En France : Une illusion de puissance.

Mercredi 25 avril 2012 // La France

Drapeau de FranceLes candidats à l’Elysée veulent laisser croire que la France préside encore à son destin. Ce faisant, ils débattent de tout, sauf de ce qui importe.

Ce qui frappe les observateurs dans la course à l’Elysée, c’est ce postulat central - beaucoup diraient ce leurre : la France serait une île. Oubliés, le reste du monde, les pays émergents d’Asie, la crise de la zone euro,la suprématie de l’Allemagne en Europe ! Le prochain président de la V° République agira comme bon lui semble. Qu’importe la mondialisation, la France est maîtresse de son propre destin.

Dans tous les pays, le même genre de déni peut être observé en période électorale. Les politiciens ont du mal à admettre que les propos qu’ils tiennent dans le cadre de la campagne sont déterminés par les événements et la situation dans le reste du monde. Mais, aujourd’hui, les choix de la France sont plus limités que jamais depuis la Seconde Guerre mondiale. La lutte que le pays mène depuis un demi-siècle pour conserver son statut et son influence dans le monde devient de plus en plus difficile.
Dire que les Français n’apprécient guère Nicolas Sarkozy est en dessous de la réalité. Certains ne supportent pas son côté "bling-bling", d’autres le fait qu’il n’appartient pas à l’élite. Sous ses dehors républicains, la France est une autocratie. Le président, entend-on dans les-soirées parisiennes, n’a pas fait l’Ecole nationale d’administration (ENA). Pis encore, il a une formation d’avocat. François Hollande est peut-être de gauche, m’a dit un Français l’autre jour, mais au moins, c’est un homme cultivé.

C’est d’ailleurs à peu près tout ce que nous savons du candidat socialiste. M. Hollande a gravi les échelons de son parti sans laisser beaucoup de traces. Même ses partisans sont partagés sur ses convictions. Son aversion pour les ploutocrates du monde de la finance semble bien réelle, mais, ces derniers temps, ce sentiment se retrouve dans tout l’éventail politique de même que la promesse de contrôler les abus des banques. Peut-être François Hollande est-il allé un peu loin en annonçant une tranche d’impôt à 75 % pour les très hauts revenus, mais y a-t-il un politicien, de quelque bord que ce soit, pour se ranger du côté des financiers ?

Faire preuve de populisme durant la campagne est une chose, mais, une fois élu, François Hollande amorcera-t-il vraiment un sérieux virage à gauche pour rompre avec la discipline économique imposée à l’Europe parla chancelière allemande Angela Merkel ? Après un premier accrochage avec Berlin, ne marchera-t-il pas sur les traces de François Mitterrand en se repositionnant au centre ? A Paris, j’ai entendu les deux avis dans la classe politique, mais le second est de loin le plus courant.

Bien sûr, le président à son propre lot de contradictions. Il a davantage contribué à la modernisation de l’économie française que certains ne le reconnaissent. Aussi étrange que cela puisse paraître aux yeux des Anglo-Saxons, le report de l’âge de la retraite à 62 ans n’était pas une tâche facile. L’un des principaux axes de son programme économique est un effort national pour égaler la compétitivité et la flexibilité de l’Allemagne. La France est par ailleurs un pays profondément commerçant. M. Sarkozy veut faire voter un "Buy European Act" [une loi destinée à réserver une partie des marchés publics européens aux PME européennes] pour faire barrage aux importations de produits chinois bon marché. Il souhaite aussi verrouiller davantage les frontières internés de l’espace de Schengen.

Une mentalité d’insulaire

La plupart des pays européens soutiennent le président sortant, car, malgré ses travers, il a le mérite d’être connu. Lors d’un sommet qui a eu lieu au mois de mars à Bruxelles, on a entendu Angela Merkel discuter des sondages français. Il est ; déjà assez difficile de traiter avec "Nicolas", a-t-elle confié à un autre dirigeant de la zone euro. Avec M. Hollande, ce serait impossible. La promesse du candidat socialiste de renégocier le pacte budgétaire exigé par l’Allemagne en contrepartie du sauvetage de la zone euro ne lui fait guère d’amis à Berlin.

David Cameron a eu ses différends - souvent publics - avec Nicolas Sarkozy, mais quand le candidat socialiste s’est rendu à Londres il y a quelque temps, la porte du Downing Street [résidence officielle du Premier ministre britannique] lui est restée fermée. On soupçonne Mario Monti devoir en M. Hollande un allié potentiel dans ses efforts pour convaincre Mm Merkel d’introduire une dimension de croissance dans les traités européens. Mais jusqu’ici, le président du Conseil italien a maintenu une distance diplomatique avec lui.

Pendant ce temps, MM. Sarkozy et Hollande s’arrangent pour tourner le dos au reste du monde. On ne décèle dans leur campagne aucune reconnaissance des contraintes imposées par la mondialisation et l’évolution de l’équilibre géopolitique. Pourtant, la réalité, si désagréable soit-elle, est que la stratégie menée par la France depuis le milieu des années 1950 pour conserver son influence est à bout de souffle. Et, soit dit en passant, la Grande-Bretagne en est au même point. Après la crise de Suez, Paris a considéré qu’il était essentiel, pour conserver son influence dans la communauté internationale, d’assurer le leadership en Europe. La Grande-Bretagne, elle, pensait devenir la Grèce de la Rome américaine.

Revoir ses ambitions

Mais les deux pays ont été dépassés par les événements. L’idée que la France est l’égale de l’Allemagne a été mise en pièces par la crise de la zone euro. Aujourd’hui, l’Elysée a le choix de se rallier à Berlin ou de diriger les pays de deuxième rang du sud de l’Europe. Je ne connais pas un seul décideur politique français qui ne choisirait pas la première option. Mais la soumission à l’Allemagne ne sera pas facile. Quant à la Grande-Bretagne, elle doit reconnaître que l’intérêt géostratégique des Etats-Unis se polarise désormais sur l’Asie. L’accueil chaleureux que Washington continue de réserver aux Premiers ministres britanniques est à la fois un ersatz et un signe de son influence.

La vérité est que ces deux anciennes grandes puissances sont à la dérive. Tôt ou tard, elles devront emprunter une voie moins ambitieuse. Mais ce n’est pas chose à dire pendant une élection.

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