En Côte d’Ivoire : Le Fpi choisit la Russie et non l’internationale socialiste.

Vendredi 24 janvier 2014 // L’Afrique

Molière Mignard Chantilly.jpg
www.innovation-democratique.org
https://twitter.com/PVaurs

Le Front populaire ivoirien (FPI), le parti de l’ancien président, Laurent Gbagbo, actuellement, en prison à la Cour pénale internationale (CPI), ne fait-il plus confiance aux camarades de l’Internationale socialiste dont il est un éminent membre depuis plusieurs années ? La crise sanglante vécue par la Côte d’Ivoire, avec l’assaut donné par les Forces françaises épaulées par les miliciens des Forces nouvelles, en avril 2011, est, semble-t-il, passé par là. Délogé de son bunker de la présidence où il se terrait, Laurent Gbagbo, complètement hébété, avait été conduit en « lieu sûr », avant d’être livré, fin 2011, pieds et mains liés, à la CPI.

Si Nicolas Sarkozy officiait à l’Elysée comme chef de l’Etat, les relations entre Laurent Gbagbo et le parti socialiste français, n’étaient plus au beau fixe. Celles-ci s’étaient considérablement distendues alors que François Hollande était le premier secrétaire du parti. L’arrivée de Martine Aubry n’y avait rien changé, sur le fond, la maire de Lille, adoptant une ligne de conduite beaucoup plus dure vis-à-vis du président ivoirien, que son prédécesseur, qui deviendra, contre toute attente, le successeur de Nicolas Sarkozy, en mai 2012. Autrement dit, Laurent Gbagbo avait tellement abîmé les relations entre son pays et la France qu’il ne pouvait plus compter sur un ami sûr aussi bien à droite qu’à gauche.

D’aucuns s’étaient étonnés que l’armée française, à la demande de Nicolas Sarkozy, donne l’assaut pour installer Alassane Ouattara au pouvoir alors que Laurent Gbagbo avait cédé des pans entiers de l’économie ivoirienne aux amis de l’ancien président français, croyant peut-être qu’il aurait, en contrepartie, la paix sur le plan politique. Rien à faire. Il eut tout faux.

Droite ou gauche, il y a continuité de la politique française sur ce dossier, Laurent Gbagbo est non présentable même pour ses amis socialistes de Paris.. Alassane Ouattara aurait été moins « acceptable » pour la gauche au pouvoir si Laurent Gbagbo ne s’était pas comporté comme un « voyou », selon un terme utilisé par l’ancienne première secrétaire du parti socialiste. Résultats, les soutiens de Gbagbo au sein de l’appareil socialiste français, se limitaient à Jack Lang et Henri Emmanuelli pour désigner les éléphants du parti.

La mauvaise eau ne cesse de couler sous le pont, ce qui contraint le FPI à nouer d’autres alliances. Pour faire accepter ses propositions en faveur de la réconciliation nationale à Alassane Ouattara (qu’il considère toujours comme le diable incarné), le FPI, au lendemain de sa rencontre avec le Rassemblement des républicains (RDR), a couru, mardi 10 décembre, rencontrer l’ambassadeur de la Fédération de Russie en Côte d’Ivoire. Qui l’eût cru, il y a, encore, quelques années ?

Conduite par son président, Pascal Affi N’Guessan, et composée de plusieurs personnalités (pour ne pas faire de jaloux) dont les ex-ministres, Alphonse Douatty et Danon Djédjé, la délégation du FPI a été reçue par l’ambassadeur, Léonid Rogov, qui n’espérait pas tant. Le voilà donc mis au centre du jeu politique en Côte d’Ivoire, à moins de trois années d’une incertaine élection présidentielle pour Ouattara qui demande à être le candidat unique du RHDP, sans se faire entendre. Le diplomate russe qui va mettre, pour la première fois, ses talents de facilitateur entre les deux camps qui se haïssent cordialement, s’est dit disposé à accompagner ce processus, ce qui devra, tôt ou tard, énerver quelques « amis » traditionnels. Même étant loin du théâtre des événements, Laurent Gbagbo garde toute son influence au sein du FPI. D’autre part, l’ancien président est resté tout aussi imprévibible, ce qui avait l’air de dérouter, en son temps, ses petits camarades de l’Internationale socialiste qui savaient rarement par quel bout le prendre.

Le choix de l’ambassadeur russe n’est pas désintéressé. Le FPI souhaite que la Russie puisse faire inscrire le dossier de la réconciliation en Côte d’Ivoire dans l’agenda : du Conseil de sécurité, sachant qu’elle aura un autre allié sûr, la Chine, dans le concert restreint des pays membres permanents du dit conseil. Parmi les pays africains membres non permanents de ce conseil, le FPI mise sur le Rwanda que l’intervention de la France en Côte d’Ivoire avait outrée et qui trouve tout simplement intolérable le fait que Laurent Gbagbo soit prisonnier à La Haye. Le président rwandais, Paul Kagame, a été, avec son homologue ougandais, Yoweri Museveni, l’un des principaux porte-paroles des chefs d’Etat africains qui demandent, depuis un certain temps, que l’Afrique se retire de la CPI.

Répondre à cet article