Europe : Brexit.

Mercredi 22 avril 2015 // L’Europe

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La sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne après 2017 (Brexit) est à l’opposé d’une éventuelle sortie de la Grèce (Grexit) mais les effets s’additionneraient.

La campagne électorale bat déjà son plein outre-Manche en vue du scrutin du 7 mai.

Le Premier ministre David Cameron avait promis en 2013 que, s’il était réélu en 2015, il organiserait avant la fin de l’année 2017 un référendum sur le maintien du Royaume- Uni dans l’UE après renégociation des traités ou sa sortie. Sur le continent, on n’a pas vraiment pris cette démarche au sérieux la considérant comme une simple opération de politique intérieure visant à prévenir un succès trop important du parti pour « l’indépendance » du Royaume (UKIP).

Le Parti travailliste a rejeté l’idée d’un référendum et jusqu’à présent fait quasiment jeu égal avec le Parti conservateur dans les sondages. Le problème est que le mode de scrutin uninominal à un tour et le découpage électoral favorisent les conservateurs. Les travaillistes devraient également perdre leurs sièges écossais. Mais l’erreur majeure des observateurs étrangers est de sous-estimer la force du sentiment anti-européen dans l’opinion moyenne en Angleterre (à l’inverse de l’Ecosse).

Certes depuis 1945 les controverses autour de la construction européenne n’ont pas manqué entre Londres et le continent. Mais même au temps de Mme Thatcher, on n’avait jamais connu un tel déchaînement de passion europhobe. On en est arrivé au point où aucun argument rationnel ne peut plus être audible. Aucun dirigeant de quelque stature n’est aujourd’hui susceptible de faire campagne pour le oui à ce type de consultation. Les grands européens Sont morts ou trop âgés. II n’y aura personne. Aucun lobby n’ose plus militer pour l’Europe ni la City ni l’industrie.

Le seul débat porte sur le sens à donner au refus de l’Europe. Il oppose eurosceptiques et anti-européens. Les anti-européens, à l’UKIP, prônent un repli insulaire pur et simple, voire la seule Angleterre (Little England) ; les eurosceptiques sont au contraire persuadés de pouvoir retrouver ainsi une influence mondiale et d’entraîner finalement les pays européens avec eux les uns après les autres.

Le débat est encore feutré car les conservateurs plutôt eurosceptiques auront peut-être besoin d’un soutien sans participation de l’UKIP qui compte au sein du parti tory plusieurs transfuges. Mais la vision est différente.
Cameron n’a pas abandonné l’idée d’une grande Europe libérale dans la ligne du marché unique qui fut la grande oeuvre de Mme Thatcher. Non à l’Europe fédérale, à l’Europe sociale, à l’Europe judiciaire, non bien sûr à l’euro, mais oui à l’Europe du libre-échange.
La crise grecque est donc prise très au sérieux à Londres où Cameron a tenu une session extraordinaire avec la Banque d’Angleterre et a dépêché aux réunions des ministres des Finances à Bruxelles le chancelier de l’Échiquier James Osborne. Tout en n’étant pas membre de l’Eurogroupe, Londres - la City - ne veut pas de chaos financier, a déclaré celui-ci. Obama non plus.

C’est semble-t-il ce qui retient Londres sur la voie d’un alignement sur ce que l’on appelle là- bas « l’anglosphère ». Londres, mais surtout la presse aux mains de magnats australien (Rupert Murdoch) ou canadien (Conrad Black), croit encore à son « empire ». Australie et Canada sont passés à la droite dure, celle qui s’organise actuellement au Congrès américain. En tablant sur 2017, après la prochaine élection américaine fin 2016, Cameron intégrait cette donnée. Le fossé idéologique entre les deux bords de l’Atlantique s’élargissant, l’Union européenne placée devant des choix douloureux, Londres pourrait alors disputer à Berlin et à Paris l’influence intellectuelle. Le pari de Cameron n’est pas incohérent sauf que l’Angleterre n’a peut-être plus la force nécessaire pour le soutenir en Angleterre même ni dans les opinions européennes où elle ne dispose guère de relais comme l’a montré le débat sur le projet de traité de libre-échange transatlantique.

Sans Athènes et sans Londres, l’Union européenne, privée de ses deux ailes, ne volerait sans doute plus très haut selon les uns ou, au contraire, selon les autres, ayant jeté son lest, elle prendrait de la hauteur. Reste à savoir si voler haut est bien ce qu’elle souhaite. Ne lui suffit- il pas de persévérer dans son être comme donne à le penser le « modèle Merkel » comme hier le système bismarckien à son apogée ?

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