FRANÇOIS HOLLANDE : ET MAINTENANT ?

Mardi 9 avril 2013 // La France

Drapeau de France

François Hollande a promis que « le changement, c’est maintenant ». Le nouveau président sera jugé sur ses actes d’autant plus vite que la zone euro est dans la zone des tempêtes.

La bataille de la présidentielle a ressemblé à la plupart des élections nationales depuis plus de vingt ans. Dans leur majorité, les électeurs votent plus contre un candidat que pour un programme. Ainsi, l’antisarkozysme qui aurait dû porter François Hollande au-dessus de 53% des suffrages a été compensé par le refus de la gauche qui a mobilisé nombre d’électeurs qui jugeaient sévèrement le bilan de Nicolas Sarkozy.

Bien entendu, la ligne d’affrontement du second tour est tracée dans une réalité beaucoup plus complexe et fort inquiétante en raison de la multiplication des fractures dans notre pays. Aux traditionnelles oppositions politiques et idéologiques, s’ajoutent des conflits sociaux qui se compliquent de cassures géographiques entre la France urbaine, qui comprend les banlieues les plus « difficiles », et la France de la périphérie où une population nombreuse subit les effets de la mondialisation. Tous les candidats ont compris la gravité de ce clivage géographique, auquel François Hollande a fait allusion dans son premier discours, à Tulle dans la soirée du 6 mai. Tous les candidats ont affirmé que la France devait se redéfinir par rapport à l’Europe et au monde mais c’est le nouveau président qui va être mis dans l’obligation de créer de nouveaux rapports de force diplomatiques et commerciaux sans avoir le temps de s’installer dans sa fonction.

Trois défis sont à affronter immédiatement :

  1. Les élections législatives. Si François Hollande respecte sa fonction arbitrale, ce n’est pas lui qui mènera la campagne mais le Premier ministre. Le Parti socialiste doit obtenir une majorité absolue pour ne pas être freiné par ses alliés écologistes, communistes ou membres du Parti de Gauche. L’objectif n’est pas impossible à atteindre mais, en juin, la bataille sera tout de même très rude et le nouveau gouvernement de se mettre vraiment au travail qu’à la fin du mois de juin. Or la crise ne va pas marquer le pas.
  2. La crise de la zone euro. Elle s’aggrave en Espagne et en Italie en raison de la hausse des taux d’intérêt. Pire : la crise de la dette publique s’accompagne d’une crise de solvabilité des banques privées que les prêts massifs consentis par la Banque centrale européenne ne parviennent pas à maîtriser. Le résultat des élections législatives en Grèce complique beaucoup la situation, car les grands partis de droite et de gauche qui soutiennent la politique de rigueur sont complètement discrédités. Alors que le retour au calme semblait assuré au cours de l’hiver, la question de la survie de la, zone euro peut se poser dans les trois prochains mois. Or personne n’est en mesure de prévoir l’attitude du nouveau président de la République et du gouvernement français.
  3. La négociation avec l’Allemagne. François Hollande a annoncé la renégociation, avec l’Allemagne principalement, du nouveau traité européen afin qu’il y ait relance d’une politique favorable à la croissance. Il a réaffirmé le 6 mai au soir que « l’austérité peut ne plus être une fatalité en Europe » alors que la réduction des dettes publiques nationales est le premier souci du gouvernement allemand. De fait, la négociation a déjà commencé avec un émissaire de François Hollande entre les deux tours et le ministre allemand des Affaires étrangères a déclaré qu’on allait « travailler ensemble à un pacte de croissance ». Mais la négociation sera difficile car Berlin souhaite des « mesures structurelles » la flexibilité du travail notamment - qui risquent de déstabiliser de nombreux salariés.

La question de l’orientation économique de la zone euro est donc capitale sur le plan politique. Si le nouveau gouvernement ne parvient pas à réduire fortement l’« insécurité sociale », François Hollande ne bénéficiera pas longtemps de la confiance de ceux qui l’ont élu. Telle est la dure réalité, dans tous les pays européens qui sont dans la zone des tempêtes.

Après la Présidentielle

François Hollande est donc le deuxième président socialiste de la Ve République après François Mitterrand. Avec 51,6% des suffrages exprimés, il ne fait pas mieux que ce dernier en 1981 (51,76%), et moins bien que Chirac en 1995 (52,64%) ou Sarkozy en 2007 (53,06%).

Pour son élection, le nouveau Président a reçu deux aides précieuses. Il y a eu d’abord la crise économique qui a lourdement pesé sur le mandat de son prédécesseur (en attendant de peser tout aussi lourdement sur le sien). Il y a eu surtout l’aide de Nicolas Sarkozy. Le président sortant a payé au prix fort non pas sa gestion, mais un style personnel propre à révulser une partie de son électorat naturel.

Il a aussi, et principalement payé le prix d’une campagne particulièrement calamiteuse. En se droitisant outrageusement, Nicolas Sarkozy a négligé cette maxime maintes fois vérifiée une élection présidentielle se gagne au centre. Les électeurs cherchaient quelqu’un qui les rassure en période de crise économique et de chômage, non pas une pâle copie du discours lepéniste. Cette périlleuse stratégie lui a peut-être évité un effondrement complet, elle lui a indéniablement coûté la victoire en faisant fuir l’électorat centriste.

De son côté, François Hollande, passés les flonflons de la fête, ne doit pas se réjouir outre mesure. Sa victoire est d’abord celle du rejet de Nicolas Sarkozy, pas celle d’un socialisme aux contours d’ailleurs biens flous. Son adversaire terrassé, que lui reste-t-il pour convaincre les Français de lui donner une majorité à l’Assemblée nationale ? Comment faire oublier que sa marge de manoeuvre sera plus qu’étroite, pour ne pas dire nulle ?

Aujourd’hui, pour le nouveau président de la République, le plus dur reste à faire. L’ancien permanents du PS, sans véritable expérience gouvernementale, doit trouver la stature internationale qui lui permettra de résister à la pression européenne et internationale, une pression qui, à coup sûr, lui interdira de tenir toutes ses promesses de campagne. Il lui faudra faire très vite. Rappelons que, dès le 18 mai, il devra se rendre aux USA pour le prochain G8 de Camp David.

Nous n’en avons sans doute pas fini avec les incertitudes de cette présidentielle 2012.

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