Médiapart

En Grèce, la solidarité en alternative à la misère.

Par Amélie Poinssot

Mercredi 17 avril 2013 // L’Europe

Europe du Sud : les gagnants et les perdants de la crise (3/10)

Athènes, correspondance

Ce jour-là, Vicky se rend pour la première fois dans la toute nouvelle clinique de médecins bénévoles de Korydallos, une commune des quartiers sud-ouest de la métropole athénienne. Cette dame de 49 ans vient consulter, gratuitement, le cardiologue, mais surtout, faire ses premiers pas auprès des bénévoles du secrétariat. « Il vaut mieux ça que rester enfermé tout seul chez soi… »

Clinique sociale de Korydallos : consultation d'un cardiologue
Clinique sociale de Korydallos : consultation d’un cardiologue© Amélie Poinssot

La clinique a ouvert ses portes il y a un mois, à l’initiative de citoyens de Korydallos et des communes voisines. Elle accueille tous les patients qui ont perdu leurs droits à la Sécurité sociale. Et ils sont nombreux, dans cette commune où le taux de chômage est bien au-dessus des moyennes nationales. En Grèce, au bout d’un an sans emploi, on perd non seulement ses droits aux allocations chômage, mais aussi sa couverture sociale. De plus, de très nombreux commerçants ou auto-entrepreneurs ne parviennent plus à payer leurs cotisations à la caisse d’assurance sociale des travailleurs indépendants cotisations qui s’élèvent à environ 400 euros mensuels pour une personne.

C’est le cas de Vicky, acculée à la fermeture de sa boutique de vêtements il y a trois ans. En réalité, elle n’a jamais pu procéder à la liquidation de sa micro-entreprise, déjà endettée à l’époque auprès des impôts et de sa caisse d’assurance sociale : impossible de fermer les comptes dans ces conditions. Depuis, ses dettes ont explosé : Vicky doit aujourd’hui plus de 10 000 euros à sa caisse d’assurance, et tant qu’elle ne s’acquittera pas de cette somme, elle ne pourra prétendre au carnet de « protection sociale » ce statut qui, sous certaines conditions très restrictives, permet aux plus démunis d’être pris en charge par le système national de santé.

« C’est absurde : si je pouvais payer mes cotisations, je n’en aurais pas besoin, de ce carnet ! C’est justement ma situation d’endettement qui fait que j’en ai besoin. » Vicky n’a pas non plus réglé ses factures d’électricité depuis trois ans. L’an dernier, elle a passé, avec son mari et sa fille de onze ans, six mois sans électricité. « Plusieurs fois, nous avions rétabli le courant illégalement, jusqu’à ce que la DEI (l’équivalent de EDF en Grèce  ndlr) nous coupe les câbles. » Un électricien bénévole est venu rebrancher le courant en décembre une pratique fréquente à Korydallos, où de nombreux foyers ont été privés de courant, faut d’avoir réglé leurs factures. Or c’est via ces mêmes factures que le gouvernement a décidé, l’an dernier, de prélever un nouvel impôt immobilier : autant de revenus fiscaux qui ne rentrent pas dans les caisses de l’État…

« On nous force à vivre illégalement, à devenir des fraudeurs fiscaux, lâche Vicky. On nous dit que tout cela, c’est pour éviter la faillite de l’État. Mais la faillite, on y va tout droit, et dans mon cas, cela ne peut qu’être positif : je n’ai plus rien à perdre ! » La maison de Vicky a été hypothéquée. Sans aucune ressource, le ménage se nourrit auprès des distributions de nourriture organisées par la mairie ou l’Église.

À quelques encablures de la clinique, sur la commune limitrophe de Nikaia, le réseau « Solidarité pour tous » distribue, lui aussi, des sacs de nourriture. L’action a démarré en décembre dernier ; plus de 150 familles bénéficient ainsi d’une aide alimentaire substantielle, une fois par mois. La collecte se fait à la sortie des supermarchés du coin, le samedi matin. « Mais il ne s’agit pas de philanthropie, explique Nikos. Il n’est pas question de faire des dons pour se donner bonne conscience. Le but, c’est de mobiliser les gens, de les pousser à l’action, de développer des alternatives au système... »

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