Valeurs actuelles

Exclusif : L’ardoise salée de Thomas Fabius.

Par Louis de Raguenel.

Mardi 12 août 2014 // La France

Exclusif

"Valeurs actuelles" peut le révéler : joueur invétéré, le fils de Laurent Fabius doit 2 millions d’euros au casino de Monte-Carlo. Déjà interpellé par la police, le 7juillet, à Paris, pour une infraction au code de la route, il devient une épine dans le pied du ministre des Affaires étrangères.

La justice française s’intéresse, depuis l’automne 2013, à une bien ténébreuse affaire. À Monaco, la Société des bains de mer (SBM), propriétaire des casinos et premier employeur privé du Rocher, est dans le collimateur des juges d’instruction Roger Le Loire et René Cros, qui enquêtent autour d’une affaire révélée, en septembre 2013, par notre site Valeurs actuelles.com. Les deux juges français ont ordonné une commission rogatoire internationale pour connaître les conditions dans lesquelles la SBM a remboursé près de 700 000 euros perdus, un soir de juin 2011, au casino par Thomas Fabius. Avec cette question, lancinante : une autorité française est-elle intervenue ?

Valeurs actuelles est aujourd’hui en mesure d’affirmer que, non seulement Thomas Fabius ne s’est jamais acquitté de cette somme, mais surtout qu’il cumule une dette de près de 2 millions d’euros envers le casino de Monte-Carlo. Le 15 octobre 2013, au cours de la réunion trimestrielle des représentants de l’État monégasque, du Conseil national (le parlement de la Principauté) et des dirigeants de la SBM, l’"affaire Thomas Fabius" est évoquée.

Valeurs actuelles a pu consulter en exclusivité le procès-verbal de ces échanges. Au cours de la réunion, le ministre d’État (chef du gouvernement), Michel Roger, demande à Jean- Luc Biamonti, président délégué de la SBM, de faire un point sur cette"affaire Fabius". Le représentant de la SBM explique que « M. Fabius a d’abord beaucoup gagné à la SBM et ailleurs avant de commencer à perdre. [Ses] pertes ont été couvertes par des virements de casinos londoniens », puis des virements de la Société générale. « Lorsqu’il gagnait, le casino payait la Société générale. » Jean-Luc Biamonti poursuit : « Il avait un crédit maximal de 1 million d’euros. Un soir, il s’est trouvé à ce maximum. » « La SFE [Société de financement et d’encaissement, sorte de banque du casino, NDLR] a augmenté la ligne de crédit. M. Fabius s’est arrêté de jouer et n’est plus revenu. La dette est donc de 1,9 million d’euros. »Jean-Luc Biamonti continue son explication et évoque la faute de la SBM, qui intéresse la justice française : « Un week-end, M. Fabius a déposé 650 000 euros à la caisse et a indiqué ne plus souhaiter jouer du week-end. Or, il est revenu jouer [ ... ] et n’a pas été empêché par le personnel », ce qu’il aurait dû faire. En conséquence, « il a perdu et la SBM a dû rembourser pour incident de jeu. »

C’est pour cette raison que les juges Le Loire et Cros ont ordonné une commission rogatoire internationale. Endetté de près de 2 millions d’euros (son plafond de pertes étant fixé à 1 million) et alors qu’il déclare ne plus souhaiter jouer, pourquoi Thomas Fabius a-t-il pu le faire ? Pourquoi, surtout, la SBM a-t-elle dû rembourser près de 700000 euros pour « incident de jeu » ? Une certitude : à ce jour, Thomas Fabius ne s’est toujours pas acquitté de sa dette.

Sur instruction des juges français, la police judiciaire de Monaco a entendu le directeur des jeux de la soirée, responsable de cet incident. Le procès-verbal de la réunion du 15 octobre indique que « les personnes ayant laissé jouer [Thomas Fabius] ont été sanctionnées ». Sur le Rocher, on se demande si certaines personnalités françaises ne sont pas intervenues pour étouffer l’affaire...

La visite du président français dans la Principauté, le 14 novembre 2013, qui à eu lieu alors que Monaco devait prochainement signer la "convention pour l’assistance administrative mutuelle en matière fiscale, visant à lutter contre la fraude et l’évasion fiscales", a-t-elle joué un rôle ? « Il y aune instruction encours, une commission rogatoire internationale de la France a été exécutée et renvoyée aux juges. J’ignore son contenu, répond le chef du gouvernement monégasque, appelé par Valeurs actuelles. Il s’agit d’une affaire interne au casino et purement Avec son père en 2004. Le ministre l’avait prévenu : "Si c’est ce que tu souhaites [l’arrêt des études], ne crois pas que la vie sera facile."

Vous imaginez un instant que je puisse recevoir un appel concernant cette affaire alors qu’au moins une personne a été entendue par la justice française ? Comme la justice française, la justice monégasque est totalement indépendante, à tel point qu’il n’y a pas de ministre de la Justice à Monaco. La justice ne dépend pas du gouvernement. » Pourtant le doute demeure, notamment sur des pressions qui auraient pu être exercées contre d’autres personnalités à Monaco.

L’ "affaire" inquiète en haut lieu. Point central de ces péripéties, la personnalité de Thomas Fabius recèle une part de mystère et livre quelques indications. Aujourd’hui interdit de casino en France, il est l’exact opposé de son père. Fin politique à l’autorité incontestée, plus jeune premier ministre de la Ve République, pur produit de l’élite française, normalien et énarque, Laurent Fabius voit les déboires de son fils ternir sa respectabilité. Aux antipodes, Thomas aime l’argent, les jeux, la frime, et ne s’en cache pas. Flambeur invétéré, excessif, il aime être sous les feux des projecteurs.

Le Monde raconte qu’un soir de réveillon, « il a gagné 3 millions d’euros au casino de Monte-Carlo et laissé 20 000 euros de pourboire aux croupiers ». Lorsqu’il joue à Monte-Carlo, il n’est pas rare de le voir dans un état d’euphorie après avoir gagné. Il "claque" sans compter, sort de ses poches des liasses de billets de 500 euros, joue, un peu, beaucoup, passionnément, à la folie. Lorsqu’il est en veine, il offre, de l’aveu de certains croupiers, « jusqu’à 50 000 euros de pourboire ». Dans une vidéo publiée, en septembre 2013, sur le site de Paris Match, on le voit sauter en l’air et monter sur une chaise tout en criant après avoir empoché une belle somme. L’argent lui brûle les doigts : en 2011, il a joué 7 millions d’euros en liquide dans la seule Principauté. Les jours de malchance, il en offre sans compter pour continuer à miser alors même qu’il est à sec. Pour cela, il est prêt à tout, gage ses montres de luxe et passe son stress en alcool et en cigares.

Mais Thomas n’a pas toujours été le fils turbulent de la famille Fabius. Élève doué, il obtient son baccalauréat à 16 ans avant d’intégrer une classe préparatoire aux grandes écoles de commerce. Il n’ira pas au bout de ses études. Thomas veut s’affranchir du destin cousu main qui l’attend et devient professeur de tennis dans un village du Club Méditerranée. Ce n’est pas forcément à la hauteur des espérances que son père a placées en lui, mais il veut démontrer qu’il est capable de voler de ses propres ailes. Dans un entretien à l’Express, il confie : « Je resterai un "fils de" tant que je ne me serai pas forgé ma propre légitimité. » Cette légitimité, pourtant, il la cherche encore. Mis en cause dans de multiples affaires judiciaires depuis quelques années, Thomas Fabius est devenu une menace permanente pour son père.

Les déboires de son fils atteindront-ils le ministre des Affaires étrangères ? Dans le Journal du dimanche, un ami du patron du Quai d’Orsay confie que « les seuls soucis de Fabius viennent de son fils Thomas ». Visé par le parquet de Paris, qui s’intéresse aux conditions d’achat de son appartement de 280 mètres carrés à Paris, acquis en 2012 pour 7 millions d’euros, Thomas Fabius a déjà été condamné, en 2011, à 15 000 euros d’amende pour abus de confiance après avoir été soupçonné d’avoir détourné 90000 euros. Tout en étant résident fiscal en France, il ne paie pas d’impôts dans l’Hexagone.

Sa faiblesse, c’est son rapport à l’argent. Régulièrement présent dans les casinos de Londres et de Monaco, son goût prononcé pour les jeux d’argent embarrasse en haut lieu, particulièrement dans la Principauté. Celui qui « appelle les inspecteurs dejeux par leur prénom », selon Nice Matin, et « arrive souvent à l’improviste à bord d’un jet privé » pour y « craquer des sommes colossales », ne fait l’objet d’aucune enquête fiscale, en dépit d’un signalement par Tracfin, le service antiblanchiment de Bercy. Ne pouvant échapper en permanence à ses responsabilités, il doit désormais affronter la justice.

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