Europe : Dernière chance ?

Dimanche 10 juin 2012 // L’Europe

Drapeau de FranceLa crise européenne va en s’approfondissant, les nouvelles venues de Grèce et les menaces sur l’Espagne font craindre le pire. Pour l’instant et pour des raisons d’affichage encore utiles, il n’entre pas dans les visées des gouvernements européens de laisser sortir la Grèce de l’euro. Auront-ils longtemps encore le choix ?

Nous savons bien depuis des mois, sinon des années, que nous en arriverions là. Ce développement de la crise ne peut étonner que les eurocrates fanatiques, les ultra-libéraux en perdition et la cohorte de leurs clientèles. Avoir raison avant tout le monde n’a jamais été une garantie d’être écouté. La Grèce est en déliquescence, quoi qu’on en ai. La cure d’austérité a mené au résultat prévu : le pays se délite, la misère devient épouvantable, l’espoir à disparu, la violence s’installe et les élections n’ont pas livré de verdict suffisamment clair pour être en mesure de voir la création d’un gouvernement susceptible de faire face. La peur a été la plus forte, comme toujours en temps de chaos. Même s’ils se sont effondrés de manière électorale, les partis qui ont mené à cette situation sont toujours là. Mais en juin ?

Le pays a donc un gouvernement provisoire composé de techniciens et d’universitaires. Retour aux urnes en juin pour tenter de débloquer une situation susceptible de mener à l’explosion. En Espagne, pourtant dotée d’un gouvernement stable, la situation commence à mal tourner. Le chômage croît et la dépression s’installe inexorablement. Pour le moment, les structures familiales tiennent encore pour éviter l’explosion sociale mais pour combien de temps encore ? Le souci vient du fait que la Grèce pèse 3 % du PIB de la zone, mais l’Espagne près de 20 %. Il est temps d’ouvrir largement les yeux et de regarder les choses en face. La dépression menace. Les mêmes causes ont toujours les mêmes effets.

Même si des ajustements budgétaires étaient nécessaires, notamment en Grèce, les politiques d’austérité présentées comme la panacée conduisent les pays qui en sont victimes vers le gouffre. Immanquablement. L’effet domino n’est pas une vue de l’esprit, c’est un phénomène que l’Histoire a déjà connu et pour des raisons voisines. Contrairement à ce que serinent les crétins économiques et journalistes, c’est la déflation qui a conduit à l’embrasement du monde dans les années 30, pas l’inflation. Il est temps que ces gens se taisent ou au moins se mettent à réfléchir sérieusement aux conséquences de leurs âneries. En sont-ils seulement capables, bouffis de vanité et de bêtise.

L’idée avancée par François Hollande de procéder à une relance par l’investissement peut-elle suffire à sauver la zone euro ? Retarder la crise finale, sans doute. Procéder à des travaux d’infrastructures ou de transition énergétique est résolument une bonne idée mais n’est-il pas déjà trop tard ? Il est vrai que Cassandre ne se trompe jamais sur rien, mis à part sur le calendrier. Cela peut être essentiel. Madame Merkel devra manger son chapeau où voir se produire une catastrophe dont elle sera la principale responsable. Les différentes relations que nous avons faites d’ouvrages et d’articles incontournables, tel le livre de Jacques Sapir (1), vous ont habitués à ces questions sans qu’il soit nécessaire de procéder à des explications déjà données et jamais démenties à ce jour.

Sauver la Grèce, il y a un an était encore possible. Aujourd’hui ce sera difficile, atrocement douloureux et très cher. Les banquiers s’affolent de voir leurs jolies petites combinaisons les menacer de ruine. 50 milliards d’euros pour les seules banques françaises. Devrons-nous une nouvelle fois passer à la caisse pour les sauver ? Les 58 milliards mis par le gouvernement français dans les différents plans d’aide sont perdus à jamais si la Grèce quitte l’euro. Des voix, en Espagne pourtant tellement favorable à la monnaie unique, commencent à se faire entendre pour quitter la zone et pour faire en sorte que les Espagnols sauvent leur peau. Les réflexes de survie ne sont jamais tellement prévisibles dans leur intensité et le résultat qu’ils peuvent amener.

La volonté du Président de la République ne peut être qu’une première étape. La nomination de Bernard Cazeneuve, votant non en 2005 au référendum, aux côtés de Laurent Fabius, pour le poste de ministre des Affaires européennes, prouve au moins que l’on est conscient du danger à l’Élysée et que ces premiers signes peuvent laisser penser que l’on comprend les enjeux et qu’une politique de contre-pied pourrait être avancée. Même si les eurobonds sont plutôt une mauvaise idée, Ils n’en constituent pas moins une proposition concrète. Mais notons tout de même que la mise en place de ces dispositifs ou de la mutualisation des dettes européennes conduisent vers plus d’intégration, ce dont les peuples européens paraissent ne plus jamais vouloir. Les dogmes européistes doivent être balayés et, bien évidemment, cela ne peut se faire en une semaine. Comment brûler de gaîté de coeur ce que l’on a adoré et auquel on tient parce qu’on n’a pas une claire vision de la situation !

Des solutions existent pour la Grèce, immédiates et très susceptibles d’efficacité. (2) Le cas de l’Espagne doit être traité en urgence ; la situation de l’Italie est aussi un motif d’inquiétude. Le temps presse et il n’y aura pas de trêve estivale. Nos gouvernants doivent le savoir, l’intégrer et si nécessaire tordre le bras de Madame Merkel et des séides de la Commission. Notre survie économique est à ce prix et si nous n’y prenons garde, notre survie tout court.

Charles GUEMENE

Jacques Sapir « Faut-il sortir de l’euro ? », Le Seuil, prix franco : 17 E.
Voir l’entretien accordé par Jacques Sapir au quotidien grec A VGHJ (L Aube) et publié sur le blog de B. Renouvin : www.bertrand-renouvin.fr

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