Fillon contre-attaque

Exclusif.

Vendredi 11 septembre 2015 // La France

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Candidat à la primaire de la droite et du centre, François Fillon continue de tracer sa route. Malmené dans les sondages, l’ancien premier ministre n’en continue pas moins de dérouler son programme et a choisi "Valeurs actuelles" pour relancer sa campagne. Lorsqu’il nous reçoit clans son bureau, au deuxième étage de l’Assemblée nationale, François Fillon arbore la mine détendue de celui qui a passé un bon week-end. Pour rien au monde, il n’aurait sacrifié sa passion de la course automobile. L’ancien premier ministre de Nicolas Sarkozy a passé une grande partie de la journée de samedi au Mans pour suivre le début des 24 Heures et n’a quitté le circuit que bien après la nuit tombée, aux alentours de 2 heures du matin. Le Mans, c’est son jardin. Chez lui. Le bruit des moteurs. Le crissement des pneus. L’agitation des stands. Les traces de gomme sur l’asphalte. Des souvenirs en pagaille pour celui qui a grandi dans la Sarthe et ne perd jamais une occasion de prendre place dans un bolide.

François Filon, si taiseux, mutique dès qu’un journaliste essaie de lui arracher une confidence, se montre volontiers intarissable lorsqu’il s’agit d’évoquer « l’événement le plus fédérateur en termes de spectateurs après le Tour de France ». Les sifflets ? Contrairement à ceux qui lui ont été réservés lors du congrès fondateur des Républicains, ceux-là ne lui étaient pas adressés. C’est François Hollande qui a dû essuyer la bronca de ces passionnés du volant, comme s’ils goûtaient peu l’incursion de ce président en campagne. Et contrairement à ceux qui, un peu hâtivement, se sont plu à rapporter que le président avait déjeuné avec le député de Paris, François Fillon souligne au contraire qu’il a préféré fausser compagnie à François Hollande pour un tour de piste. Il est des plaisirs qui ne se boudent pas. Surtout lorsqu’ils sont rares.

Depuis des mois, François Fillon est engagé dans une autre course de longue haleine. Une course d’endurance. Sur la ligne d’arrivée : l’Élysée, avec un passage obligé par la case "primaire". Une nouveauté pour la droite, qui, à la suite du Parti socialiste, s’essaie à cet exercice si peu conforme à ses traditions. L’ancien premier ministre y voit « une chance pour la démocratie », alors que « notre système politique est à bout de souffle et que les partis de gouvernent peinent à réunir la moitié des Français ». François Filon n’est pas sourd à cette « forme de révolte qui gronde ». Pour lui, « la primaire constitue une occasion d’associer des millions de Français au choix du candidat et du projet de la droite et du centre ».

Candidat déclaré à la primaire, il a d’abord été le chouchou des médias et des patrons, avant qu’Alain Juppé lui vole la vedette. Le duel sans merci qu’il a livré à Jean-François Copé pour la présidence de l’UMP n’est pas pour rien dans cette sortie de route et cet arrêt au stand. L’ancien premier ministre de Nicolas Sarkozy y a laissé des plumes et récolté du goudron. « Il a fait de multiples erreurs. Il a jeté les sarkozystes dans les bras de Copé », analyse froidement Brice Hortefeux, l’ami de longue date de l’ancien chef de l’État, qui ne comprend toujours pas que François Fillon n’ait pas défié Nicolas Sarkozy pour la présidence de l’UMP. « Il a loupé le coche », analyse un autre ténor des Républicains, qui reproche à l’élu de Paris de vouloir systématiquement enjamber les scrutins. Mais à défaut d’être à la tête du parti, il peut s’appuyer sur Force républicaine, son mouvement.

François Fillon ne sait que trop tout ce qui se dit sur son compte. Surtout après que deux journalistes du Monde ont écrit que lors d’un déjeuner avec Jean-Pierre Jouyet, il a demandé au secrétaire général de l’Élysée d’accélérer les poursuites judiciaires visant son rival. Une « calomnie » qui l’a conduit à porter plainte contre celui qui fut son ministre. Une épreuve de plus sur un parcours semé d’embûches et de chausse-trappes. François Fillon en tirerait presque parti, preuve qu’il est toujours un adversaire sérieux dans la course. « C’est son affaire Clearstream », analyse un proche, en référence aux ennuis que connut Nicolas Sarkozy dans sa conquête du pouvoir. « Il a le cuir bien tanné »,juge un de ses conseillers. Pas de quoi se laisser démonter. Obstiné. Accrocheur. « Orgueilleux », disent ses détracteurs. François Fillon a pour lui d’être aujourd’hui le seul à avancer démasqué. Quand tous les autres candidats déclarés ou non à la primaire de la droite et du centre prennent un soin infini à ne rien dire de leur projet, au point que certains doutent qu’ils en aient un, le député de Paris joue cartes sur table : sur l’économie, il prône la fin des 35 heures et la retraite à 65 ans ; en ce qui concerne la fiscalité, il milite pour la disparition de 1’ISF. Méthodique, il a dévoilé son projet en matière de logement, de politique migratoire... Bruno Le Maire considère que procéder de la sorte est une erreur : « Là où François Fillon se trompe, c’est de croire que les Français veulent un programme clés en main. Ils veulent une histoire. » Tout l’inverse de ce que fait l’ancien premier ministre.

Du sang et des larmes. François Fillon défend un programme de rupture. Pas de vision ni de dogmatisme, mais des recettes éprouvées ailleurs. « Qui marchent », insiste-t-il. Son leitmotiv. Sa source d’inspiration. Lorsqu’il parle de la réélection de David Cameron, on pourrait y voir un autoportrait en creux de l’ancien chef ; "Peut-être que ce que je dis n’est pas totalement audible aujourd’hui, mais je fais le pari de l’agriculteur sarthois." François Fillon se refuse « à vendre du rêve ». C’est l’assurance de décevoir et de ne pas avoir une majorité pour conduire les réformes qui s’imposent. La preuve par Hollande, sur qui il tire à vue.

Dans le dernier sondage lfop paru dans le Journal du dimanche, François Fillon gagne 2 points auprès des sympathisants de la droite et du centre qui se déclarent certains d’aller voter à la primaire. Un léger frémissement. Reste que l’ancien premier ministre, avec 7% d’intentions de vote, est encore largement distancé. Presque sous la ligne de flottaison. Loin derrière Nicolas Sarkozy (41 %) et Alain juppé (36 %). Pire, Bruno Le Maire (13%) est venu s’immiscer sur la photo et s’installe désormais comme le principal outsider. Mais une fois encore, François Fillon ne compte pas dévier de la trajectoire qu’il s’est fixée. « Peut-être que ce que je dis n’est pas totalement audible aujourd’hui, mais je fais le pari de l’agriculteur sarthois, qui laboure, qui sème et qui après récolte », confie-t-il, convaincu que seule sa stratégie est la bonne.

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