RÉNOVATION ET DÉONTOLOGIE DE LA VIE PUBLIQUE

Et si le bon exemple venait de France ?

Vendredi 7 septembre 2012, par Paul Tedga. // L’Afrique

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Drapeau de FranceMême dans une vieille démocratie comme la France, le besoin de moderniser, de restructurer, de labourer de nouveaux sillons, est toujours présent, sinon, c’est la marginalisation assurée. C’est dans ce souci que le nouveau président, François Hollande, a créé la Commission de rénovation et de déontologie de la vie publique.

Objectif : réfléchir à la mise en oeuvre de plusieurs réformes institutionnelles annoncées pendant la campagne présidentielle. Surnommée « Commission Jospin », du nom de l’ancien premier ministre socialiste, de 1997 à 2002, qui en est le patron, elle verra sa réflexion axée sur : l’optimisation du déroulement de l’élection présidentielle ; le statut juridictionnel du chef de l’ Etat ; la réforme des modes de scrutin applicables aux prochaines élections législatives et sénatoriales : réfléchir à l’introduction d’une dose de proportionnelle dans l’élection des députés ; le cumul des mandats la garantie de la transparence de la vie publique.

Entouré de 13 personnes de tous les bords politiques, venant de différents secteurs de la vie nationale (l’ancienne ministre de droite Roselyne Bachelot en fait partie, des universitaires, des magistrats et des hauts fonctionnaires de l’administration), Lionel Jospin rendra sa copie avant la fin de cette année.

Au moment où le débat fait rage en Afrique sur les mauvaises pratiques de gouvernante des Etats, la corruption généralisée, la mauvaise organisation des élections qui est parfois source de conflits, etc., la « Commission Jospin » est une des voies à explorer par tout dirigeant africain animé par un réel souci de bien faire. La voie de l’excellence et de l’émergence, est à ce prix.

Les pratiques politiques et administratives qui ont, généralement, cours dans les pays africains, sont d’un tout autre âge. On se croirait dans une autre époque. L’état de droit dont parlent les dirigeants africains, est encore un long chemin. Parfois, on a l’impression que ce genre de slogans fleurit en fonction des dossiers dont on espère un aboutissement rapide chez les bailleurs de fonds. Ils ne se fondent donc pas, forcément, sur la volonté de respecter la constitution que le pays s’est volontairement donné.

Une telle commission, à condition que ce ne soit pas un moyen d’enterrer des problèmes qui existent, devrait contribuer à rétablir la confiance des fils d’une même nation dans leurs institutions. La rénovation et la déontologie de la vie publique, c’est le fait de montrer le bon exemple par des comportements républicains. C’est par exemple rendre obligatoire la publication des déclarations d’intérêts par le président de la République, les ministres, les élus, les hauts fonctionnaires ainsi que les membres de cabinets ministériels, tout comme les patrons de sociétés et d’organismes d’Etat. Les centres d’intérêt étant connus, les responsables publics devraient avoir l’obligation de s’abstenir de participer à une décision publique en cas d’intérêts personne liés. té discours dei dirigeants politiques africains sera suspect tant qu’ils peineront à communiquer sur l’étendue de leur fortune au moment où ils entrent en responsabilité ou en sortent. La crédibilité de le discours se vérifiera dans leur comportement. Ne dit-on pas que « L’exemple vient d’en haut » ?

Il faudrait, également, encadrer les réseaux d’intérêt et de lobbyistes sinon il y aurait déficit de transparence dans la pratique même de la démocratie. Dans beaucoup de domaines, déontologie et réseaux ou lobbys ne peuvent pas aller de pair. Pour réglementer un tel secteur, il faut beaucoup de courage et de volonté politique. Car on fait face à des intérêts puissants. Même la « Commission Jospin » n’ose pas encore s’aventurer dans un secteur aussi délicat à cause de sa complexité. En Afrique, c’est plutôt la Jungle.

La rénovation de la vie publique, c’est aussi la fin du cumul des mandats. En France, par exemple, les parlementaires et les membres du gouvernement ne doivent pas pouvoir exercer de mandat exécutif local ni toute autre fonction de gestion ou d’administration dans une entreprise publique ou privée. En Afrique, c’est le contraire. Plus on cumule des fonctions, plus on est considéré comme un grand type, quelqu’un de très important alors qu’on n’a pas le temps de les remplir convenablement. La « Commission Jospin » n’est pas une affaire de pays riche. C’est tout simplement le rappel à des principes « normaux » qui doivent réglementer la vie de tout pays, et qui, pour plusieurs raisons, sont très souvent ignorés ou parfois dévoyés.

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