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Europe : pourquoi Angela Merkel s’obstine.

Samedi 7 juillet 2012 // L’Europe

De notre envoyé spécial à Bruxelles

Autour de la table du Conseil européen, qui s’ouvre jeudi après-midi à Bruxelles, François Hollande ne sera pas le plus farouche opposant à Angela Merkel. Scénario impossible à imaginer il y a encore quelques semaines, c’est Mario Monti, le chef du gouvernement italien, un « technocrate » austère et non élu, adulé par beaucoup de fonctionnaires en poste dans la capitale belge, qui devrait prendre la tête de la contestation face à la chancelière.

Depuis que l’Espagne a demandé une aide pour ses banques, l’ancien économiste sait que l’Italie est le prochain, sur la liste des pays attaqués par les marchés, susceptible de demander une aide financière à l’Europe. Il sait aussi que cette crise pourrait éclater dès l’été, vu la progression des taux auxquels Rome emprunte sur les marchés. Mario Monti veut donc sortir du sommet bruxellois, la 18e réunion des chefs d’Etat et de gouvernement en trente mois, avec, cette fois, de véritables avancées.

Il a joué cartes sur table, en début de semaine, avec un franc parler nouveau chez l’Italien. Non, il ne se déplacera pas à Bruxelles pour « tamponner » des documents écrits par d’autres en amont (comprendre : Paris et Berlin). Oui, il défendra coûte que coûte le projet de « mutualisation » de la dette des pays de la zone euro, malgré l’opposition catégorique de l’Allemagne. Et si le sommet doit durer, alors oui, il durera – jusqu’à dimanche soir s’il le faut, avant l’ouverture des marchés du lundi. 

Angela Merkel le 23 mai à Bruxelles. © Conseil européen.
Angela Merkel le 23 mai à Bruxelles. © Conseil européen.

Angela Merkel, elle, a prévu un tout autre calendrier, plus ramassé : elle quittera officiellement la capitale belge dès vendredi après-midi, pour assister, au Bundestag à Berlin, au vote sur le « pacte budgétaire », « son » traité européen, négocié à l’automne, qui devrait imposer la « règle d’or » aux Etats membres de la zone euro. Les prises de position de Mario Monti, autrefois fidèle de la chancelière, en disent long sur l’isolement de Berlin. Bientôt trois ans après l’éclatement de la crise des dettes souveraines en Europe, les alliés de la chancelière, de la Finlande à l’Autriche, se comptent sur les doigts d’une main.

« Pour la première fois, Angela Merkel est confrontée à une pression réelle, qui vient tout à la fois des dirigeants du monde entier, des dirigeants européens, mais aussi de l’opinion allemande », assure Massimo D’Alema, ancien chef du gouvernement italien, et soutien enthousiaste de François Hollande depuis des mois. L’élection du socialiste français en mai a fait bouger les lignes dans le jeu européen, et tendu les relations France-Allemagne. Lors du G-20 mexicain de Los Cabos, Barack Obama a de son côté plaidé pour une relance budgétaire ambitieuse en Europe – l’exact opposé de l’austérité érigée en traité par Berlin.

Le conservateur espagnol Mariano Rajoy, lui aussi, peine à comprendre l’obstination d’Angela Merkel lorsque celle-ci refuse une nouvelle intervention de la Banque centrale européenne (BCE) sur les marchés, pour soulager les pressions visant l’Espagne ou l’Italie. « Elle est de plus en plus isolée sur la scène européenne », confirme Sven Giegold, un euro député allemand, membre du groupe Verts, avant de nuancer : « Mais il serait faux de penser qu’elle est isolée en Allemagne, où l’opinion publique continue de la suivre. »

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