En attendant OBAMA.

Vendredi 7 mars 2014 // Le Monde

Le président des Etats-Unis se rendra en mars à Riyad. Il écoutera les doléances des Saoudiens, partisans d’une Amérique plus agressive. Mais ne changera pas de politique.

Lorsque Barack Obama a décidé de s’adresser au "monde musulman" [en 2009], peu après son arrivée à la Maison-Blanche, il avait choisi de le faire depuis le coeur du monde arabe, un coeur qui ne battait presque plus : Le Caire, en Egypte. En mars, presque cinq ans plus tard, il se rendrai Riyad, une capitale qui aimerait bien devenir le nouveau centre du monde arabe. Cette fois, l’accueil risque d’être différent. Au cours de ces cinq années, les cartes ont été complètement redistribuées au Moyen-Orient, l’Amérique n’est plus perçue de la même façon dans la région et le rôle qu’elle doit y jouer reste à définir.

Après le discours sur l’état de l’Union d’Obama [le 29 janvier], d’une grande indigence en matière de politique extérieure, et où l’Irak et la Syrie ont à peine été évoqués, certains n’ont pas caché leur déception. Selon eux, le Moyen-Orient attendait davantage d’un président entré en fonctions avec de grandes ambitions pour les relations des Etats-Unis avec le monde musulman.

Mais quelles sont les attentes d’Obama au Moyen-Orient ? Essentiellement trois choses : de petites victoires, pas de guerre et le bénéfice d’une réputation d’artisan de paix. M. Obama a encore deux ans, voire un peu moins puisqu’il reste dix-neuf mois avant le début de la campagne présidentielle de 2016. Il ne se présentera certes pas, mais fera tout pour assurer la victoire du candidat démocrate. Ce qui veut dire que le bilan de ces huit années doit être irréprochable.

Vous connaissez la plaisanterie. Quand on est poursuivi par un lion, le tout n’est pas de courir plus vite que le lion mais de courir plus vite que son voisin. Or ce voisin, dans le cas d’Obama, c’est George W. Bush, l’homme qui a entraîné son pays dans deux guerres catastrophiques. Et Obama pense qu’il lui suffit de démontrer à quel point il est différent de son prédécesseur. Il ne va pas courir le risque de lancer son pays dans un conflit aussi hasardeux que la Syrie, où l’on imagine mal une campagne militaire sans de lourdes pertes. Il retirera ses hommes d’Afghanistan, poursuivra les tentatives de rapprochement entre Israéliens et Palestiniens et cherchera à instaurer un dialogue avec les parties en présence en Syrie. Et peu importe si l’Irak souffre toujours, si l’Afghanistan se retrouve dans le chaos en cas de retrait prématuré des troupes américaines, si les leaders israéliens les plus chevronnés restent sceptiques sur les intentions de leur principal soutien étranger ou même si le dialogue reste impuissant à résoudre le conflit syrien.

Ceux qui pensent que M. Obama n’est pas assez impliqué au Moyen-Orient se trompent : au contraire, il est très impliqué très impliqué à se désimpliquer. Il a donc sans doute décidé de mettre tous ses oeufs diplomatiques dans le même panier du rapprochement avec l’Iran. Ce qui pourrait s’avérer très habile pour deux raisons stratégiques liées aux élections.

Artisan de paix. Tout d’abord, quel prestige de réussir à opérer un rapprochement (ou au moins d’avoir l’air de procéder à un rapprochement) avec l’Iran après plus de trente ans d’inimitié ! Ce serait un beau trophée pour Obama, qui pourrait présenter ce succès comme l’aboutissement de ses talents d’artisan de paix. Quel contraste avec George W. Bush ! Avoir préféré le dialogue avec le voisin de l’Irak et en être sorti vainqueur. Deuxièmement, de meilleures relations avec l’Iran pourraient permettre toute une série de petites avancées diplomatiques au Moyen-Orient : en Irak, en Syrie et au Liban. Ces avancées ne vont certes pas mettre fin à la guerre civile en Syrie ni résoudre les questions religieuses en Irak, mais permettraient à Obama de dire que, si les problèmes de la région sont difficiles à résoudre, il a au moins apporté sa pierre à l’édifice de paix. Malheureusement, ce ne serait pas très honnête. Obama veut pouvoir lancer la campagne présidentielle en affirmant que, contrairement à George W. Bush, il a sorti les Etats-Unis de deux grandes guerres et a empêché leur entrée dans une troisième. Un bon point pour lui. Mais une tragédie pour la Syrie.

Car ce que M. Obama attend du Moyen-Orient et ce dont le Moyen-Orient a besoin sont deux choses différentes. Depuis le discours du Caire, les Etats-Unis ont simplement pris de mauvaises décisions. M. Obama va probablement entendre ces arguments à Riyad. Mais il ne changera pas d’avis.

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