Élever le débat.

Lundi 26 mars 2012 // La France

Drapeau de FranceL’élection présidentielle, faut-il le rappeler, est destinée à élire le chef de l’Etat. Or, selon l’article 5 de la loi fondamentale de la Ve République, celui-ci « veille au respect de la Constitution », « assure, par son arbitrage, le fonctionnement régulier des pouvoirs publics ainsi que la continuité de l’Etat » et « est le garant de l’indépendance nationale, de l’intégrité du territoire et du respect des traités ». Outre qu’il assure, d’après l’article 15, la charge de « chef des armées », l’article 52 prévoit qu’il « négocie et ratifie les traités » et le 64 qu’il « est garant de l’indépendance de l’autorité judiciaire ». Voilà à peu près tout ce qui y est dit, tandis que, si on lit l’article 20, on constate que « le gouvernement détermine et conduit la politique la nation ».

Tout cela a été en fait changé par la première grande modification constitutionnelle, l’élection du président de la République au suffrage universel de 1962, renforcée par l’adoption du quinquennat en 2000. La première a donné un poids sans commune mesure au chef de l’Etat tandis que la seconde a relativisé le rôle des députés, devenus une force d’appoint condamnée, sauf contradiction inattendue entre les consultations présidentielle et législative, à faire figure de « majorité présidentielle ». S’y est ajoutée la pratique de Nicolas Sarkozy d’une hyperprésidence, éventuellement accentuée par la désignation, en 2007, de son Premier ministre comme d’un simple « collaborateur » même s’il a cherché ensuite à la démentir.

Les promesses des candidats, et notoirement des deux principaux, ressortent souvent du secondaire et du détail, pour ne pas dire du gadget. Pour ce qui est de renégocier les accords de Schengen, cette proposition apparaît évidemment liée à la thématique de l’immigration abondamment développée par Nicolas Sarkozy. Elle ne manque pourtant pas de surprendre puisqu’elle remet en cause la cohésion européenne d’une manière qui n’est pas sans rappeler la volonté affichée par François Hollande d’aller voir les dirigeants européens pour « discuter ».

Le candidat socialiste se distingue également par de nouvelles propositions pour changer la Constitution. Après avoir envisagé d’y inclure la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat de 1905 alors que, depuis, elle a été modifiée plus de cinquante fois ! - il a suggéré, pour complaire à l’esprit du temps, d’enlever dans l’article 1er, la référence à l’absence de distinction de race. Cela a permis à Marine Le Pen, heureuse de draguer les voix gaullistes, de s’interroger : « Est-ce que vous croyez vraiment que ceux qui ont rédigé la Constitution étaient des racistes ? Est-ce que le général de Gaulle était un raciste ? ».

Tandis que les sondages n’évoluent guère, sinon vers un resserrement de l’écart entre les deux principaux candidats, les Français ne se montrent que médiocrement intéressés. Seul François Bayrou, mais qui n’arrive pas à progresser au-delà de 15% d’intentions, pourrait élever le débat.

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