Esclavage : Matignon se dit « très ouvert » à des réparations.

Par Carine FOUTEAU.

Dimanche 4 novembre 2012 // La France

Toute faute mérite réparation, selon l’un des fondements du Code civil de 1804. A fortiori, un crime contre l’humanité, considéré comme imprescriptible en vertu du droit pénal international. L’esclavage, reconnu comme tel en France, reste pourtant impuni.

Pire, après l’abolition de l’esclavage en 1848, des dédommagements ont été versés par l’État… aux esclavagistes des colonies pour compenser le manque à gagner. Les planteurs de canne à sucre ayant perdu leur main-d’œuvre servile, des subsides leur ont été accordés en échange du “préjudice” subi. En 1825, déjà, Haïti avait été contraint de verser des sommes considérables contre sa liberté retrouvée, en l’occurrence une rançon de plusieurs dizaines de millions de francs-or, pour laquelle les Haïtiens ont dû s’endetter jusqu’en 1946. Drôles de ruses de l’histoire que ces injustices toujours pas réparées deux siècles plus tard.

Déterminé à rouvrir le débat, le Conseil représentatif des associations noires (Cran), à l’occasion de l’anniversaire de la découverte du “Nouveau monde” par Christophe Colomb en 1492, lance un « Appel pour un débat national sur les réparations liées à l’esclavage » à paraître dans Le Monde.fr ce vendredi 12 octobre.

Tout aussi symboliquement, et à plus court terme, cette initiative, soutenue par plusieurs partis politiques, syndicats et personnalités, coïncide avec le premier déplacement de François Hollande en Afrique qui, entre Dakar au Sénégal et Kinshasa en République démocratique du Congo, a prévu de se rendre sur l’île de Gorée, lieu historique de la traite négrière.


Louis-Georges Tin, président du Cran, devant les Invalides, où repose le corps de Napoléon, qui a rétabli l’esclavage en 1802. © Job

Après un colloque de haute volée à Paris, le 23 mai 2012, le Cran, qui regroupe de nombreuses associations, s’adresse cette fois-ci à la société civile et aux décideurs politiques : « En France, les réparations liées à l’esclavage demeurent un sujet tabou. En Outre-mer et dans la société française dans son ensemble, les questions liées à l’esclavage sont encore source de colères, de ressentiments et de problèmes non résolus (…). Aujourd’hui, il est temps d’ouvrir le débat sur les réparations : où sont passés les flux financiers générés par la traite négrière ? Si tout n’est pas réparable, que peut-on réparer cependant ? Comment, et dans quelles conditions ? Comment a-t-on fait à l’étranger ? Que peut-on faire en France ? Autant de questions qui se posent. Il n’y a pas de réponse toute faite, mais encore faut-il que le débat public puisse avoir lieu. Le temps où il pouvait être esquivé est à l’évidence révolu. »

Pour défendre cette revendication, plusieurs associations ont été reçues à Matignon le 29 mai et le 8 octobre, signe d’un intérêt du gouvernement. Elles en sont ressorties avec l’assurance de la tenue, « dans le mois suivant », d’une réunion interministérielle. La problématique étant transversale, les uns et les autres ont convenu de la nécessité de solliciter les ministères de la justice, de l’outre-mer, des affaires étrangères, de la culture, de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et la recherche, du budget et l’intérieur.

Au cabinet de Jean-Marc Ayrault, on confirme l’engagement de Matignon : « Nous sommes très ouverts à l’idée de réparations liées à l’esclavage, indique-t-on dans l’entourage du premier ministre. On en est au stade de la réflexion et du dialogue. Nous sommes en contact régulier avec le Cran et d’autres associations, et nous attendons d’eux qu’ils nous disent ce qu’ils souhaitent secteur par secteur. Les réparations couvrent un large champ, pas seulement financier, c’est pour cela que tous les ministères concernés doivent participer. »

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