Éducation : l’enseignement de l’histoire

Mercredi 15 juillet 2015 // La France

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La récente réforme des programmes scolaires a fait couler beaucoup d’encre, notamment en ce qui concerne la modification des programmes d’Histoire. Toutefois depuis plusieurs décennies, chaque nouveau gouvernement essaie tant bien que mal de s’emparer du thème de l’enseignement de l’histoire. C’est pourquoi nous avons désiré nous pencher sur ce que devrait être cet enseignement plutôt que de décrire vingt années de réformes souvent contradictoires.

Enseigner l’histoire n’est pas chose facile puisqu’il s’agit de partager avec un public d’élèves ou d’étudiants, une connaissance sur un passé commun, afin de lui dévoiler progressivement les étapes de construction de notre communauté nationale. Bien sûr en fonction de l’âge des élèves, la façon d’enseigner diffère quelque peu.

En école primaire, comme souvent dans le secondaire, le maître se trouve devant un public encore naïf et n’ayant des rapports avec l’Histoire que très épisodiquement, surtout à une époque où cette matière est concurrencée par différents loisirs. Le maître doit d’abord capter son jeune auditoire et lui enseigner une histoire à sa portée, c’est-à-dire une histoire faite par des héros auxquels l’enfant peut s’assimiler rapidement, tels Bertrand Du Guesclin ou le chevalier Bayard adoubant François 1er en 1515, autant d’échos à nos leçons du primaire. C’est ici que l’histoire du roman national prend tout son sens, car il s’agit bien de narrer les hauts faits de notre pays à des enfants, en s’appuyant non pas sur une histoire thématique émiettée comme te préconise la dernière réforme, mais sur une chronologie avec des dates clés à retenir, celles fondatrices de la France.

Cet apprentissage de l’histoire ne vise donc pas à former de simples citoyens, mais bien des Français, conscients de leur origine millénaire. Souvenons-nous de la fameuse leçon sur « nos ancêtres les Gaulois », enseignée y compris dans les colonies certes, elle pouvait sembler exotique aux enfants de l’Empire français, mais cette leçon, imposée par l’école républicaine qui plus est, participait de la construction d’une nation qui avait pour fondement une histoire commune. Or, la dernière réforme sacrifie cet esprit du roman national pour mieux prendre en compte la montée des exigences liée au déploiement des communautarismes. N’oublions pas trop vite que pour faire la France, il faut s’appuyer sur des fondations communes, car que nous soyons d’origine étrangère ou pas, en France, nous sommes tous les enfants de la Monarchie, de l’Empire et de la République. L’enseignement ne doit pas non plus céder aux logiques bien-pensantes de la réécriture, jeu dangereux car il tend à alimenter celui de la culpabilité. Français du XXIe siècle, nous n’avons pas à nous excuser ou à rougir des actes de nos ancêtres ni à tomber dans une repentance ridicule l’auto-flagellation n’a jamais conduit un peuple à s’aimer.

De même cet enseignement ne doit pas favoriser l’émergence d’une histoire globale, c’est-à-dire sans frontières ou mondialisée, qui remplacerait notre histoire nationale, car cela serait s’ouvrir aux autres pour ne pas se connaître soi- même. Il se trouve que malheureusement le nombre d’heures de cours d’histoire n’augmente pas et que le risque est donc grand de brader l’histoire qui nous unit. Cela ne veut pas dire qu’il ne faille pas connaître l’histoire d’autrui. D’ailleurs l’histoire de France est suffisamment universelle pour se pencher sur son influence par-delà le monde et notamment sur son rôle décisif dans l’émergence de l’idée européenne, tant son existence est liée à la longue construction capétienne, à la fulgurante conquête napoléonienne et à l’inespérée réconciliation franco-allemande proposée par De Gaulle.

Enseigner l’histoire de France n’est donc pas un acte anodin mais bien un moyen de fédérer un peuple autour de l’État national que nous constituons.

L’idéologie dans l’enseignement.

Sur l’école, le débat qui se poursuit met en évidence la contrainte idéologique qui est à l’oeuvre. Car c’est bien par la contrainte des comités d’experts que les réformes commises par la droite et la gauche vont toujours dans le même sens.

Au fil d’un remarquable entretien publié par Causeur, Natacha Polony évoque par exemple la commission Thélot mise en place par le gouvernement Raffarin : « Il est vrai que des personnalités comme Alain Finkielkraut, Élisabeth Altschull ou Jacques Julliard sont invitées à y siéger Mais ils démissionnent très vite en raison de son fonctionnement totalitaire : tous ceux qui s’écartent de la ligne sont réduits au silence ! Voilà comment la loi de 2005 a été préparée. »

Sur le site de Mediapart, Raoul-Marc Jennar rappelle que Valérie Pécresse fit adopter la loi sur l’autonomie des universités lorsqu’elle était ministre de l’Enseignement supérieur et que Najat Vallaud-Belkacern se situe dans la même logique lorsqu’elle impose par décret l’autonomie des collèges. Ce faisant, les deux ministres, qui ont suivi les programmes de formation des Young Leaders de la French-American Fondation - France, mettent en pratique l’idéologie ultra concurrentielle : « Ceux qui connaissent le contenu de l’Accord général sur le commerce des services, cet AGCS entré en vigueur en 1995, ceux qui s’informent sur la négociation en cours de l’Accord sur le Commerce des Services savent que nos gouvernements, qu’ils appartiennent à l’une ou l’autre droite, poursuivent depuis plus de 20 ans, le même but privatiser toutes les activités de service » - notamment te service public de l’enseignement - pour les mettre en concurrence.

Cette idéologie de l’ultra concurrence a été imposée en Allemagne par une opération de nettoyage idéologique menée contre les économistes hétérodoxes. Sur le site alterecoplus, Christian Chavagneux explique que « les orthodoxes ont organisé la marginalisation institutionnelle des économistes qui ne pensaient pas comme eux. Leur place au sein du DFG, l’institution finançant les recherches, a été limitée. Leurs projets étaient très majoritairement refusés - un taux d’acception de 17 % selon les calculs des auteurs contre 57 % pour les orthodoxes. Peu de financements, peu de postes. Il est devenu de plus en plus difficile pour les hétérodoxes d’obtenir des postes à l’université. Ceux qui pouvaient devenir l’équivalent de maîtres de conférences pouvaient rarement obtenir le poste de professeur Au sein de l’Association nationale des économistes allemands (Verein fur Socialpolitik), les hétérodoxes étaient majoritairement parqués dans la section d’histoire de la pensée économique, considérée comme une matière négligeable... »

Les économistes hétérodoxes français sont en train de lutter contre une entreprise de nettoyage similaire. Il faut les soutenir.

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