Europe : La reine Christine Lagarde.

Par Yves LA MARCK

Lundi 31 mars 2014 // La France


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Face aux tristes perspectives post électorales européennes, la directrice générale du FMI apparaît comme le suprême recours. Les capitales européennes ont déjà fait l’impasse sur la campagne et les élections européennes de la fin mai 2014. On en est à distribuer les postes de commissaires européens. En effet, on sait que, quel que soit le résultat du vote, le Parti populaire européen (PPE) et le Parti socialiste européen (PSE), unis au sein de la grande coalition allemande et, doublement, à travers le couple franco-allemand, gouverneront ensemble. Le reste est un jeu de chaises tournantes.

Hollande et Merkel, Merkel et Steinmeier, ont fait leur marché. Le PSE avait déjà intronisé l’allemand Martin Schulz, actuel président du Parlement européen. Le PPE, réuni en convention à Dublin les 6-7 mars, devait consacrer l’incontournable Jean-Claude Juncker, ex-Premier ministre luxembourgeois, ex-président de l’Euro groupe, le plus acharné à invalider le référendum français de 2005. Le gaullo-européen Michel Barnier, ex-ministre français des Affaires étrangères, bouc émissaire du vote négatif de 2005, sacrifié au sein de la commission sortante brave soldat envoyé au front contre la City de Londres comme Don Quichotte contre les moulins s’y est courageusement opposé, seul contre tous, dans un dernier baroud d’honneur. Passer de Barroso à Juncker quelle avancée ! Ce n’est vraiment pas la peine d’aller voter : les jeux sont faits.

Le paradoxe de ces élections est, comme dans le système parlementaire britannique, que les compétences accrues conférées au Parlement par le dernier traité profitent en réalité à la Commission, organe dont tout le monde s’était entendu à vouloir limiter les pouvoirs. C’est la seule institution qui pourra se targuer d’une légitimité démocratique pan européenne. Les électeurs ne vont pas voter pour l’UMP ou le PS, ils votent pour le PPE ou le PSE, est-à-dire pour Juncker ou Schulz alors qu’ils croient élire Rama Yade ou Jack Lang ! Les parlementaires européens pensent investir le président de la Commission, ils ne décideront qu’entre les candidats uniques des deux grands partis, choisis de facto par le Conseil des Chefs d’État et de gouvernement et en réalité par le couple franco-allemand : Juncker et Schulz, c’est blanc bonnet et bonnet blanc.

Tous ces petits messieurs (et dames) de la Commission sont irritants, ils (et elles) nous en font baver, à réglementer la taille des crayons et le poids des oranges, mais sur les grands sujets ils ne jouent que la mouche du coche. Barroso y excellait. Contraint par l’urgence et pour combler ce vide, le président de la Banque Centrale européenne (BCE), Mario Draghi, avait été au-delà de ce qu’il était autorisé à faire par les statuts de l’institution. La Commission est incompétente ; la BCE est interdite. Que reste-t-il de la troïka ? Le FMI, qui n’est pas une institution européenne, mais qui finalement est le seul à pouvoir agir efficacement dans la crise européenne. DSK puis Christine Lagarde ont agi de facto comme les recours ultimes des gouvernements nationaux paniqués. En l’absence de gouvernement économique européen euro ou pas euro dont ce serait la responsabilité, chacun est au fond bien content que ce rôle soit assumé par le Fonds.

L’hebdomadaire britannique The Economist (8 février 2014) en a tiré la conclusion évidente : « Lagarde présidente (de la Commission européenne). Cela ne plairait pas du tout à Hollande et encore moins à Mme Merkel. Elle pourrait en revanche, selon l’hebdomadaire, être un atout pour David Cameron dans son référendum de 2011. » Le journal va même jusqu’à la comparer à Jacques Delors. Britannique, il ne pouvait pas se référer à Jeanne d’Arc. Ici on risque « ,la reine Christine » !

En réalité, il ne s’agit pas de personnes, mais d’institutions et de politiques. Si Mme Lagarde se retrouve ainsi propulsée sur le devant de la scène, c’est certes qu’elle est personnellement appréciée, qu’elle est un(e) de nos rares compatriotes universellement connue et reconnue, notamment par les médias et les politiques anglo-saxons. Ces derniers sont toujours à la recherche d’un numéro de téléphone pour appeler « l’Europe ». À défaut, ils appelleront Christine Lagarde. Un jour peut-être, le fait deviendra droit.

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