Le carnet d’été de Christine Clerc.

Excellence française.

Jeudi 6 septembre 2012 // La France

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Drapeau de FrancePourquoi n’avais je pas envie, cette année, de regarder les JO à la télé ? Trop de fric, de triche et de pub, trop d’équipements coûteux, demain inutiles, alors qu’on manque de tout dans les hôpitaux : une caricature de notre société de consommation.

Je me souviens, en juin 2004, d’avoir été bloquée durant six heures sur la route Corinthe-Athènes pour cause de travaux chaotiques en urgence. Déjà, le budget (près de 13 milliards d’euros) avait explosé, comme celui de Londres aujourd’hui, et l’on disait : « Ces JO vont ruiner la Grèce... » Déjà, l’on cachait, comme plus tard derrière les palissades de Pékin, les "invisibles" : ces innombrables travailleurs, le plus souvent immigrés, qui oeuvrent sur les chantiers et assurent l’entretien du "village des JO" Eux aussi ont leur "village" à Londres. Ils y disposent, dit-on, d’un WC pour vingt-cinq et d’une douche pour soixante-quinze...

Au moins, les JO auront-ils développé chez les jeunes le goût du sport et la fraternité ? Les responsables du CNOSF (Comité national olympique et sportif français) veulent le croire, qui militent pour une nouvelle candidature de Paris en vue du prestigieux centenaire (2024). Mais quand on voit McDo et Coca-Cola, les sponsors des Jeux, nourrir et abreuver 8 millions de spectateurs tandis que des milliards de téléspectateurs à travers la planète mangent et boivent la même chose en les regardant, on se demande si une randonnée en montagne ne serait pas meilleure pour la santé de tous. Bref, j’espère bien que le président Hollande qui doit se féliciter aujourd’hui que Londres l’ait emporté sur Paris ne soutiendra pas de nouvelle candidature française sans une remise en cause radicale de l’esprit des Jeux.

J’écris cela un soir en bougonnant et le lendemain, je bondis de joie en voyant à la télévision notre nouvelle Laure Manaudou, Camille Muffat, emporter la médaille d’or au 400 mètres nage libre, puis le quatuor français du 4x100 mètres (Amaury Leveaux, Fabien Gilot, Clément Lefort et Yannick Agnel) rafler à son tour la première place aux Américains. Et en plus, nos champions sont simples et beaux ! Dans ces moments-là, même si mon poste est coréen, je reprends espoir dans les capacités des Français à dépasser leurs concurrents pour retrouver, dans l’industrie et les services aussi, notre compétitivité perdue.

Partout, je cherche des raisons d’espérer. Il y a quelques jours, à La Rochelle, je pestais contre le décorateur prétentieux d’un hôtel proche du port (La Monnaie) : non content d’avoir barbouillé de noir les murs d’une maison XVIIe, il a jugé inutiles des lumières pour lire, un placard pour ranger ses vêtements et même, dans la salle de bains, un crochet pour suspendre sa serviette : on doit la jeter, trempée, à terre ! Comme j’en fais la remarque à la réception : « C’est une chambre standard, Madame... » J’aurais dû prendre la supérieure, à 200 euros. J’ai préféré aller m’installer au Mercure. Déco standard, mais vue sur le port, penderie, lumières, salle de bains parfaitement équipée : du grand professionnalisme. Rien d’étonnant si le groupe français Accor reste, avec ses 4 400 établissements dans 90 pays, le numéro un mondial.

Une cinquantaine de kilomètres au sud, à Saintes, où se marient vestiges romains et Renaissance, je déniche un petit hôtel, Les Messageries, aussi confortable que raffiné, pour 85 euros la chambre. Juste récompense : les Anglais l’ont inscrit sur leurs guides, de même que La Table de Marion (menu à 29 euros avec un veau fondant aux girolles) que l’on rejoint à pied en longeant la douce Charente.

Jean François-Poncet, dont on salue le passé de ministre des Affaires étrangères, reste pour moi l’un de ces grands élus passionnément attachés au développement de leur territoire. Je revois l’ancien président du conseil général du Lot-et-Garonne me faisant visiter, un matin de printemps sous le gel, l’Agropole, qu’il avait créée près d’Age en vingt ans, une centaine d’entreprises, près de 2 200 emplois. « J’ai fait le tour du monde, m’expliquait-il devant une chaîne de sachets de pollen frais sous azote. Je suis allé partout solliciter les grandes entreprises. Les Riboud Bongrain, etc., m’ont ri au nez : l’Europe de l’Est les intéressait davantage que notre Sud-Ouest. Nous nous sommes donc lancés sur la seule piste possible : l’implantation de PME â partir de nos atouts traditionnels. » Mais cela, avec des laboratoires de recherches de haut niveau.

Jean Ferniot, qui nous a quittés trois jours après, fut lui aussi un promoteur passionné de l’excellence française dans les lettres comme en gastronomie. Cofondateur (en 1962, avec entre autres André Frossard) du prix Aujourd’hui, décerné à un document politique ou historique, il me téléphonait chaque printemps pour parler de nos lectures : Michel Onfray et son beau Camus (l’Ordre libertaire), Rithy Panh et son bouleversant récit surfe Cambodge (l’Élimination). J’aimais ses colères, son talent et sa générosité. 

Valeurs actuelles

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