Europe-Afrique - Encore un Sommet pour rien.

Vendredi 23 mai 2014 // L’Afrique

L’Europe et l’Afrique ont tenu leur quatrième sommet, à Bruxelles, les 2 et 3 avril 2014. Depuis plusieurs années, les Sommets Europe-Afrique se succèdent, sans qu’on puisse voir, concrètement, ce qu’ils apportent à l’Afrique et aux Africains.

En 2000, le tout premier Sommet Europe-Afrique, s’était tenu, au Caire, en Egypte. Sept ans, plus tard, c’était à Lisbonne, au Portugal, de l’accueillir, après d’intenses tractations entre les deux parties, les Européens exigeant, sans succès, la non-participation du président du Zimbabwe, Robert Mugabe, pour cause de déficit démocratique. En 2010, c’est la Libye, qui avait eu l’honneur de l’organiser. A l’époque, le colonel Kadhafi caressait l’espoir de faire de Syrte, la future capitale des Etats-Unis d’Afrique dont il voulait être le premier président.

Simple coïncidence ? Toujours est-il que les deux dirigeants africains qui ont eu à l’organiser, ont été balayés par ce qu’on a appelé, pudiquement, le « Printemps arabe « : Hosni Moubarak, le président de la grande nation égyptienne, dont la légendaire stabilité concourait à la solidité des relations israélo-palestiniennes, a perdu le pouvoir, en 2011, comme un jeu, malgré son statut de chouchou de Washington.

En 2010, les pays européens que le colonel Kadhafi avaient reçu, fin novembre, en grandes pompes, à Tripoli, pour parler coopération et développement, avec ses frères chefs d’Etat d’Afrique, n’ont pas hésité, un an plus tard, à détruire son pays, et à l’assassiner, sans autre forme de procès.

Conséquence, pour certains dirigeants africains, accueillir le Sommet Europe- Afrique, porte la poisse. Dans un continent où les morts ne sont jamais morts, où la superstition bat son plein, le Sommet Europe-Afrique, est porteur de malheur. Après la tenue de celui de Bruxelles, on attend de voir ce qui arrivera, bientôt, en Afrique, même-si le dossier RCA est déjà en soi illustratif. La vérité, c’est que, 54 années de coopération entre l’Europe et l’Afrique, n’ont rien donné, à l’Afrique et aux Africains. Sinon, la méfiance et l’incompréhension. Rien, en Afrique de réellement positif ne permet de dire que l’Afrique et l’Europe, marchent, ensemble, depuis les années 60. Au même moment, d’autres régions du monde qui affichaient le même niveau de sous- développement que l’Afrique, au lendemain des indépendances, ont su émerger. Le dynamisme japonais, par exemple, a permis de tirer, vers le haut, toute la partie sud-est de l’Asie, qui est, aujourd’hui, devenue, économiquement, émergente. La Chine, la Corée du Sud, Hongkong, Singapour, la Malaisie, etc. s’illustrent de très bonnes manières, en allant jusqu’à concurrencer le Japon dans certains secteurs de l’économie.

En Amérique centrale et du Sud, la proximité d’avec les Etats-Unis, a, également, contribué à sortir, cette sous- région, de la pauvreté et à faire des économies émergentes, le Mexique, le Brésil, l’Argentine, et quelques autres.

L’Europe aurait pu faire de même avec l’Afrique, malheureusement, ce n’est pas le cas. En dehors de l’Afrique du Sud, aucun pays du continent noir n’émerge, réellement. Les experts pronostiquent, cependant, l’Afrique comme étant le continent qui va soutenir la croissance mondiale, pendant ce 21e siècle, mais encore faudrait-il que s’établissent, de véritables partenariats gagnant-gagnant, entre l’Afrique et les autres continents ou pays.

En 14 années de Sommet Europe-Afrique, le bilan n’est pas élogieux. Ce qu’on retient, facilement, de ces Sommets, ce sont des querelles politiques visant à humilier certains dirigeants africains, sous prétexte que leur gouvernance ne répond pas aux critères prescrits par Bruxelles. C’est une erreur de considérer les dirigeants africains (qui ne demandent pas l’aumône pour vivre) comme des élèves qui, avant d’accéder en classe, doivent subir le contrôle de leur tenue, montrer que leurs ongles sont propres, et qu’il n’y a pas de poux dans leurs cheveux. C’est inacceptable.

L’Europe doit considérer l’Afrique comme un continent majeur, si elle veut réussir sa coopération avec elle. Elle a échoué, jusque-là, parce qu’elle vient avec une mentalité de colonisateur. Cela ne peut plus marcher. Hier c’était hier. Aujourd’hui, les choses ont changé.

On ne doit, donc, pas être étonné que les Sommets Chine-Afrique, par exemple, produisent des effets escomptés et donnent, pleinement, satisfaction aux Africains, et que ceux entre l’Europe et l’Afrique, restent à l’image de la considération que les Européens affichent à l’endroit des Africains.

« Investir dans les personnes, pour la prospérité et pour la paix, était le thème du Sommet de 2014. Rien de bien nouveau sous le soleil, ce thème, à lui seul, étant démobilisateur. Comment les Européens ne comprennent pas pourquoi les Africains préfèrent se tourner, aujourd’hui, vers la Chine, l’Inde, le Brésil, etc. avec lesquels ils parlent le même langage ?

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