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En Essonne, NKM bataille pour son siège malgré le boulet Sarkozy.

Mardi 19 juin 2012 // La France

 « Ce sera très serré », reconnaît son équipe. Dans l’Essonne, Nathalie Kosciusko-Morizet bataille pour sauver son siège de députée mais aussi sa carrière politique. Cette 4e circonscription a toujours été acquise à la droite, “NKM” l’avait emporté avec 56 % des voix en 2007. Cinq ans après, elle est talonnée par le maire socialiste de Marcoussis, Olivier Thomas (39,46 % contre 36,29 %). Elle perd 7,5 points au premier tour quand il en gagne 11. Sans réserves de voix pour ce duel, elle est dépendante des 11,4 % d’électeurs du Front national. Mais avec l’étiquette Sarkozy et les appels de Marine Le Pen à la faire battre, la tâche est compliquée.

Nathalie Kosciusko-Morizet à sa permanence le 13 juin.
Nathalie Kosciusko-Morizet à sa permanence le 13 juin.© M.T.

Il est près de 23 heures à Longjumeau, la ville dont elle est maire. L’ancienne ministre est « claquée ». Elle fume une cigarette dehors, après avoir enchaîné une réunion publique, un échange avec des sympathisants et une journée de porte-à-porte. On lui pose cette question. Pourquoi avoir porté, pendant la campagne présidentielle, cette parole sarkozyste qui ressemblait, sous bien des aspects, aux discours qu’elle-même avait fermement dénoncés dans un livre (Le Front antinational, éd. Du Moment, juin 2011 - lire notre article) ? Jusqu’où Nicolas Sarkozy aurait-il pu aller dans cette campagne nauséabonde sans qu’elle émette la moindre objection publique ?

Elle n’a pas bronché quand son candidat s’est lancé dans la chasse ostensible aux électeurs du Front national, ciblant les immigrés, les « musulmans d’apparence », les « assistés », le « terrorisme du système médiatique », parlant du hallal dans les cantines, des « excisions sur le territoire de la République », réclamant des « frontières », partout. Elle n’a rien dit quand, à Longjumeau, le 24 avril, il a expliqué : « Je suis pour la préférence communautaire, mais je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas être pour la préférence nationale. » Pas réagi non plus, lorsqu’il a estimé que Marine Le Pen était « compatible avec la République ».

« Je pense sincèrement que Sarkozy était le meilleur président pour la France et que ce qui se passe (avec l’arrivée de Hollande au pouvoir- ndlr) est une erreur sur le fond », répond-elle. « Mais vous n’adhérez jamais à 100 % à tout. C’est toujours compliqué d’être porte-parole, surtout avec un caractère comme le mien. J’ai accepté, je l’assume. » « Je portais ses propositions à lui », insiste-t-elle, comme pour se désolidariser de Patrick Buisson (qui l’a attaquée pendant la campagne). C’est pourtant bien la stratégie de droitisation de cet ancien de Minute qui été choisie. « J’ai enchaîné la présidentielle et les législatives, je n’ai pas encore eu le temps d’y repenser. J’écrirai peut-être un livre, on en reparlera, mais là, vraiment, je ne suis pas là-dedans », tranche-t-elle.

La permanence de Nathalie Kosciusko-Morizet.
La permanence de Nathalie Kosciusko-Morizet.© M.T.

Nathalie Kosciusko-Morizet n’est pas « là dedans », mais elle doit tout de même faire avec le sparadrap Sarkozy, et le rejet de celui-ci, exprimé jusque dans sa ville à la présidentielle (Hollande a recueilli 55,49 %). « Elle est associée à Sarkozy, c’est évident », reconnaît Guillaume Andraud, son chef de cabinet à la mairie de Longjumeau. « C’est une charge, elle va peut-être le payer, mais les idées de Nathalie, ce sont celles de Nathalie », estime Jilali Zinabi, conseiller municipal dans sa majorité. « C’est une petite erreur, mais son livre contre-balance un peu », veut croire Michel Chevtchenko, commerçant et président d’association à Longjumeau. Déçu de l’UMP, il se rabattra pourtant sur elle au second tour : « Je la connais, et ses convictions, ce sont celles de son livre ! »

Son adversaire socialiste ne manque pas de lui rappeler ses récentes fonctions. « C’est une faute politique majeure », estime-t-il, en dénonçant les trois « reniements » de la candidate : « Un jour, elle se prononce contre Marine Le Pen et écrit un pamphlet, un autre elle boit les paroles de l’ex-président de la République qui tente désespérément de rallier les voix du FN, un troisième, elle opte pour le “Ni FN - Ni Front de gauche” de son propre parti, écran de fumée qui vise à couvrir les alliances UMP-FN qui se multiplient dans le pays. »

Ce reportage a été réalisé le 13 juin à Longjumeau (Essonne). Nathalie Kosciusko-Morizet a été interviewée avant et après la réunion publique. Le candidat socialiste n’a donné suite à notre demande que le 14 juin et a donc été interviewé par téléphone.

La commissaire de police de Longjumeau a été jointe le 14 juin.

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