaine. Une fois de plus.

Répondre à cet article