Encore 4 ans comme cela ?

Mardi 16 avril 2013 // La France

La question posée au premier ministre par la rédaction du journal du dimanche (31 mars) était celle-ci : « Arnaud Montebourg vous a-t-il vraiment dit au moment de Florange : "Tu fais chier la terre entière avec ton aéroport deNotre-Dame-des-Landes dont tout le monde se fout. Tu gères la France comme le conseil municipal de Nantes" ? » « Oui », a répondu Jean-Marc Ayrault. On s’insulte donc au gouvernement, et que se passe-t-il ? Rien.

Le mardi 26 mars à l’Assemblée, un député socialiste de Paris, Pascal Cherki, déclare : « La situation est très grave, nous sommes dans une marche à la crise très importante. Alors, quand on est président de la France, on n’est pas conseillergénéral de canton. » Cette fois, ce n’est pas le premier ministre qui est en cause mais le président de la République lui-même, et deux jours avant son intervention télévisée. Que se passe-t-il ? Rien. Au congrès du Parti de gauche à Bordeaux, Jean-Luc Mélenchon reprend à son compte la dénonciation par l’un de ses porte-parole de Pierre Moscovici, ministre des Finances, qui « ne pense pas français ». Qui retourne l’attaque et en tire les conséquences ? Excepté Moscovici, pas grand monde.

C’est donc Jean-Christophe Cambadélis, autre député socialiste de Paris, plus libre de sa parole depuis que Harlem Désir lui a été préféré pour la tête du PS, qui observe le 27 mars sur BFM TV que ministres et dirigeants socialistes ne soutiennent pas le président de la République : « Ils l’entourent, dit-il, et le regardent agir. » Quel exemple de solidarité politique ! Décidément, l’ennemi est toujours à l’intérieur... D’ailleurs, les électeurs de gauche ont franchi le pas : au second tour de la partielle de l’Oise, 40 % d’entre eux n’ont pas hésité à voter pour la candidate Front national. Mais cela ne surprend pas lorsque l’exécutif ne peut présenter à ses troupes que des démentis à ses engagements... Jusqu’à l’aveu final de Jérôme Cahuzac reconnaissant qu’il possédait un compte à l’étranger !

Sans doute est-ce à la lumière de ce climat délétère à gauche qu’il faut lire deux informations. La première était cachée dans la liste des magistrats nommés dans la promotion de Pâques de la Légion d’honneur. Y figure en effet comme chevalier le président du tribunal de grande instance de Bordeaux, Jean Seither. Une manière pour la chancellerie d’afficher son soutien aux magistrats bordelais au moment où l’un d’eux met Nicolas Sarkozy en examen. Et où François Hollande compte bien que cette affaire puisse poursuivre le plus longtemps possible son principal adversaire. L’autre information à retenir, nous la tenons de la bouche même du chef de l’État, lors de son entretien télévisé du 28 mars.

À propos de la baisse des dépenses militaires, il répond : « L’annonce que je vous fais pour éviter que ce débat ne continue est que nous dépenserons en 2014 exactement le même montant qu’en 2013. » Le débat était en effet ouvert depuis plusieurs semaines : on envisageait de réduire le budget de la Défense de 25 % en cinq ans. Les sénateurs, puis les députés, à commencer par les socialistes, avaient allumé des feux de détresse. Et pas seulement pour défendre la souveraineté de la France, mais aussi pour des motifs de paix intérieure.

Les gendarmes sont des militaires et les renseignements qu’ils font remonter de l’état de l’opinion traduisent un réel sentiment d’exaspération : allait-on les exaspérer eux aussi ? De même, le nombre de militaires d’active ou de réserve présents dans les rassemblements de la "manif pour tous" révélait un facteur de tension supplémentaire. Or François Hollande a pu mesurer, en donnant ses instructions pour intervenir au Mali, à quel point les armées répondaient avec efficacité « j’ai pu apprécier la qualité de notre outil militaire », a-t-il confirmé : ce n’était donc pas le moment de dégrader cet outil, ni de prendre le risque personnel de perdre son autorité de chef des armées.

Mais peut-il en rester là ? Peut-il se borner à observer avec placidité le désordre dans son camp et le degré d’impopularité qui est le sien, dans l’attente d’une « inversion de la courbe du chômage » ? Le temps est rarement galant homme. Jean-Louis Borloo nous prévoit déjà une dissolution à l’horizon. Si c’était le cas, la défaite de la gauche serait évidente, mais la droite n’est pas sûre d’être prête et de pouvoir ensuite battre Hollande dans quatre ans. Autre hypothèse : le changement de l’équipe gouvernementale, aveu d’échec de celle-ci. Avec quelle direction la gauche irait-elle alors aux municipales ? Dans tous les cas, François Hollande est entré dans un tunnel dont on ne voit guère la sortie.

À la radio, le mercredi à 8 h 50 sur France Info dans le Duel des éditorialistes ; à la télévision, le jeudi 11 avril à 10h10 sur LCI dans Choisissez votre camp.

 

 

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