Et si on réinventait enfin la droite ?

Samedi 25 janvier 2014 // La France

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L’opposition ne reviendra au pouvoir qu’en apportant des solutions à la crise des valeurs que connaît la société Française et en restaurant des repères éternels

La gauche est en lambeaux. La majorité socialo-écolo-communiste est en morceaux. Le gouvernement est en rideau. François Hollande et Jean-Marc Ayrault n’ont plus aucune crédibilité ni marge de manoeuvre. Comme des promeneurs pris dans les sables mouvants, plus ils bougent, plus ils se démènent pour trouver une issue, plus ils s’enfoncent dans cette vase qui commence à les submerger. À peine entamée, la discussion sur la réforme fiscale souhaitée par le premier ministre est sur le point de tourner court. La parole présidentielle a perdu toute crédibilité après les traficotages du nombre de sans-emploi. Sans parler des différents locataires de Bercy, qui ont fait la preuve de leur inefficacité. Pour preuve, les recettes fiscales, qui devaient augmenter de 30 milliards d’euros cette année, seront inférieures de 11 milliards aux prévisions initiales.

Face à ce désastre prévisible, la droite est encore bien trop silencieuse et absente. Bien sûr, elle a mené un combat efficace contre la stupide et coûteuse réforme des rythmes scolaires. Bien sûr, en dehors de certaines de ses têtes d’affiche, elle est montée au front contre l’inepte loi instaurant le "mariage pour tous". Bien sûr, elle a très tôt mis en avant le bilan catastrophique de Manuel Valls en matière de délinquance et les absurdités de la réforme pénale voulue par Christiane Taubira. Bien sûr, elle ajoué son rôle de premier opposant, à la tribune de l’Assemblée comme sur le terrain. En revanche, cette droite ne capte pas encore l’adhésion de l’opinion publique, car elle est sinon absente, du moins bien trop timide sur le terrain des solutions.

D’ici quelques semaines, l’UMP rendra public un projet qui lui permettra de partir à l’assaut des municipales avec un premier ensemble de propositions. Mais il faut craindre que ce début de programme soit centré sur le champ économique. Il parlera
compétitivité, réduction des dépenses publiques, convergence fiscale avec l’Allemagne, baisse des charges sociales, efficacité de l’État ou réforme du mille-feuille territorial. Autant de thèmes qui conditionnent le sursaut dont la France a besoin pour enrayer enfin le déclin inexorable dans lequel elle est plongée depuis une trentaine d’années. Mais qui sont loin d’être suffisantes pour entraîner un renouveau de la droite, qu’elle soit populaire, gaulliste, orléaniste, bonapartiste ou sociale.

Comme le souligne très bien un excellent petit livre écrit par le sondeur François Miquet-Marty (les Nouvelles Passions françaises, Michalon), les préoccupations quotidiennes de nos compatriotes ne sont ni le taux de croissance du produit intérieur brut ni le montant de la dette publique, et encore moins le niveau de l’euro. Elles vont bien au-delà : « C’est fondamentalement la société tout entière qui est dévoyée pour les Français et, avec elle, les valeurs qui l’animent », précise l’auteur. Des valeurs, qui sont, tout simplement, l’éducation, le travail, l’ordre et le respect. À cela s’ajoute la volonté de mettre fin aux abus de trois catégories de personnes. Les profiteurs d’en haut, qui se gavent d’avantages et de privilèges indus, les profiteurs d’en bas, qui ne sont rien d’autre que les professionnels de l’assistanat, et enfin les étrangers qui refusent de s’intégrer ; ce qui ne reflète pas une xénophobie française, mais une perte progressive des repères de la nation.

Ce petit livre de sociologie appliquée valide complètement la totalité du discours porté par Nicolas Sarkozy à la fin de la campagne présidentielle de 2012.

Il montre à quel point les Français ont davantage besoin d’une droite des valeurs que d’une droite technocratique, qui applique finalement les mêmes mesures que la gauche. La preuve en a été faite à l’occasion des grandes manifestations contre le "mariage pour tous". C’est parce que la notion même de famille était remise en question par un gouvernement sectaire que plus d’un million de personnes ont battu le pavé. Tous les "bonnets rouges", éleveurs de poneys, routiers, Pigeons et Poussins qui protestent aujourd’hui contre des taxes certes insupportables n’arriveront jamais à égaler une telle mobilisation, parce qu’ils défendent des intérêts catégoriels et non des valeurs immuables et des repères intangibles.

« Les nations ont besoin de héros et de saints comme la pâte a besoin de levain », disait si joliment le philosophe Gustave Thibon, que la chaîne Histoire a fait superbement revivre dans un film diffusé ce mercredi. Pour cela, les peuples ont davantage besoin de valeurs que de mesures de circonstance. Ensuivant cette voie, l’opposition éviterait enfin le reproche de cet ami de Simone Weil : « À droite, on dort. Àgauche, on rêve. »

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