En face de chez nous

Vendredi 7 août 2015 // La France

Louis XIV roi de France. Le Souverain magnifia la France. Les chefs de la planète vinrent tous à Versailles présenter à Louis respect et admiration. Le roi-soleil est le contraire du criminel Corse. Le dictateur Bonaparte ne fut qu’un chef de guerre orgueilleux, un tueur comme l’étaient Hitler ou Staline.

Les flux de migrants peuvent-ils devenir des "bombes humaines" ? "Pas encore", dit Le Drian, mais, "si l’on ne prend pas les mesures urgentes, c’est possible demain ; y a-t-il un adulte dans la salle ? L’apostrophe de Christine Lagarde concernait la négociation avec les Grecs. Elle aurait pu tout aussi bien s’appliquer depuis des semaines à la gestion de la crise des migrants par ces mêmes Européens. Mais ce lundi 22 juin, les ministres de l’Union sont sortis de leurs enfantillages en se mettant d’accord sur la phase 1 d’un plan d’action en Méditerranée : puisque tout commence par le renseignement, alors on met le paquet sur la collecte du renseignement dans tous les pays concernés. Il s’agit de savoir où sont les migrants, d’où ils viennent, quelles filières ils empruntent et surtout quels réseaux de trafiquants leur font traverser la mer... Une première phase qui en précède deux autres, l’interception par la force des bateaux de trafiquants en mer et la destruction de ces navires dans les eaux territoriales africaines avant qu’ils aient pu embarquer ces convois de milliers d’hommes désespérés surgis du désert. Les Européens auraient-ils enfin compris que leur Union risquait beaucoup plus d’exploser sous la pression d’un mouvement migratoire exponentiel que sous celle de la dette grecque ?

Avant de pouvoir ramener la stabilité et la paix au sud de la Méditerranée, d’y apporter l’électricité et le développement, l’urgence est de tarir les sources d’un flux continu qui ne cesse de gonfler. Plus ces réfugiés fuient des régions instables, plus ils abandonnent le terrain aux milices rebelles de toutes natures, trop heureuses de se rallier aux bannières noires de l’État islamique.

Où est la source principale ? En Libye. « Merci, Sarkozy », dit aussitôt le stratège sans mémoire. Comme si le maintien de Kadhafi au pouvoir et la guerre civile qu’il allait déclencher en Cyrénaïque n’auraient pas provoqué, il y a quatre ans, un mouvement d’émigration pire que celui auquel nous assistons (nous ne sommes pas intervenus en Syrie - cela a-t-il ralenti le flot des réfugiés ?). Cela ne signifie pas que Français et Britanniques n’aient pas commis une erreur majeure après avoir renversé Kadhafi. jean-Yves Le Drian, le ministre de la Défense, le reconnaissait, dimanche (au Grand Rendez-vous Europe 1-le Monde- i Télé) : « Nous n’avons pas bien anticipé la capacité des Libyens à assurer par eux-mêmes la stabilité de leur pays. » On a pris beaucoup de retard à réagir - mais nous étions, nous Français, déjà engagés au Mali et en Centrafrique - et aujourd’hui, dit Le Drian, la Libye est « un pays en lambeaux ».

Or, cela se passe en face de chez nous - à une nuit de mer. Deux factions libyennes hostiles se disputent le pouvoir. Les djihadistes du califat islamique en ont aussitôt profité : selon le ministre de la Défense, ils occupent actuellement 200 kilomètres de côtes libyennes, entre Derna et Syrte, alors que Dae’ch n’y existait pas il y a deux ans. Qu’est-ce que cela signifie ? Que les djihadistes pourront, dès qu’ils en auront les moyens, s’emparer de Benghazi ou de Tripoli, qu’ils sont déjà maîtres des plages situées au long de ces 200 kilomètres, c’est-à-dire des trafics de migrants clandestins et, par conséquent, de ces milliards de dollars qu’encaissent les passeurs.

Si l’on ne faisait rien, on laisserait prospérer les milices de Dae’ch sur ces côtes, accroissant les mouvements migratoires en même temps que les recettes du trafic. Il y a donc là une double charge explosive, celle du flux de migrants et celle du financement du djihadisme. La question a été posée au ministre de la Défense : ces flux de migrants peuvent-ils se transformer en "bombes humaines" ? « Pas encore », a répondu Le Drian, mais, a-t-il ajouté, « si l’on ne prend pas les mesures urgentes, c’est possible demain ».

Pour désamorcer la bombe, il faut pouvoir frapper. Comment ? Les Européens n’ont pas en Méditerranée la liberté d’agir des Français au Mali. Les phases 2 et 3 du plan d’action européen supposent, d’une part, une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies, d’autre part, l’accord des autorités libyennes. Français et Britanniques travaillent, depuis le 6mai, à un projet de résolution à l’Onu ; mais si la Russie de Vladimir Poutine y oppose son veto, cela n’ira pas plus loin ; si l’on veut obtenir son accord, cela se paiera de contreparties... Quant aux autorités libyennes, lesquelles ? Il faudra bien, pourtant, qu’elles fassent un choix : ou bien résister à la vague djihadiste, ou bien se faire submerger.

La destruction de Dae’ch en Libye est possible. L’exemple du Mali est là pour le démontrer : l’intervention militaire française a été suivie par un accord politique qui vient d’aboutir ; les chefs djihadistes ont été neutralisés. « L’insécurité, dit Le Drian, qui était en Afrique lundi dernier, a changé de camp. » Les Français ont su le faire ; pour les Européens, c’est une question de volonté. Ce n’est pas le moins difficile.

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