Expatriés : la tentation de Londres !

Samedi 29 septembre 2012 // La France

Tendance dans la capitale britannique, les acteurs de la vie économique ne divergent que sur un point : la date du grand exode. Qui, lui, est certain.

Les déçus de l’élection présidentielle française ne sont pas encore très nombreux à avoir franchi la Manche. Mais le mouvement est bien enclenché, retardé seulement parles difficultés pratiques liées à une transplantation. « Ce n’est pas toujours si simple de déplacer sa famille », prévient Louise Debieuvre, qui recherche des logements pour les Français à Londres. Elle a pourtant un client prêt à franchir le pas : « Il cherche à acheter une grande maison pour lui et sa famille et m’appelle dès qu’il apprend une nouvelle mesure fiscale de Hollande. je dois lui trouver une maison d’une quinzaine de millions d’euros. »

Un déménageur spécialiste des trajets transmanche confie avoir fait un beau déménagement au profit d’une grosse fortune française cet été, mais lui aussi n’a pas encore constaté de forte tendance au départ depuis mai : « Les très riches étaient déjà partis il y a dix ans selon lui. Il n’y a pas tant de gens que ça qui gagnent plus de un million en France, promis aux 75 % d’impôts sur les revenus au-dessus. » James Johnston, avocat fiscaliste chez Bircham Dyson Bell, a reçu, lui, plus de demandes de renseignements que d’habitude : « Les gens veulent savoir comment on peut s’installer. Les coups de téléphone ont commencé dès le mois d’avril, dans les agences en vente dans les agences parisiennes. « Il n’y en a jamais eu autant, dit Laurent Lakatos. Elles ont doublé sur les six derniers mois. » Pour lui, les Français ont commencé à partir avec la décision de Nicolas Sarkozy de supprimer le bouclier fiscal. Certains ont choisi les États-Unis ou le Moyen-Orient, mais beaucoup hésitent surtout entre Bruxelles et Londres.

Les préoccupations de ses clients sont en général les mêmes : l’éducation des enfants et le coût de la vie déterminent le choix final. Le prix de l’immobilier dans la capitale britannique est beaucoup plus élevé qu’ailleurs. L’institut Mercer relève que la location d’un deux pièces de luxe non meublé coûte 3 500 euros par mois à Londres, contre 2 400 à Paris, ce qui peut faire réfléchir les amateurs des beaux quartiers de l’Ouest.

« Il est difficile de prendre le train en marche, observe Laurent Lakatos. C’est vrai que les prix à Londres ont vraiment grimpé ces dernières années. » Les "problèmes" des Français suscitent l’ironie de certains journaux comme le quotidien de gauche The Guardian, qui brocarde les difficultés des "pauvres Parisiens" friands de belles adresses, mais incapables de s’offrir une résidence dans le "carré d’or" formé par les quartiers de Chelsea, Belgravia, South Kensington et Holland Park.

L’autre point noir de Londres est le lycée français. Il est archi comble, comme le deuxième établissement, le CFBL de Kentish Town, créé notamment par la chambre de commerce franco-britannique. Il a dû refuser 500 élèves cette année. Les expatriés doivent aussi savoir que l’éducation à l’anglaise, excellente, reste très chère, ce qui peut dissuader certains candidats à l’expatriation.

L’un des meilleurs arguments en faveur de Londres est l’ambiance. « C’est plus fun que la Belgique, raconte un richissime exilé fiscal qui avait choisi d’habiter Bruxelles mais songe à déménager sa société financière et sa grande famille au Royaume-Uni. C’est à Londres que les choses se passent, qu’on trouve les restaurants sympathiques. Tout paraît plus stable en Angleterre qu’en Belgique. Cameron nous inspire plus confiance. » Ce chef d’entreprise qui travaille beaucoup mais aime aussi la fête n’est sûr que d’une chose : il ne rentrera pas à Paris. Beaucoup de financiers français seraient sur le départ, dit-on à Londres. Certains auraient déjà été mutés au sein de leur entreprise, faisant le pari de la « fiscalité britannique contre celui de la sécurité française avec ses indemnisations confie Stéphane Rambo son, associé gérant du cabinet de chasseurs de têt Veni Partners.

L’autre option est traverser la Manche à recherche d’un nouvel emploi City A.M., le quotidien de la finance, titrait à la fin août : « Les banquiers français fuient Hollande. Il citait la hausse de 51 % des candidats de langue française par rapport à 2011, une tendance enregistrée par le groupe de recrutement londonien Astbury Marsden, spécialiste du secteur financier. Son directeur, Jonathan Nicholson, précise que « la progression n’est pas similaire » dans les autres pays : « Elle est peut-être bien liée au changementdegouvernementdu mois de mai en France. » Pour Stéphane Rambosson, les sociétés financières ne sont pas les seules à viser Londres : « Presque tous les groupes du Cac 40 étudient l’option. »

Dans la plupart des cas, ils ne sont passés à l’acte mais certains ont déjà pris la décision. » Ce sont des gens aisés dont le profil professionnel autorise la mobilité : « Ils peuvent travailler dans la même entreprise mais dans un autre pays. Ce sont aussi des retraités. » Les Français qui auront réfléchi pendant l’été devraient franchir le pas dès cet automne.

Environ 400 000 Français résident déjà à Londres, où les avantages fiscaux sont très intéressants : « Il n’y a pas d’impôt sur la fortune, juste une taxe sur les grosses maisons, précise James Johnston. L’impôt sur les hauts revenus qui était de 50 % va même baisser à 45% cette année. Les étrangers présents temporairement peuvent être résidents et non domiciliés ce qui veut dire qu’ils ne paient d’impôts que sur leurs revenus britanniques, pas sur les revenus restés en France s’ils ne sont pas rapatriés. »

Laurent Lakatos, directeur de Finabury Properties Limited, une agence immobilière de location et de vente à Londres, confirme une recrudescence de Français désireux de s’installer dans la capitale, mais encore indécis : « Ils hésitent entre plusieurs destinations. J’ai beaucoup de cadres qui veulent bouger pour des raisons fiscales mais aussi pour le climat des affaires, car Londres s’est imposé comme un vrai centre économique mondial, plus que Paris. »

L"exode" en préparation se vérifie par le volume du stock de maisons de luxe « Cette réaction est logique, dit Arnaud Vaissié, président de la Chambré de commerce française de Grande-Bretagne. Tony Blair puis David Cameron ont fait de l’attractivité une priorité. La fiscalité est un outil d’égalité en France, mais un outil d’attractivité en Grande-Bretagne. » Également président-directeur général d’International SOS, le leader mondial des services de santé et de sécurité, Arnaud Vaissié a le mérite de la franchise.

Si les mesures annoncé par le gouvernement Français se concrétisent, Arnaud Vaissié est sûr de voir accélérer le flot de Français vers Londres. lle regrette pour la France : « C’est le saignementde la société française à qui on enlève les capitaux et le savoir faire. En France, on ne comprend pas l’importance de l’expertise. » Mais il le comprend pour les affaires : « Pour un entrepreneur, les avantages à travailler en GrandeBretagne sont évidents. Les chargessociales sont deux fois plus faibles, l’impôt sur les sociétés va tomber à 22 % contre 33,3 % en France. » Les start-up sont spécialement choyées, avec de réelles incitations : « On a une déduction fiscale de 30 % de son investissement, jusqu’à un million de livres par an, et les moins values sont déductibles fiscalement. Si les choses se passent mal, l’investissement est donc protégé à hauteur de 60%. »

Tous d’accord sur le prochain afflux de Français à Londres, les avocats fiscalistes, les agents immobiliers, les chasseurs de têtes et les acteurs de la vie économique ne divergent que sur un point : la date de déclenchement de cet « exode » Le mouvement se vérifiera un peu cette année, mais plus sûrement en 2013, pour la prochaine rentrée scolaire.

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