Encore un petit tour !

Mercredi 13 novembre 2013 // Le Monde

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Le monde financier et médiatique est resté cette fois encore pendu aux lèvres des parlementaires américains. Bloqué depuis un mois, l’appareil fédéral américain allait-il une nouvelle fois repartir ou l’heure de vérité allait-elle enfin sonner ?

C’aurait été trop beau. Cette fois encore un accord à l’arraché au Congrès a permis un nouvel élèvement de plafond de la dette américaine. Les républicains bloquaient le processus, comme d’habitude, espérant pouvoir pourrir un peu plus la position de l’exécré Obama. Cela dit, ce compromis ne règle en rien la situation des Etats-Unis. Une fois de plus, on gagne du temps sur le temps et dans trois mois, le même cirque va recommencer. Trouvera- on un nouvel accord, de plus en plus boiteux ou enfin verra t-on la vérité des choses se faire jour ? Cette situation amène à faire les commentaires tant au plan de la situation économique que de la situation politique aux Etats-Unis comme en Europe.

L’économie d’abord, La (fermeture) qui a frappé des pans entiers, considérés comme non essentiels, de l’administration américaine, a bloqué son bon fonctionnement et mis en péril la très fragile reprise. En effet. au-delà de l’inexistence durant un mois de la gestion au quotidien de l’administration américaine, cette situation bloquait à la fois les commandes d’État. essentielles tant au géants américains de type Boeing , qu’à la multitude des petites entreprises qui assurent la sous-traitance. Cette situation ne pouvait donc durer tant elle faisait peser une menace importante sur l’économie industrielle du pays.

Le défaut sur la dette ne serait pourtant pas aussi catastrophique qu’on veut bien nous le faire croire. Évidemment, il entraînerait quasi immédiatement un abaissement de la note de la dette souveraine américaine ce qui aurait immanquablement pour effet de voir s’accroître les taux d’intérêt pratiqués. Non seulement ceux de la dette elle-même mais, par voie de conséquence, cela renchérirait le crédit dans un pays dont l’économie tient principalement par la facilité à se procurer de l’argent. La situation du dollar s’en trouverait amoindrie, ce qui aurait pour première conséquence de voir le taux de change avec l’Euro augmenter de manière sensible ; inutile de préciser que c’est ce dont notre Monnaie-carcan commune n’a nul besoin. La reprise technique qui nous échoit se transformerait vite en nouvelle récession. En outre, la position du Dollar au plan international s’en ressentirait également. Déjà que bon nombre d’acteurs internationaux contestent cette situation et aimeraient assez y mettre un terme. Les Chinois ne se sont pas privés pour le dire et d’autres, telle la Russie, y trouveraient volontiers leur compte. Si nos Eurarques avaient un tant soif peu de jugeote, ils tiendraient compte de cette situation et cesseraient de s’accrocher à leur satanée monnaie pour revenir à une gestion plus saine des choses. Autant dire que ce n’est pas pour demain. Les « vieux-croyants » de l’Euro ne tiennent pas vraiment à voir leur monde s’écrouler et que devienne enfin évidente leur incurie et leur bêtise.

Cela posé, la situation politique à Washington a de quoi rendre franchement inquiet. Ce pays est devenu ingouvernable. -D’abord à cause de la radicalisation politique. Le parti républicain ne se remettra jamais d’avoir perdu le principal levier de commande, et au-delà de cela, sa perte d’influence dans le pays est sensible. 70% des Américains le tiennent pour responsable de la situation. Les leaders républicains ont donc choisi la voie de la radicalisation, tenant à conserver leurs bastions les plus durs, les plus hostiles à la politique d’un Etat stratège et partisans de plus en plus résolus du repli sur soi ; c’est une ligne de fracture extrêmement profonde entre deux amériques.

Celle qui veut un mieux être et la conservation de sa position dans le monde, et celle qui volontiers frileuse préfère les délices de l’entre-soi et refuse toute idée d’ouverture et toute acceptation des changements fondamentaux qui sont intervenus dans le pays et au premier plan desquels se situe ]’évolution de la composition de sa population.

Ce n’est pourtant pas tout la lecture de l’entretien publié par Francis Fukuyama récemment en donne une illustration éclatante. Selon lui, la dérégulation et le paradigme de « l’efficience des marchés mis en avant par Eugène Fama dans les années 1970, amènent les lobbies à prendre de plus en plus d’importance et à se livrer à une politique de blocage de toutes les avancées qui ne leur conviennent pas. Leur puissance est telle qu’ils parviennent à empêcher la mise en pratique d’une politique dont leur pays a pourtant cruellement besoin. Le dogme de Fama a de long temps démontré son imbécillité et sa nocivité. Les « Petits Barons de Wall Street, comme les nomment les Chinois de plus en plus exaspérés, devraient enfin s’en rendre compte. L’égoïsme et la défense des intérêts particuliers prennent le pas sur le vivre ensemble et la saine politique. Le peuple américain en est parfaitement conscient qui en vient à une bonne majorité à souhaiter purement et simplement le remplacement de ses hommes politiques... La boussole américaine est définitivement détraquée, il est temps d’en trouver une nouvelle.

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