Et si la droite devenait enfin lucide ?

Mercredi 23 avril 2014 // La France


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Deux défis se posent maintenant à la droite après l’espérance qu’elle a fait naître. La fin des querelles intestines et la construction d’un vrai projet de société.

Ces élections municipales sont à marquer d’une pierre blanche sur le long chemin de la reconquête. La gauche a pris une raclée historique au cours de ces deux premiers dimanches de printemps. Certains de ses bastions ont désormais un maire de droite. Le président de la République est désavoué dans sa politique, son comportement, ses mensonges, sa légèreté et surtout pour l’insupportable division qu’il a créée au sein du pays. Et ce n’est pas son nouveau premier ministre qui va pouvoir changer la donne, tant sa feuille de route est impossible à tenir entre un cap social-démocrate confirmé et de nouveaux gages donnés à un électorat de gauche en perdition.

Tous ces éléments devraient sonner le réveil de la droite et sa mise en marche ordonnée pour une alternance dès 2017. Déjà un certain nombre d’hypothèques ont été levées avec ce scrutin. D’abord la conduite de l’UMP par Jean-François Copé ne souffre plus la moindre contestation. Le maire de Meaux avait demandé à être jugé à l’aune du résultat de ces municipales. Aujourd’hui ses amis n’ont plus qu’à le féliciter et ses détracteurs à cesser leurs mesquineries. Ensuite la ligne politique de la droite parlementaire, plus décomplexée qu’elle n’a été, mais intransigeante sur le refus du front républicain comme d’éventuelles alliances avec le Front national, a été plébiscitée par les électeurs. Non seulement ils ont donné leurs voix sans difficulté pour des candidats UMP, mais en plus ils ont voté utile en cas de triangulaire. Enfin la dynamique qui s’est créée devrait maintenant s’amplifier à l’occasion des européennes, des sénatoriales, puis des régionales. D’autant plus que Manuel Valls va vite se heurter contre le mur d’une réalité qui le dépasse. Et sa suffisance ne comblera pas son insuffisance en matière économique.

Malgré tout, un peu de lucidité n’est pas superflue. Le vote qui s’est exprimé à l’occasion des municipales est un vote de rejet, voire de colère, mais rarement un vote d’adhésion à des idées. D’autant plus qu’à l’heure qu’il est, les électeurs seraient bien en peine de définir les idées de la droite. Si elle en a. Bien sûr, les ténors de l’UMP ont bâti à la fin de l’année passée une plate-forme économique pour redresser le pays en cas d’alternance, où figure un mélange de vieilles mesures, de vœux pieux et de bonnes intentions. Bien sûr, un certain nombre de conventions ont permis aux élus de mettre à jour leur logiciel sur des sujets comme la défense, la famille ou la justice. Mais la droite, toute la droite, souffre toujours du même handicap que les électeurs expriment dans certaines enquêtes d’opinion et qui se traduit par la question suivante : pourquoi devrait-on croire à votre programme alors qu’entre 2002 et 2012 vous n’avez pas mis en oeuvre vos promesses ?

Deux défis se posent donc maintenant aux élus et responsables de droite après l’espérance qu’ils ont fait naître dans toute la France sous cette douceur printanière. Le premier, c’est de construire enfin l’union et de faire cesser les querelles intestines dont les Français n’ont rien à faire. Les ambitions personnelles ont naturellement toute leur place dans la vie politique. Les différences d’appréciation et de personnalité sont plus que souhaitables. En revanche, les combats de coqs, les coups bas, les guerres de clans sont devenus un véritable crime contre l’esprit à un moment où s’ouvre un boulevard pour la reconquête du pouvoir. Ceux qui entretiendraient la division porteraient une lourde responsabilité au moment où les sympathisants de droite devront choisir leur champion pour la présidentielle de 2017.

Le second défi, c’est de bâtir enfin un programme qui soit à la hauteur de l’attente qui s’est exprimée dans le pays. Par leur vote, beaucoup de Français ont exprimé leur désarroi après deux ans de foutoir-socialiste. Ils ont voulu montrer à quel point ils en avaient assez de voir leur revenu spolié par une fiscalité démoniaque, le chômage exploser et l’immigration battre tous les records. Ils ont aussi voté des deux mains contre les mesures sociétales si chères à François Hollande et à sa clique : le "mariage pour tous", la fin de vie ou le laxisme en matière de politique pénale. De fait, ils ont exprimé qu’ils avaient besoin d’autorité et de responsabilité. Ils ont signifié qu’ils avaient besoin d’ordre, dans les comptes publics comme au contrôle des frontières. Ils ont indiqué qu’ils en avaient assez que la France chasse ses talents et serve de pompe aspirante à tous les professionnels de l’assistanat. À la droite maintenant d’apporter des réponses à toutes ces préoccupations. Des réponses fortes. Des réponses claires. Des réponses enfin crédibles.

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