Europe : Dernier avis avant catastrophe.

Samedi 14 juillet 2012 // L’Europe

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Drapeau de FranceLa situation de l’Espagne et de l’Italie se dégrade de façon continue et inéluctable. Mario Monti et François Hollande se sont mis d’accord pour présenter un plan de sauvetage de la zone Euro qui sera discuté dans quelques jours au sommet européen. N’est-il pas trop tard ?

Il est difficile pour un vieux croyant de renoncer à ce qui a fait sa vie intellectuelle et politique. La pression des événements rend pourtant souvent cette obligation prégnante. La situation se dégrade et les spéculateurs n’attendent que le signal de la curée. Comme prévu, les cures d’austérité ont amené un pourrissement de la situation économique tant en Espagne qu’en Italie pour des raisons différentes.

L’Espagne ne peut se relever. Le plan concocté par Mariano Rajoy n’a eu aucun des effets bénéfiques annoncés, si ce n’est, et seulement dans un premier temps, de permettre la levée de fonds dans des conditions encore acceptables. Hélas, cela n’a pas duré. Les fondamentaux de l’économie sont mauvais et ils le resteront durablement. Le pays est étranglé et la population ne peut souffrir bien longtemps les purges à répétitions. La bombe bancaire est en train d’exploser, risquant d’emporter une partie du système financier du pays. Les banques espagnoles ont trop d’actifs pourris pour pouvoir s’en sortir et il est désastreux de considérer que les seules mesures proposées consistent encore et toujours à déverser des dizaines de milliards d’euros pour sauver des banques insauvables.

Tout cela ne servira à rien et tout le monde le sait. Pendant qu’on s’occupe des banquiers imprudents, imbéciles ou parfois voleurs, on ne s’inquiète guère de la situation de la population. Rajoy s’est trompé,lourdement et rien ne semble pouvoir endiguer la chute. Placée dans l’étau de la dette publique et celle de la colossale dette privée, le pays ne peut s’en sortir dans les conditions actuelles. Le fameux modèle espagnol basé sur l’immobilier ne pouvait longtemps conserver au pays sa croissance. Le pays ne produit pas grand chose d’autre et surtout, les secteurs industriels qui ont bien fonctionné pendant une vingtaine d’années, tel l’automobile, sont eux aussi victimes des délocalisations et de l’effondrement d’une partie du marché intérieur.

Pas plus que l’on se soucie de la population italienne. Mario Monti, ancien banquier et commissaire européen ne semble guère taillé pour sauver son pays. Tout juste son nom permet-il de procéder à des appels de fonds dans des conditions légèrement plus favorables que celles de l’Espagne. Pourtant, rien ne s’arrange en Italie et ce n’est pas le plan d’austérité porté à 25 milliards d’euros qui va pouvoir arranger les choses. Les particularités propres au système italien depuis toujours, ne pourront longtemps jouer leur rôle d’amortisseurs. Cela ne suffit plus et il va s’en falloir rapidement de beaucoup.

Alors. Les vieux croyants en l’Europe et l’euro tels qu’ils fonctionnent aujourd’hui ont bien du mal à concevoir, alors pensez donc à assumer, la faillite de leur modèle. Certains des intervenants, et notamment les membres de la commission de Bruxelles, ne peuvent même pas concevoir qu’ils aient pu se tromper. Ces gens-là ne sont pas bons à rien, ils se sont montrés mauvais à tout. Le réflexe sectaire l’emporte toujours dans ces cas-là et va rapidement se poser un problème d’adéquation du personnel de la structure par rapport aux nécessités de la situation. L’histoire économique nous apprend que l’été est un moment crucial d’éclatement des crises. Des Italiens, et des Espagnols sans un sol vaillant sont fondés à se révolter.

La crise a ceci de particulier que même à la sentir venir et à la savoir inéluctable - et elle l’est aujourd’hui - on pe sait jamais exactement quand et comment elle viendra. Le plan de sauvetage que va proposer François Hollande prochainement va faire hurler l’Allemagne. Pourtant, à Berlin aussi, les yeux se dessillent. Quels que soient ses talents, Madame Merkel souffre d’un étrange manque d’imagination. Le mépris et la morgue ne peuvent longtemps suffire à marquer les bases d’une politique. Les tenants du modèle allemand en Europe ne sont ni assez nombreux ni assez puissants pour emporter la décision. Sauver le système tel qu’il est revient à faire un pas de plus dans la marche à l’intégration par l’introduction d’euro bonds, dont nous avons déjà dit le mal qu’il fallait en penser, et par la mise en place d’une politique puissante d’infrastructures, de recherches et d’industrialisation.

Gageons que les événements ne laisseront pas le temps de mettre une telle politique, qui demande du temps, en place. Le temps nous manque et il serait prudent de penser le plan de secours avant d’arriver au précipice, La planète économique et financière a ceci de particulier qu’elle est plate, nous roulons vers le précipice, quoi qu’on en ait.

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