En ordre de bataille

Samedi 20 juillet 2013 // La France

C’est sur la question de l’âme de la France que la droite fera ou non la différence. Sur ce quelle saura répondre aux socialistes qui s’emploient à sacrifier ses racines.

Cette droite promise à l’éclatement, aux querelles d’ego et aux coups tordus a su faire son unité. Un chef de parti, des candidats, un plan de bataille. Près de 90 000 adhérents UMP ont décidé de solder le passé et de tourner la page d’une vilaine et fratricide comédie. « Cette unité, nous la devions à nos militants », a dit Jean François Copé au lendemain du vote. Ce sont donc bien les militants qui l’ont imposée. L’auraient-ils obtenue s’ils n’en avaient pas manifesté la volonté pendant des mois de manifestations ? Cette unité est l’un des succès collatéraux de la "manif pour tous" : avoir su mettre la droite, toute la droite, en ordre de marche.

Certes, les défilés n’ont pas empêché le mariage gay d’entrer à la Mairie mais ils ont donné une bonne dose d’adrénaline à une droite si souvent complexée devant une gauche omniprésente à travers ses mots d’ordre dans les institutions, les "élites" et trop de médias. Avec la "manif pour tous", elle a révélé une formidable capacité de résistance qui n’est pas près de s’éteindre. On l’observe tous les jours. Une génération est née pour un combat qui ne peut que s’élargir. Les électeurs auraient-ils voté à 100 % pour l’UMP et le Front national au second tour de l’élection partielle de Villeneuve-sur-Lot si un mouvement de fond n’avait pas laissé partout ses traces ?

Pour autant, nous ne sommes pas place Al-Tahrir, au Caire ; l’armée n’adresse pas d’ultimatum au pouvoir politique, même s’il a failli. Nous avons des institutions et un calendrier qui s’imposent à tous. La prochaine bataille est celle des municipales, suivie par celle des élections européennes. Certes, on ne vote pas la loi dans un conseil municipal, mais la commune est le passage obligé de l’apprentissage politique. Les élus y apprennent leur métier, le maire, la gestion des hommes et du patrimoine. Il y a deux vrais pouvoirs dans le pays, le maire et le président de la République. Ce ne sont pas des élections secondaires. Prendre une ville au parti adverse, c’est comme toujours lui enlever une place forte, des moyens, une position. Promis à la disparition en 2007, les socialistes ont su reconquérir, scrutin après scrutin, les villes, les cantons, les régions, que la droite ne savait plus défendre. Ils ont ainsi reconstitué leurs réserves avant de s’engager dans la préparation de la "mère des batailles", la présidentielle. Exemple à suivre.

Comme toutes les autres, la bataille des municipales se jouera sur des personnes et des projets. Sans doute plus qu’ailleurs sur des personnes, mais même là, sur des idées : sur ces convictions qui fournissent un cap à l’action. On ne change pas de convictions selon les élections. D’où la nécessité d’avoir une vision claire de ce que l’on veut pour le pays et de ce que l’on a à lui dire. Ce serait une grave erreur de compter, pour le défaire aux élections, sur l’échec économique de François Hollande. Sa cote de popularité est peut-être indexée sur la courbe du chômage, mais la popularité, bonne ou mauvaise, ne fait pas le vote. Des gouvernements ont été battus malgré leurs succès économiques, voyez Tony Blair en Grande-Bretagne ou Gerhard Schrôder en Allemagne ; d’autres l’ont été aussi en plein redressement, comme Mario Monti en Italie. Lionel Jospin a été battu et même humilié en avril 2002 alors qu’il avait repris des points de croissance et amélioré les comptes comme Jacques Chirac d’ailleurs en 1988.

C’est sur le destin des Français, sur leur manière de vivre ensemble, que se séparent les deux camps opposés. Nicolas Sarkozy en avait eu la juste intuition, l’an dernier, en entrant en campagne. S’il a pu remonter la pente et se trouver à 1,4 point
du vainqueur (au premier tour), ce n’est pas en faisant des promesses de hausse du pouvoir d’achat. Mais en posant la question de l’âme de la France. Il n’est pas parvenu au succès, mais ce thème aura dominé tous les autres durant les mois de défilés que l’on a vécus.

C’est donc sur cela que la droite fera ou non la différence. Sur ce qu’elle saura répondre aux socialistes qui s’emploient à sacrifier aux artifices de la mode le creuset intime d’une identité, en s’attaquant à ses racines culturelles et religieuses, à fragiliser une société appelée à affronter le retour de la barbarie en laissant prospérer les voyous, sans être capable de ramener par l’autorité à l’école des enfants abandonnés à la dérive. Le reste suit. Quand François Hollande se dresse soudain pour protester vigoureusement contre l’espionnage américain dont nous sommes les pauvres victimes, ne soyons pas naïfs, c’est à lui qu’il incombe de ne pas laisser les Français sans défense.

 

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