Le carnet de Christine Clerc.

Finies, les jérémiades.

Samedi 9 juin 2012 // La France

Drapeau de FranceElle est drôle, cette droite française : elle prône la notation, le concours et "que le meilleur gagne" et s’effarouche soudain parce qu’un ancien premier ministre, porté par une étonnante popularité qui rappelle celle de Raymond Barre après la défaite de Valéry Giscard d’Estaing, constate avec flegme : « Depuis le départ de Nicolas Sarkozy, il n’y a plus, à l’UMP, de leader naturel. » Il est vrai qu’il s’agit de François Fillon et que, dans sa bouche, la moindre évidence énoncée l’air de rien fait autant de bruit que cent missiles lancés par Rachida Dati. Mais pourquoi ces cris de vierge effarouchée ? Que l’actuel "chef de guerre" de l’UMP, Jean-François Copé, se prétende agressé, lui qui n’a cessé, durant toute la campagne présidentielle, de montrer du doigt un rival jugé trop "en retrait" dans le combat pour Nicolas Sarkozy, cela fait partie du jeu des ambitions. Mais que tant d’autres se laissent prendre à ce jeu et pleurent sur ces "combats de coqs" qui feraient de « la droite la plus bête du monde » une "machine à perdre" ? Étonnant.

La droite ne devrait-elle pas se vanter d’avoir tant d’hommes et de femmes de talent à opposer aux stars de la gauche ? Ne devrait-elle pas être comblée d’avoir le choix entre plusieurs lignes, celle de Fillon, mariage de la sage tradition d’Antoine Pinay et du gaullisme social de Philippe Séguin, et celle, moins complexée vis-à-vis de l’argent et plus agressive, de Copé, surnommé parfois le "clone de Sarkozy" ? De pires contradictions internes, les socialistes ont su faire une richesse, et c’est peu dire que la primaire leur a réussi. Combien de temps la droite va-t-elle se complaire dans ses jérémiades ?

Pendant ce temps, Jean-Marc Ayrault rafle la mise

Avec son air comme il faut, sa raie sur le côté, ses cheveux bien peignés et sa calme autorité d’homme des Pays de la Loire, le nouveau premier ministre, élu de Nantes, rassure un peuple fatigué des crises et des tensions, comme sut le faire son prédécesseur, l’ex-élu de la Sarthe. S’il n’avait la soixantaine passée, on l’affublerait, comme Fillon, du titre de "gendre idéal". En tout cas, l’hôte socialiste de Matignon ne bat pas seulement des records de popularité, il séduit une bonne partie des électeurs qui ont voté Sarkozy : 42 % des sympathisants UMP se déclarent satisfaits de ses premiers pas de chef de gouvernement, et 41 % des électeurs FN ! Cela ne va pas durer, bien sûr, avec tous ces plans sociaux à affronter, plus la crise de l’euro. Mais ça durera peut-être jusqu’aux législatives.

Paris : Entrée en campagne de François Fillon le Parisien.

On l’attend rue de Turenne, où il doit venir soutenir Benjamin Lancar, le président des Jeunes pop (UMP). Bousculade de cameramen, attroupement de badauds qui brandissent leur téléphone portable pour prendre une photo, sous l’oeil goguenard de trois hommes en manches de chemise, fumant une cigarette sur le seuil d’une boutique de lingerie masculine. Une voiture noire passe. « Le voilà ! » Non, il va arriver en bus. À moins qu’il ne vienne à pied, son chauffeur l’ayant déposé au coin de la rue. Enfin, le voici, en costume marine à fines rayures de premier ministre, coupe très britannique, air flegmatique de même. Il entre dans la boulangerie, qui affiche en vitrine une citation d’Oscar Wilde : « Le meilleur moyen de se délivrer d’une tentation est d’y céder. » La meute s’engouffre entre les étals de croissants. Fillon ressort, aussi grave, passe aux Petites Parisiennes, une boutique de chaussures, fait trois pas jusqu’à l’agence immobilière Caractère, se présente à la Pharmacie Saint-Gilles, puis, devant la boutique Pure Smile ("Blanchiment dentaire, bar à sourcils"), remonte à l’arrière de sa Peugeot 508. Question à la vendeuse de sandales roses : « Il vous a serré la main ? » « Oui. Il m’a dit "Enchanté" et il est ressorti. lia l’air gentil... »

Marseille. Déjeuner avec Renaud Muselier.

A 53 ans, le député UMP, candidat à sa réélection dans la 5ème circonscription des Bouches-du-Rhône, souvent présenté comme le dauphin du maire, Jean-Claude Gaudin (bien que ce dernier se soit arrangé pour lui barrer la route), a connu, au long de son combat contre le clan Guérini, bien des menaces et agressions physiques. Ça ne lui ôte rien de son humour. Au contraire de la plupart des élus du Sud, qui se sentent méprisés parles Parisiens pour leur accent, il analyse la situation avec un bel appétit, tout en engloutissant quantité de petits croûtons à la rouille. « Copé-Fillon, ici, les gens s’en f... Leur inquiétude, c’est le sort de leurs économies... et le vote des étrangers. » Il devrait être inquiet aussi : Hollande a fait 50,2 % dans sa circonscription. Mais il compte sur sa « valeur ajoutée » personnelle pour faire mieux que Sarkozy. Et puis, Muselier possède ce qui manque, constate-t-il, à Fillon : les « techniques du combat de rue ».

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